Iran: le voile tombe peu à peu, mais les restrictions demeurent
information fournie par AFP 27/04/2026 à 08:37

Des passants dont une femme sans voile dans la rue à Téhéran en Iran le 25 avril 2026 ( AFP / - )

Les images qui se multiplient de femmes se promenant ou prenant un café dans les rues de Téhéran tête nue, bravant l'obligation de porter le voile imposée par la République islamique, interrogent hors d'Iran.

Mais pour Elnaz, il ne faut pas s'y méprendre. "Ce n'est absolument pas le signe d'un changement de la part du gouvernement. Aucun progrès n'a été fait en matière de droits des femmes", affirme cette peintre de 32 ans vivant à Téhéran.

"Malgré les apparences, aucun changement réel n'a eu lieu en matière de liberté individuelle", insiste l'artiste qui, comme d'autres Iraniennes contactées par l'AFP depuis Paris, a souhaité conserver l'anonymat.

Instaurée peu après la Révolution islamique de 1979, l'obligation de porter le voile en public existe toujours. Mais l'application de cette règle considérée comme un pilier de la théocratie iranienne semble s'être assouplie, du moins dans certains quartiers de Téhéran et d'autres villes.

Cette tendance s'est amorcée après les manifestations de 2022-2023, déclenchées par la mort en détention en septembre 2022 de Mahsa Amini, arrêtée à Téhéran pour avoir prétendument enfreint ce code vestimentaire.

Elle s'est poursuivie durant la guerre de juin 2025 avec Israël, pendant la mobilisation de janvier dernier issue de protestations contre le coût de la vie, puis dans le contexte de la guerre avec les États-Unis et Israël, suspendue par un cessez-le-feu.

"Il y a encore trois ans, ce n'était qu'un rêve", confie Zahra, mère au foyer de 57 ans d'Ispahan, dans le centre du pays: "je ne le porte plus, mais j'aurais tellement aimé vivre ça quand j'étais jeune".

- "Le prix fort" -

La musicienne de rue Sadaf à Téhéran en Iran le 25 avril 2026 ( AFP / - )

Le voile n'a pas pour autant disparu, et certaines femmes continuent de le porter par choix.

Si on ne voit quasiment plus les redoutés fourgons blancs de la police des moeurs patrouiller dans les rues, les femmes non voilées peuvent toujours être convoquées par les autorités. Elles doivent généralement le porter dans les banques, les établissements scolaires et les bâtiments administratifs.

Dans les cafés, derrière les "belles photos" de femmes tête nue que l'on voit circuler aujourd'hui, les propriétaires ont "payé le prix fort", rappelle Negin, qui tient un café à Téhéran.

"Nous avons été traités très durement pendant toutes ces années, et ça continue aujourd'hui. Nous avons été fermés à plusieurs reprises, condamnés à des amendes, nous avons dû verser des pots-de-vin (...) Ce qui me met encore plus en colère, c’est quand ils appellent ça la +liberté+ et qu'ils disent que les femmes sont plus libres", ajoute cette femme de 34 ans.

Les droits des femmes restent limités en Iran, sous la poigne d'un pouvoir qui a fait arrêter des dizaines de milliers de personnes lors des manifestations de janvier et des milliers d'autres durant le conflit actuel, selon les organisations de défense des droits humains.

Amnesty International estime que la "résistance généralisée" au port obligatoire du hijab a mis les autorités sous pression ces dernières années.

Elles ont toutefois continué à imposer "le port du voile sur les lieux de travail, dans les universités et autres institutions publiques, exposant ainsi les filles et femmes qui résistaient au harcèlement, aux agressions, aux arrestations arbitraires, aux amendes et à être exclues de l'emploi et de l'éducation", ajoute l'ONG.

- "Mais après ?" -

Des iranienne dans la rue à Téhéran en Iran le 25 avril 2026 ( AFP / - )

On peut désormais voir à la télévision d'État des images d'Iraniennes sans hijab, à condition qu'elles soutiennent la République islamique et dénoncent les ennemis de l'Iran.

"De plus en plus de femmes surmontent leur peur chaque jour et osent sortir sans hijab, ce phénomène se généralise. Mais je ne vois aucun changement dans le système gouvernemental", explique Shahrzad, 39 ans, femme au foyer.

"Rien n'a changé, mis à part ces vidéos de jeunes filles qui apparaissent devant les caméras des chaînes d'information d'État sans hijab et qui crient: +Mon leader, mon leader, je me sacrifierai pour lui+".

La situation n'est pas la même dans tout le pays.

A Mashhad, grande ville de l'est qui abrite l'un des sanctuaires les plus sacrés de l'islam chiite, les règles sont plus strictes, explique Mahsa, étudiante de 32 ans.

"Avant la guerre de douze jours (en juin), on ne nous laissait entrer nulle part sans hijab", raconte-t-elle. "Maintenant, on nous laisse entrer mais on ne voit pas le même niveau de changement qu'à Téhéran ces trois dernières années."

A Ispahan, considérée comme l'une des villes les plus conservatrices du pays, Farnaz, 41 ans, raconte avoir été convoquée au tribunal en avril pour non-respect du port du voile.

"Depuis quelques jours, ils recommencent à fermer des cafés à cause du port du hijab (...) Ici, on a affaire à la fois au gouvernement et à la population. Comme avant, dans certains quartiers, des personnes religieuses vous mettent parfois en garde, vous harcèlent. Il n'y a pas que la police des moeurs".

Selon une autre habitante d'Ispahan, Maryam, 35 ans, "si vous avez une activité sociale ou économique, on attend de vous que vous portiez le hijab".

Nulle ne peut dire si cette relative tolérance vestimentaire durera. "Nous avons payé un très lourd tribut pour en arriver là", explique Zahra, la mère au foyer, en référence à la répression des manifestations de 2022 qui a fait des centaines de morts, selon les organisations de défense des droits humains.

"Pour l'instant, ils (les autorités) sont simplement distraits par la guerre. Mais après, qui sait ce qu'ils feront?"