ISRAEL/ELECTIONS-Les élections en Israël ne mettront pas fin au bras-de-fer avec l'Iran information fournie par Reuters 22/10/2026 à 09:00
* Large consensus sur l'Iran dans la classe politique israélienne
* Netanyahu affiche sa volonté de "finir le travail"
* Les pays arabes craignent une escalade mais aussi un Iran trop puissant
par Samia Nakhoul
Israël pourrait changer de dirigeant après les élections de la semaine prochaine, mais sûrement pas de stratégie à l'égard de l'Iran, perçu comme une menace existentielle qu'il convient à tout prix d'éliminer.
Pour les dirigeants et les experts de la région, la question la plus cruciale est de savoir si une nouvelle victoire dans les urnes de Benjamin Netanyahu et de ses alliés d'extrême droite inciterait le Premier ministre israélien à intensifier le conflit avec l'Iran comme avec les Palestiniens.
La doctrine de sécurité d'Israël repose désormais, selon eux, sur trois piliers : l'affaiblissement de l'Iran, le maintien de zones tampons au-delà des frontières d'Israël et le recours à la force plutôt qu'à la diplomatie pour dissuader ses ennemis.
Cette approche semble bénéficier d'un large soutien dans la population israélienne et ne pas vraiment faire débat dans la classe politique. Les divergences portent plus sur l'intensité que sur l'orientation de cette stratégie : l'agressivité avec laquelle Israël mène ses guerres, l'ampleur de son expansion coloniale et le choix de ses dirigeants de recourir ou non à la diplomatie.
De Téhéran à Ryad, un nombre croissant de responsables voient cette élection non pas comme un possible tournant, mais comme un baromètre des années à venir au Moyen-Orient.
"Si Netanyahu est réélu, il fera tout ce qu'il voudra", estime Aviv Bushinsky, ancien conseiller du Premier ministre israélien. "L'expansion des colonies se poursuivra. Les guerres contre l'Iran, le Hamas et le Hezbollah se poursuivront. Ce à quoi nous assistons aujourd'hui continuera après les élections, peut-être même de manière plus agressive. Tant que la question de l'Iran ne sera pas résolue, parler de Palestine sera une perte de temps."
DOCTRINE CONFRONTATIONNELLE
Benjamin Netanyahu a clairement exposé cette doctrine. Lors d'un meeting électoral dimanche, il a déclaré qu'Israël devait privilégier "la prévention et l'offensive plutôt que le confinement et la défense", y compris en attaquant préventivement les menaces émergentes et en augmentant son indépendance en matière d'armement pour avoir les mains libres.
Son principal rival, l'ancien chef d'état-major de l'armée Gadi Eisenkot, tient aussi un discours belliciste et se dit opposé à la création d'un Etat palestinien, mais il pourrait selon les observateurs chercher à redorer l'image internationale d'Israël en limitant les manifestations les plus provocatrices de la violence des colons ou en poursuivant l'expansion des colonies avec plus de discrétion.
Pour Michael Young, du Carnegie Middle East Center, la plupart des responsables politiques et sécuritaires d'Israël partagent la même vision stratégique, axée sur la confrontation avec l'Iran, la défense au-delà des frontières et la dissuasion par la force, ce qui laisse peu de place pour un changement de politique majeur.
Les éloges formulés par Donald Trump à l'égard de Benjamin Netanyahu, dont il a dit qu'il est "un grand guerrier, et nous allons le prouver", ont renforcé l'hypothèse d'une reprise de la guerre contre l'Iran à l'issue des élections en Israël, le 27 octobre, et aux États-Unis, le 3 novembre.
Le Premier ministre israélien ne cache pas son ambition de "renverser le régime terroriste en Iran", comme il l'a répété mardi pendant un meeting.
LA CRAINTE D'UNE HÉGÉMONIE IRANIENNE
Les experts doutent cependant que Tel Aviv et Washington puissent parvenir à leurs fins sans intervention militaire au sol, ce qui pourrait plonger le Moyen-Orient dans une longue période d'instabilité, alors que le statu quo actuel pèse lourdement sur les économies des pays de la région et du monde entier.
"Ils ont bombardé l'Iran pendant 40 jours, et que s'est-il passé ? Rien. Les Iraniens n'ont pas cédé ; au contraire, ils ont intensifié leurs attaques", rappelle Michael Young, qui souligne que Téhéran voit aussi dans ce conflit une lutte existentielle.
Même s'il est affaibli et si certains de ses alliés, comme le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien, le sont davantage encore, l'Iran montre jour après jour sa capacité de nuisance dans le détroit d'Ormuz et, grâce à ses alliés Houthis au Yémen, dans le détroit de Bab el Mandeb, deux artères vitales pour le commerce mondial.
Malgré l'inquiétude que suscite Benjamin Netanyahu dans le monde arabe, certains dirigeants du Golfe le voient toujours comme le dirigeant le plus susceptible de contenir l'Iran, ce qui leur pose un dilemme : ils s'opposent à ses politiques expansionnistes, notamment à l'encontre des Palestiniens, mais craignent qu'un recul face à l'Iran ne provoque un déséquilibre stratégique qui durera des décennies.
"La politique de Netanyahu à Gaza, en Cisjordanie, en Syrie et au Liban est néfaste", souligne Abdoulaziz Sager, président du Centre de recherche du Golfe. Mais "si l'influence de l'Iran n'est pas contenue, la région pourrait connaître cinquante ans d'hégémonie iranienne", ajoute-t-il, appelant de ses voeux la conclusion d'un accord "avant que le conflit ne s'aggrave".
(Avec la contribution de Maayan Lubell à Jérusalem ; version française Tangi Salaün, édité par Benoît Van Overstraeten)