ISRAEL/ELECTIONS-Le suprémaciste Ben-Gvir en pleine ascension
information fournie par Reuters 22/10/2026 à 09:00

par Emily Rose et Hannah Confino

Alors que son parti progresse dans les sondages à l'approche des élections israéliennes du 27 octobre, Itamar Ben-Gvir, ministre de la Police et figure de l'extrême droite, continue de multiplier les provocations et s'emploie à entretenir sa réputation sulfureuse.

Pour beaucoup, Itamar Ben-Gvir, figure belliqueuse de l'extrême droite israélienne, reste un personnage issu des marges de la vie politique, malgré plus de quatre années passées au pouvoir comme ministre de la Police dans le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Mais à l'approche des élections prévues mardi prochain, les sondages montrent une progression du soutien à son parti, Otzma Yehudit (Force juive), au-delà de son noyau de colons extrémistes en Cisjordanie occupée, jusque parmi de jeunes électeurs urbains qui l'auraient autrefois jugé infréquentable.

"Je pensais qu'il était un peu fou, mais quand j'ai vraiment regardé ce qu'il disait, tout avait du sens", a déclaré Gavriel Marmon, étudiant de 18 ans et primo-votant, habitant de Beit Shemesh, ville à environ 30 kilomètres à l'ouest de Jérusalem.

Gavriel Marmon cite notamment une loi parrainée par Itamar Ben-Gvir et adoptée en mars, qui fait de la pendaison la peine par défaut pour les Palestiniens reconnus coupables d'attaques contre des Israéliens, une mesure que le ministre a célébrée avec un gâteau en forme de noeud coulant. Le texte devrait toutefois être invalidé par les tribunaux israéliens, notamment parce qu'il ne prévoirait pas la même peine pour les Juifs.

Itamar Ben-Gvir gagne même du terrain dans la cosmopolite Tel-Aviv, bastion historique du libéralisme et du progressisme israéliens. Odelia Kedmi, 41 ans, a déclaré que sa politique visant à élargir les permis de port d'armes pour les Israéliens lui avait "redonné de l'air".

"C'est un peu comme la paix par la force du président Trump", a déclaré Odelia Kedmi, dont la soeur a survécu à l'attaque menée par des combattants du Hamas contre le festival de musique Nova le 7 octobre 2023, attaque qui a déclenché la guerre à Gaza. "Mais une paix par la force juive."

AUCUNE MAJORITE EN PERSPECTIVE

Les élections israéliennes du 27 octobre sont les premières depuis les attaques menées par le Hamas en 2023. De nombreux Israéliens imputent aux défaillances du gouvernement de Benjamin Netanyahu la responsabilité des attaques les plus meurtrières de l'histoire d'Israël, et les sondages montrent que le Likoud du Premier ministre pourrait perdre environ un tiers de ses 32 sièges à la Knesset, qui en compte 120.

Il est toutefois encore trop tôt pour dire si les adversaires de Benjamin Netanyahu pourront évincer le gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël, alors que de nombreux électeurs, en particulier les jeunes, se sont encore davantage déplacés vers la droite.

Les sondages montrent que le bloc de Benjamin Netanyahu comme les principaux partis d'opposition dirigés par des responsables juifs, emmenés par celui de l'ancien chef militaire Gadi Eisenkot, restent loin d'une majorité.

Mais Force juive d'Itamar Ben-Gvir, qui en 2022 s'était présenté sur une liste commune avec deux autres groupes d'extrême droite pour être certain de franchir le seuil d'éligibilité, est désormais crédité de huit sièges ou davantage en se présentant seul.

Cela le situerait à un niveau comparable à celui de l'ancien Parti travailliste, qui a gouverné Israël pendant des générations et qui porte désormais le nom de Démocrates, seul parti dirigé par des Juifs à soutenir encore une solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien.

CONQUÊTES TERRITORIALES

Au sein de la droite israélienne très fragmentée, le ministre des Finances Bezalel Smotrich, autre figure majeure de l'extrême droite dans la coalition gouvernementale, a connu des difficultés après avoir hésité sur l'exemption du service militaire pour les étudiants religieux, une mesure que de nombreux nationalistes contestent.

Mais Itamar Ben-Gvir n'a rien subi de tel. En campagne, il parle de fierté juive et promet davantage de conquêtes territoriales sur des terres qu'il affirme avoir été promises dans la Bible.

"Nous sommes revenus chez nous après deux mille ans d'exil et nous devons être fiers", a lancé Itamar Ben-Gvir sous les acclamations de ses partisans lors d'une réunion publique à Tel-Aviv ce mois-ci. "Nous devons être fiers et conquérir Gaza, parce que tout cela nous appartient."

Itamar Ben-Gvir, qui a refusé de répondre aux questions dans le cadre de cet article, était considéré comme un extrémiste radical bien avant que Benjamin Netanyahu ne le fasse entrer au gouvernement.

Il a été condamné en Israël en 2007 pour incitation raciste et soutien à une organisation terroriste interdite, après avoir exhibé une pancarte soutenant Meir Kahane, un rabbin extrémiste assassiné qui avait été emprisonné à la fois en Israël et aux Etats-Unis pour avoir planifié et mené des attaques violentes.

Pendant des années, Itamar Ben-Gvir s'est distingué en exposant chez lui une photo de Baruch Goldstein, un tireur juif qui avait tué 29 fidèles palestiniens lors d'une attaque contre une mosquée d'Hébron en 1994.

Depuis qu'il supervise les prisons dans le gouvernement de Benjamin Netanyahu, il s'est vanté d'avoir durci les conditions de détention des Palestiniens, en réduisant leur alimentation au strict minimum. De nombreux détenus sont depuis sortis extrêmement amaigris.

Il a également suscité la colère après avoir diffusé une vidéo dans laquelle il se moquait de militants de la flottille pour Gaza détenus, forcés de s'agenouiller les mains liées après leur interception dans les eaux internationales.

Le Royaume-Uni, l'Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et la Norvège l'ont ajouté, ainsi que Bezalel Smotrich, à leurs listes de sanctions l'an dernier pour incitation à la violence en Cisjordanie. L'Union européenne a débattu d'une mesure similaire sans parvenir à un consensus à ce jour.

(Emily Rose et Hannah Confino; version française Nicolas Delame)