Israël-Forte participation aux élections législatives, duel Netanyahu-Eisenkot pour le pouvoir
information fournie par Reuters 27/10/2026 à 13:38

(Actualisé avec nouveau taux de participation, précisions)

par Steven Scheer et Pesha Magid

Les quelque 7,3 millions d'électeurs israéliens se pressaient mardi aux urnes pour décider du sort du Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu lors des élections législatives, premier scrutin national depuis le choc des attaques meurtrières du Hamas le 7 octobre 2023.

Selon la Commission électorale, 31,5% des électeurs inscrits avaient voté dans les cinq premières heures du scrutin mardi, soit le taux de participation le plus élevé depuis le scrutin historique de 1977, connu dans l'Histoire de l'Etat hébreu comme "le grand bouleversement" ("Mahapakh"), pour avoir porté la droite pour la première fois au pouvoir.

Les bureaux de vote ont ouvert à 07h00 heure locale (05h00 GMT) et fermeront à 22h00.

Vivement critiqué pour n'avoir pu empêcher l'attaque du 7-Octobre, qui a fait plus de 1.200 morts en Israël et conduit l'Etat hébreu à déclencher des guerres à Gaza, au Liban et en Iran, Benjamin Netanyahu, 77 ans, aborde le scrutin affaibli, malgré le soutien affiché du président américain Donald Trump.

Ce test électoral a de fait valeur de référendum après le traumatisme du 7-octobre, mais "Bibi", poursuivi par ailleurs pour des faits de corruption, ambitionne de maintenir son record de longévité au pouvoir après 19 années de mandat cumulées (1996-1999, 2009-2021, depuis 2022).

Il devra compter avec la concurrence inattendue de l'ancien chef d'état-major de l'armée israélienne Gadi Eisenkot, 66 ans, qui a promis de diligenter une commission d'enquête publique sur les failles présumées de l'appareil sécuritaire israélien le 7 octobre 2023.

Selon les derniers sondages en date, le parti du chef du gouvernement sortant, le Likoud (classé à droite), est au coude-à-coude avec le parti centriste Yashar du général à la retraite.

L'INCONNUE EISENKOT

Durant la campagne, Benjamin Netanyahu, qui réfute toute responsabilité dans l'échec sécuritaire du 7-Octobre, s'est posé en garant de la sécurité d'Israël malgré son isolement sur la scène internationale et s'est prévalu du soutien exclusif de Donald Trump face à la "menace existentielle" de l'Iran, pays contre lequel il entend "finir le travail".

"Je pense que ces élections sont les plus importantes de toutes celles que j’ai connues", témoigne Ruth Epstein, une électrice de gauche de 81 ans résidant à Ramat Gan, près de Tel-Aviv. "J’ai vraiment peur de ce qui va se passer ici."

Gadi Eisenkot, qui a perdu son fils de 25 ans et deux neveux dans le conflit dans la bande de Gaza, a accusé Benjamin Netanyahu de "s'appuyer sur une campagne fondée sur la politique de la peur, les mensonges et les menaces", et s'est dit convaincu que Donald Trump travaillerait "en totale coopération avec quelque dirigeant choisi par le peuple".

"Je suis convaincu qu’à la fin de la journée, nous assisterons à un changement — un nouvel élan pour l’État d’Israël — qui servira de réparation pour ces trois dernières années et pour cette terrible journée", a déclaré l'ancien officier lors d’une visite au kibboutz Nir Oz dans le sud d’Israël, cible des attaques du 7-Octobre.

Il a voté au côté de Gadi Mozes, l’un des 251 otages enlevés alors par le Hamas.

À l’instar de Benjamin Netanyahu et de la quasi-totalité des partis juifs, Gadi Eisenkot s’oppose à la création d'un Etat palestinien. Il s'est toutefois montré critique envers les violences commises par les colons juifs à l’encontre des Palestiniens en Cisjordanie occupée, lesquelles sont en recrudescence depuis 2023.

RÉSULTATS OFFICIELS DANS UNE SEMAINE

Les électeurs issus de la minorité arabe d'Israël — israéliens de nationalité mais palestiniens d'origine — se mobilisent en un nombre "sans précédent", a affirmé le candidat palestinien Ahmed Tibi.

Gadi Eisenkot a exclu tout partenariat avec les partis arabes, invoquant un manque de valeurs communes. Certains experts estiment toutefois que ceux-ci soutiendraient son gouvernement afin de garantir le départ de Benjamin Netanyahu.

Les électeurs sont appelés à renouveler les 120 membres de la Knesset - l'unique chambre du Parlement israélien - pour un mandat de quatre ans, selon un mode de scrutin proportionnel par liste.

Pour être représentée au Parlement, une liste doit recueillir au moins 3,25% des voix, ce qui lui permet d'obtenir quatre sièges. Aucun parti n'a jamais réussi à emporter seul la majorité absolue (61 sièges) et les gouvernements sont donc le fruit de coalitions, parfois fragiles.

Ce système accorde une grande importance aux petits partis, souvent indispensables à la formation d'une coalition viable. Les Premiers ministres sont ainsi régulièrement contraints de satisfaire leurs exigences pour garantir la survie de leur cabinet.

Ainsi Benjamin Netanyahu, qui pourrait de nouveau tirer parti de cette fragmentation politique, mais reste tributaire de l'appui des figures de l'extrême droite Itamar Ben-Gvir, qui a voté dans une colonie cisjordanienne de Kiryat Arba, et Bezalel Smotrich, cibles de sanctions de la part de certains pays occidentaux.

Dans son premier commentaire public mardi, le Premier ministre sortant a partagé sur X un article faisant état d'un incident lors duquel trois personnes ont été arrêtées pour tentative de corruption électorale.

"Électeurs de droite, chers électeurs du Likoud, face aux tentatives visant à porter atteinte à l’intégrité des élections, nous devons nous rendre aux urnes en masse et voter pour le Likoud, pour le bien de notre pays", écrit-il.

Ses détracteurs estiment que le Premier ministre pourrait tenter de semer le doute sur l'intégrité du processus électoral, ce que son entourage réfute.

Les résultats définitifs de l'élection sont attendus d'ici au 30 octobre et seront officiellement annoncés le 4 novembre.

Le président Isaac Herzog engagera ensuite des consultations politiques en vue de la formation d'un gouvernement. Le futur Premier ministre dispose de 42 jours pour mener à bien la constitution de son équipe.

Si ni Benjamin Netanyahu ni Gadi Eisenkot ne parviennent à former une coalition gouvernementale, l'actuel Premier ministre pourrait rester en fonction à titre intérimaire jusqu'à la tenue de nouvelles élections.

(Rédigé par Tom Perry; version française Camille Raynaud, Etienne Breban et Sophie Louet, édité par Jean-Stéphane Brosse)