Israël couvre des attaques de colons en Cisjordanie-Onu information fournie par Reuters 09/06/2026 à 12:04
par Olivia Le Poidevin
Les autorités israéliennes sont directement impliquées dans des attaques de colons ayant tué, blessé ou conduit au déplacement de Palestiniens en Cisjordanie occupée, dénonce une enquête des Nations unies publiée mardi.
Le rapport de la Commission d'enquête sur le Territoire palestinien occupé conclut que les autorités israéliennes ont facilité ces attaques par un soutien financier et militaire, dans un climat d'impunité entretenu par les institutions judiciaires et les forces de l'ordre.
Les attaques contre des villages palestiniens et des terres agricoles ont fortement augmenté depuis 2023, avec une hausse de 130%. Le rapport pointe du doigt des incidents impliquant des groupes d'assaillants souvent masqués et souligne que les forces de sécurité israéliennes ont régulièrement accompagné les colons et agi comme un bouclier face aux violences, ajoute le rapport.
Le bureau du Premier ministre israélien et l'armée n'ont pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire.
Israël rejette les accusations selon lesquelles ses troupes protègeraient des colons lors d'attaques contre des Palestiniens en Cisjordanie, affirmant qu'il s'agit d'actes isolés violant le protocole militaire et faisant l'objet d'enquêtes. Des organisations israéliennes et palestiniennes de défense des droits humains estiment toutefois que ces enquêtes débouchent rarement sur des sanctions.
Des centaines de milliers de colons israéliens vivent parmi des millions de Palestiniens sur des territoires conquis par Israël lors de la guerre de 1967, où les Palestiniens aspirent à établir un Etat.
La plupart des pays et la plus haute juridiction de l'Onu considèrent ces colonies comme une violation du droit international, ce qu'Israël conteste en invoquant des liens historiques et bibliques avec la terre.
Au moins sept Palestiniens ont été tués et 832 blessés l'an dernier, et les violences se poursuivent en 2026 à un rythme quasi quotidien, selon les Nations unies.
"La participation croissante des forces de sécurité israéliennes aux attaques de colons équivaut à un effacement de facto de la distinction entre colons et soldats", relève le rapport.
Ces violences ont servi à promouvoir une politique d'Etat, notamment l'occupation illégale, le déplacement de Palestiniens et l'annexion de territoires palestiniens, selon la Commission.
La Commission a documenté des cas d'agressions, d'enlèvements et de mauvais traitements infligés à des enfants palestiniens par des colons. Ainsi, le 19 avril 2025, une fillette de 12 ans et son frère de 3 ans ont été enlevés sous la menace d'un couteau, traînés dans une oliveraie et attachés à un arbre avec des liens en plastique jusqu'à l'intervention de leur famille, précise le rapport.
En juillet 2024, la Cour internationale de justice a rendu un avis consultatif non contraignant jugeant illégales l'occupation par Israël des territoires palestiniens et les colonies qui y sont implantées, et appelant à leur retrait dans les plus brefs délais, dans ses conclusions les plus sévères à ce jour sur le conflit.
"Les agressions quotidiennes et incessantes de colons israéliens contre des Palestiniens sont intolérables et doivent cesser", a dit le président de la Commission, S. Muralidhar, ancien haut magistrat indien, appelant la communauté internationale à faire pression sur Israël pour démanteler les colonies et les avant-postes et endiguer les violences.
Malgré le démantèlement de certains avant-postes non autorisés, les autorités israéliennes n'ont pas pris de mesures durables pour mettre fin aux attaques, souligne le rapport.
LE HAMAS LUI AUSSI POINTÉ DU DOIGT
La Commission se dit également gravement alarmée par de graves abus documentés dans la bande de Gaza, autre territoire palestinien, imputés au Hamas, le mouvement islamiste qui contrôle l'enclave.
Le Hamas n'a pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire.
La Commission a établi que des forces affiliées au Hamas étaient impliquées dans au moins 60 des 249 cas documentés d'exécutions et de violences physiques graves en 2024 et 2025, notamment des passages à tabac avec des barres métalliques et des fractures infligées en guise de punition pour des accusations de collaboration avec Israël ou de pillage de l'aide.
Elle explique que 11 hommes ont ainsi été exécutés en public, des actes qui constituent des crimes de guerre et des violations du droit international, selon la Commission.
Elle a également conclu que les attaques du 7 octobre 2023 contre Israël par le Hamas et d'autres groupes armés, qui ont fait 1.200 morts et donné lieu à des prises d'otages et des destructions de biens, constituaient des crimes de guerre.
(Avec Rami Ayyub à Jerusalem et Nidal Mughrabi au Caire, version française Nicolas Delame, édité par Sophie Louet)