Ironie, fact-checking, Mèmes... : avec son compte X "French response", la diplomatie française entre de plain pied dans la guerre informationelle
information fournie par Boursorama avec Media Services 23/01/2026 à 12:10

"French Response" témoigne d'une "adaptation aux réalités de la guerre informationnelle", selon un chercheur, qui met en garde contre le risque de donner "l'impression au public qu'institutions démocratiques et acteurs de la désinformation sont sur le même plan".

( AFP / NICOLAS TUCAT )

Régulièrement prise pour cible sur les réseaux sociaux par ses concurrents, la France a récemment décidé de se doter d'un outil au ton volontairement ironique pour tenter de décourager les adversaires de la France dans la guerre informationnelle : le compte X "French response" utilise le second degré, les codes humoristiques d'internet et des phrases choc.

Le temps des déclarations policées dénonçant les ingérences étrangères et la désinformation ciblant les intérêts français est révolu. "La brutalisation des relations internationales a fait du champ informationnel un nouveau champ de confrontation", explique Pascal Confavreux, le porte-parole du Quai d'Orsay. "Nous choisissons d'occuper l'espace en montant le son et en haussant le ton" , dit-il.

Exemple mercredi, peu après le discours de Donald Trump à Davos, le secrétaire d'État américain Marco Rubio écrit sur X : "Nous voulons des alliés puissants, pas des alliés très affaiblis. L'Europe doit se défaire de la culture qu'elle a créée ces dix dernières années. Sinon, elle s'autodétruira". Quelques heures plus tard, "French Response" reposte la saillie assorti d'un tableau comparant des indicateurs : espérance de vie, taux d'homicide ou emploi des femmes, montrant que l'Europe a l'ascendant sur les États-Unis. "Our 'culture'" (notre 'culture', ndlr), commente le compte du ministère.

Un autre message reprend le post d'un troll américain aux quatre millions d'abonnés, connu pour ses posts conspiratifs, qui affirme notamment qu'après "le Groenland et le Canada", la conquête de la France par les États-Unis sera une "formalité". "Info de dernière minute", réagit French Response. "La Statue de la Liberté aurait été aperçue en train de traverser l'Atlantique à la nage. Elle aurait déclaré préférer les +conditions générales initiales+".

Le compte a été lancé en septembre, au moment où la France, engagée dans la procédure de reconnaissance de l'État de Palestine, essuyait de nombreuses attaques sur les plateformes en provenance des soutiens d'Israël et de la sphère Maga (Make America great again, du nom du slogan des partisans de Donald Trump).

Diplomates, anciens journalistes, factcheckeurs...

"French Response n'est que la partie émergée de notre panoplie d'outils" pour freiner les contenus hostiles à la France, assure Pascal Confavreux.

En parallèle, les ambassades de France déroulent cette nouvelle stratégie de riposte informationnelle, voulue par le président Emmanuel Macron. Ainsi mercredi, l'ambassade de France en Afrique du Sud a "débunké" en direct les fausses allégations proférées par la représentation diplomatique russe, qui accuse la France de détenir illégalement Mayotte. "Coucou, comment ça va aujourd'hui @EmbassyofRussia ?", lance en anglais le compte de l'ambassade de France. "Pour info, Mayotte a voté en 1974 pour rester un territoire de la République française (...) Vous voyez ce que c'est un référendum, des élections, la démocratie? Des mots qui doivent sonner étrangement à vos oreilles".

Derrière "French response" : des diplomates, des anciens journalistes, des factcheckeurs et spécialistes de l'OSINT (exploitation de données accessibles en ligne). Le succès est au rendez-vous avec une audience passée en quelques semaines de quelques milliers à environ 97.000 abonnés.

"Dividendes diplomatiques" ?

Un chiffre à des années-lumière des 232 millions d'abonnés du tempétueux multimilliardaire Elon Musk, propriétaire de X. Mais c'est "assez significatif pour un compte institutionnel", observe Julien Nocetti, chercheur spécialiste des sujets d'influence, relevant le "tournant plus offensif sur un mode sarcastique" depuis "mi-décembre, à la faveur des déclarations (...) de l'administration Trump". L'enjeu est désormais de "traduire un capital de sympathie naissant mais bien réel en dividendes diplomatiques de plus long terme", dit-il.

"French Response" témoigne d'une "adaptation aux réalités de la guerre informationnelle" avec une bonne communication, estime Ruslan Trad, chercheur associé au laboratoire d'analyse numérique de l'Atlantic Council (DFRLab). Mais il met en garde contre le risque posé par l'adoption du ton de ces adversaires et des techniques de trolling peut donner "l'impression au public qu'institutions démocratiques et acteurs de la désinformation sont sur le même plan".

La stratégie de "French response" s'inscrit dans une "évolution de la communication publique et diplomatique depuis plusieurs années", constate Alexandre Alaphilippe, de l'ONG européenne EU DisinfoLab, citant les pratiques depuis les années 2010 des ambassades de Russie.

"French response" a le mérite de "s'adapter à différentes audiences", une démarche "utile" à condition de s'inscrire "dans une stratégie plus globale sur la désinformation et les ingérences", dit-il.