ISRAEL/ELECTIONS-Israël-Fonctionnement, enjeux et acteurs des élections législatives
information fournie par Reuters 22/10/2026 à 09:00

par Maayan Lubell

Les élections législatives du 27 octobre sont les premières organisées en Israël depuis la vaste attaque meurtrière du Hamas en territoire israélien le 7 octobre 2023, qui a traumatisé la société israélienne. Depuis, l'Etat hébreu a mené la guerre dans la bande de Gaza, au Liban et contre l'Iran.

Le Premier ministre sortant, Benjamin Netanyahu, aborde le scrutin affaibli mais le système électoral israélien, à la proportionnelle quasi intégrale, favorise la fragmentation du paysage politique et de complexes jeux d'alliance rendant l'issue du vote hautement incertaine.

QUE PRÉDISENT LES SONDAGES ?

Les instituts de sondage indiquent que ces élections seront difficiles pour Benjamin Netanyahu. L'attaque du 7-Octobre a ruiné son image d'homme fort, garant de la sécurité du pays. Si les Israéliens ont largement soutenu les guerres contre le Hamas dans la bande de Gaza, contre le Hezbollah au Liban et contre l'Iran, les enquêtes montrent une perte de confiance en leur Premier ministre.

Les politiques du gouvernement sur les rapports entre religion et Etat sont aussi contestées par de nombreux électeurs.

Vétéran de la scène politique israélienne, Benjamin Netanyahu a toutefois prouvé tout au long de sa carrière politique une capacité d'adaptation et de résistance lui ayant permis d'acquérir la plus grande longévité à la tête du gouvernement depuis la création de l'Etat hébreu. Et les enquêtes d'opinion montrent qu'aucun de ses concurrents ne dispose non plus d'une voie dégagée pour le déloger du pouvoir.

QUI SONT LES PRINCIPAUX CONCURRENTS DE NETANYAHU ?

* Ancien chef d'état-major de l'armée israélienne, Gadi Eisenkot a percé dans les sondages au cours de l'été. Son image d'homme étranger à la classe politique, de militaire aux convictions assumées de "faucon" et adepte de la manière forte, aux origines modestes - il est fils d'immigrés marocains - et qui a personnellement connu la douleur de la perte d'un fils en décembre 2023 dans la guerre à Gaza contraste fortement avec celle d'un Benjamin Netanyahu manoeuvrant depuis des décennies dans les arcanes de la vie politique israélienne et visé par des enquêtes pour corruption.

* Les anciens Premiers ministres Naftali Bennett et Yair Lapid, bien que de bords opposés sur l'échiquier politique israélien, avaient formé une alliance pour écarter Benjamin Netanyahu du pouvoir lors des élections de 2021. Ils avaient alors formé un gouvernement mêlant formations libérales et conservatrices ainsi que, pour la première fois dans l'histoire d'Israël, un parti islamique arabe. Cette alliance a tenu 18 mois.

* Avigdor Lieberman, ancien ministre de la Défense, a été autrefois un collaborateur puis un allié de Benjamin Netanyahu. Il a rompu avec ce dernier en quittant son gouvernement en 2018, l'accusant de manquer de fermeté à l'égard des activistes palestiniens de la bande de Gaza, au point d'être devenu l'un de ses plus virulents détracteurs.

COMMENT FONCTIONNE LE SYSTÈME ÉLECTORAL ?

La Knesset, le Parlement monocaméral, est composé de 120 députés élus pour un mandat de quatre ans. Il est toutefois rare qu'une Knesset reste quatre ans en place, sans élections législatives anticipées, comme c'est le cas pour l'assemblée sortante.

Israël a connu à partir de 2019 une forte instabilité marquée par une succession d'élections, jusqu'en 2022 lorsque Benjamin Netanyahu est parvenu à former une solide majorité parlementaire et à revenir au pouvoir à la tête du gouvernement le plus nationaliste et conservateur jamais formé dans le pays.

POURQUOI DES GOUVERNEMENTS DE COALITION ?

Les élections se déroulent selon un mode de scrutin proportionnel de listes au niveau national. Pour être représentée à la Knesset, une liste doit recueillir au moins 3,25% des voix, ce qui lui accorde quatre sièges.

Aucun parti n'a jamais réussi à obtenir seul une majorité absolue et les gouvernements sont donc le fruit de coalitions, parfois fragiles.

Ce système accorde une grande importance aux petits partis, souvent indispensables à la formation d'une coalition viable. Les Premiers ministres sont ainsi régulièrement contraints de satisfaire leurs exigences pour garantir la survie de leur gouvernement.

C'est ainsi que Benjamin Netanyahu s'est appuyé dernièrement sur des partis juifs ultra-orthodoxes, qui exigent une exemption quasi totale du service militaire obligatoire pour les membres de leurs communautés, un privilège largement dénoncé au sein de la population israélienne, particulièrement en temps de guerre.

QUELLES SONT LES PRINCIPALES FORCES EN PRÉSENCE ?

La coalition sortante de Benjamin Netanyahu est formée du Likoud, sa propre formation conservatrice, du Parti sioniste religieux du ministre des Finances Bezalel Smotrich, favorable à la colonisation, et du mouvement d'extrême droite Force juive du ministre de la Sécurité Itamar Ben-Gvir.

Les partis ultra-orthodoxes Judaïsme unifié de la Torah et Shas ont quitté le gouvernement en 2025 tout en continuant à le soutenir.

Parmi les principaux adversaires de Benjamin Netanyahu, Gadi Eisenkot est à la tête du parti Yashar ("honnête" en hébreu), Naftali Bennett et Yair Lapid sont alliés au sein d'Ensemble, Avigdor Lieberman dirige Israel Beytenou ("Israël notre maison"), essentiellement soutenu par les communautés issues de l'ancienne Union soviétique, tandis que la gauche est surtout représentée par Les Démocrates de l'ancien général Yair Golan.

(Maayan Lubell, version française Bertrand Boucey, édité par Benoit Van Overstraeten)