Iran-Les forces de sécurité multiplient les arrestations
information fournie par Reuters 29/01/2026 à 17:28

par Parisa Hafezi

Les forces de sécurité iraniennes ont interpellé des milliers de personnes dans le cadre d'une vaste campagne d'arrestations et d'intimidation destinée à décourager toute nouvelle mobilisation après l'écrasement des troubles les plus meurtriers depuis la Révolution islamique, ont confié plusieurs sources à Reuters.

Déclenchées le mois dernier au Grand Bazar de Téhéran, des manifestations d'ampleur ont ravivé des griefs longtemps contenus et ont rapidement évolué en la menace la plus grave pour la théocratie chiite iranienne depuis près de cinq décennies.

Les autorités ont considérablement restreint l'accès à internet et ont étouffé le mouvement par une répression qui a fait des milliers de morts, selon des groupes de défense des droits humains. Téhéran impute les violences à des "terroristes armés" liés à Israël et aux États-Unis.

Dans les jours suivants, les forces de sécurité en civil ont lancé une campagne d'arrestations massives, accompagnée d'un renforcement visible de leur présence dans les rues, ont témoigné cinq militants qui s'exprimaient sous le sceau de l'anonymat depuis l'intérieur de l'Iran.

Selon eux, les personnes interpellées ont été transférées dans des lieux de détention secrets.

"Ils arrêtent tout le monde", a déclaré l'un de ces militants. "Personne ne sait où ils sont emmenés ni où ils sont détenus. Avec ces arrestations et ces menaces, ils tentent d'injecter la peur dans la société."

Des récits similaires ont été livrés à Reuters par des avocats, des médecins, des témoins ainsi que par deux responsables iraniens s'exprimant eux aussi sous le sceau de l'anonymat pour éviter des représailles des services de sécurité.

Selon ces sources, ces rafles semblent viser à empêcher toute résurgence significative de la contestation en diffusant un climat de peur, alors même que le pouvoir religieux est confronté à une pression extérieure croissante.

L'éventualité d'une action militaire contre la République islamique persiste depuis que le président américain Donald Trump a déclaré la semaine dernière qu'une "armada" faisait route vers le pays, tout en disant espérer ne pas avoir à l'utiliser.

Donald Trump a évoqué ces derniers jours un renforcement de la pression militaire et diplomatique sur l'Iran, sans toutefois annoncer de déploiement naval majeur.

Mercredi, Donald Trump a durci le ton en exigeant que l'Iran négocie des limitations à son programme nucléaire, avertissant qu'une future attaque américaine serait "bien pire" qu'une journée de frappes aériennes menées en juin dernier contre trois sites nucléaires.

Plusieurs sources occidentales et moyen-orientales ont confié à Reuters cette semaine que Donald Trump examinait plusieurs options contre l'Iran, dont celle de frappes ciblées contre les forces de sécurité et des dirigeants afin d'encourager les manifestants, même si des responsables israéliens et arabes ont souligné que la seule puissance aérienne ne suffirait pas à renverser le pouvoir clérical.

ARRESTATIONS TOUS AZIMUTS

Selon l'une des sources de Reuters, les forces de sécurité interpellent non seulement des personnes soupçonnées d'avoir participé aux récents troubles, mais également celles qui ont été arrêtées lors de manifestations les années précédentes, "même si elles n'ont pas participé cette fois-ci. Des membres de leurs familles" sont également visés.

Le dernier bilan des décès compilé par le groupe de défense des droits humains HRANA, basé aux États-Unis, fait état de 6.373 décès, dont 5.993 manifestants, 214 membres des forces de sécurité, 113 mineurs et 53 passants. Le nombre d'arrestations s'élève à 42.486, selon cette même source.

Des responsables du pouvoir judiciaire ont averti que "les auteurs de sabotages, d'incendies de biens publics et ceux impliqués dans des affrontements armés avec les forces de sécurité" pourraient être condamnés à la peine de mort.

CENTRES DE DETENTIONS SECRETS

Deux responsables iraniens ont confirmé à Reuters que des milliers d'arrestations ont été menées ces derniers jours. Selon eux, de nombreux détenus sont retenus dans des centres de détention non officiels, "y compris des entrepôts et d'autres sites improvisés", tandis que la justice traite rapidement les dossiers.

Les autorités iraniennes n'ont pas commenté publiquement le nombre d'arrestations ni précisé où sont détenues les personnes arrêtées en lien avec les troubles. Les autorités ont déclaré le 21 janvier que 3.117 personnes avaient été tuées lors des violences, dont 2.427 civils et membres des forces de sécurité.

Les arrestations se poursuivent à travers tout le pays, des petites villes à la capitale, ont raconté des témoins et des militants.

"Ils ont arrêté mon frère et mon cousin il y a quelques jours", a témoigné un habitant du nord-ouest de l'Iran ayant requis l'anonymat. "Ils ont fait irruption chez nous en civil, fouillé toute la maison et emporté tous les ordinateurs portables et les téléphones. Ils nous ont avertis que si nous rendions cela public, ils nous arrêteraient tous."

DES FAMILLES PANIQUÉES

Plus de 60% des 92 millions d'habitants de l'Iran ont moins de 30 ans. Bien que les dernières manifestations aient été étouffées par les forces de sécurité, une répression persistante exposera le pouvoir religieux à de nouvelles vagues de protestation à terme, veulent croire des militants des droits humains.

Trois avocats iraniens ont confié à Reuters que des dizaines de familles les avaient sollicités ces derniers jours pour obtenir de l'aide concernant des proches détenus.

"De nombreuses familles viennent nous demander une assistance juridique pour leurs enfants détenus", a expliqué l'un d'eux. "Certaines des personnes arrêtées ont moins de 18 ans, des garçons et des filles."

Les organisations de défense des droits humains affirment depuis longtemps que les organes de sécurité iraniens utilisent des centres de détention informels lors de périodes de troubles majeurs, y retenant des détenus pendant de longues périodes sans accès à un avocat ni à leur famille.

Cinq médecins ont confié à Reuters que des manifestants blessés avaient été extraits d'hôpitaux par les forces de sécurité et que des dizaines de médecins avaient été convoqués par les autorités ou avertis de ne pas venir en aide aux manifestants blessés.

"Ils ont arrêté de nombreux médecins et infirmiers qui ont aidé des manifestants blessés (...) Ils arrêtent tout le monde", a déclaré l'un des médecins.

(Parisa Hafezi, version française Nicolas Delame, édité par Sophie Louer)