Iran et USA commencent à Oman des négociations sous tension information fournie par Reuters 06/02/2026 à 11:17
(Actualisé avec rôle d'Oman §3, déclaration iranienne §6)
par Mohammed Benmansour et Parisa Hafezi
L'Iran et les Etats-Unis ont commencé vendredi à Oman des discussions indirectes dont le périmètre même est source de tensions entre les deux pays, l'Iran affichant sa détermination à les circonscrire à son seul programme nucléaire malgré la menace d'une intervention militaire américaine susceptible d'ébranler l'ensemble du Moyen-Orient.
Les deux pays se disent prêts à relancer les efforts diplomatiques sur la question du programme nucléaire iranien mais Washington entend élargir les pourparlers à l'arsenal balistique de Téhéran, à son soutien à différents mouvements armés dans la région et au "traitement" réservé par la République islamique à son propre peuple, a dit mercredi le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio, près d'un mois après la répression sanglante d'un vaste mouvement de contestation contre le pouvoir à travers l'Iran.
L'Iran a dit son intention de voir son ministre des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, ne discuter que de la question nucléaire avec Steve Witkoff, l'émissaire de Donald Trump. Jared Kushner, gendre du président américain, doit aussi participer à ces pourparlers indirects à Oman, dont des représentants feront la navette entre les deux délégations.
"L'Iran s'engage dans la diplomatie avec lucidité et en gardant à l'esprit les événements de l'année écoulée. Nous nous engageons de bonne foi et défendons fermement nos droits. Les engagements doivent être respectés", a dit vendredi Abbas Araqchi sur le réseau social X avant les discussions.
"L'égalité, le respect et l'intérêt mutuels ne sont pas des mots vides de sens, ce sont des conditions indispensables et les piliers d'un accord durable."
Une source diplomatique iranienne a déclaré à Reuters qu'une "présence du Centcom (commandement des forces américaines dans la région) ou de tout responsable militaire régional dans les discussions pourrait mettre en péril le processus de pourparlers indirects sur le nucléaire entre l'Iran et les Etats-Unis".
Israël et les Etats-Unis ont mené pendant 12 jours en juin dernier une campagne de bombardements sur l'Iran, ciblant en particulier ses sites nucléaires. La République islamique a déclaré depuis avoir suspendu ses activités d'enrichissement d'uranium mais des doutes persistent sur l'ampleur des dégâts réellement infligés à ses installations bombardées.
Les dirigeants iraniens s'inquiètent de voir Donald Trump mettre à exécution sa menace de frapper sévèrement l'Iran.
TRUMP MET EN GARDE CONTRE DE "MAUVAISES CHOSES"
Le président américain, qui a déployé un imposant dispositif naval dans la région, a prévenu l'Iran que de "mauvaises choses" se passeraient probablement en l'absence d'accord, alors que Téhéran a de son côté menacé de bombarder des cibles liées aux Etats-Unis au Moyen-Orient en cas d'attaque américaine.
"Alors que les négociations auront lieu, je rappellerais au gouvernement iranien que, outre la diplomatie, le président a plusieurs options à sa disposition en tant que commandant en chef de la plus puissante armée que le monde ait jamais connue", a déclaré jeudi Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison blanche, aux journalistes.
L'Iran qualifie son programme de missiles balistiques de "ligne rouge" dans les négociations, le présentant comme un élément essentiel de ses capacités de défense.
Quelques heures avant les discussions, la télévision publique iranienne a dit que le pays avait déployé l'un de ses missiles à longue portée les plus perfectionnés, le Khorramshahr-4, dans l'une des vastes installations souterraines des Gardiens de la révolution.
Téhéran s'est toutefois dit prêt à faire preuve de "souplesse en matière d'enrichissement d'uranium, notamment en remettant 400 kg d'uranium hautement enrichi et en acceptant un enrichissement nul dans le cadre d'un accord collectif comme solution", ont déclaré la semaine dernière des responsables iraniens à Reuters.
L'Iran insiste sur son droit à enrichir de l'uranium et réclame la levée des sanctions américaines et internationales qui asphyxient son économie, conformément au précédent accord de 2015 conclu avec les cinq membres permanents du conseil de sécurité des Nations unies et l'Allemagne, dont Donald Trump a retiré les Etats-Unis trois ans plus tard.
L'Iran affirme que son programme nucléaire est pacifique.
Voir aussi: ENCADRE-Les grands sujets de négociation entre Washington et Téhéran nL6N3Z10YR
(Parisa Hafezi à Dubaï, Humeyra Pamuk et Steve Holland à Washingtonversion française Camille Raynaud et Bertrand Boucey, édité par Kate Entringer)