Instabilité politique : la confiance des investisseurs américains à un niveau historiquement bas information fournie par Boursorama avec Media Services 18/02/2026 à 12:58
94% des 140 filiales de groupes américains interrogées estiment que "l'environnement politique et institutionnel français pourrait présenter des risques modérés ou significatifs" cette année, selon une étude menée par la Chambre de commerce américaine avec le cabinet Bain & Company.
"On a effacé 10 ans d'amélioration de notre attractivité", déplore Marc-André Kamel, directeur au cabinet Bain & Company. Selon un sondage publié ce mercredi 18 février, l'instabilité politique et budgétaire en France a sapé la confiance des investisseurs américains, alimentant l'attentisme et affaiblissant considérablement l'attractivité du pays.
Cette étude a été menée de mi-décembre à fin janvier par la Chambre de commerce américaine (AmCham) avec le cabinet Bain & Company, tandis que la France tentait avec grande difficulté de se doter d'un budget pour 2026. Alors que les Etats-Unis sont le premier investisseur étranger en France, "la confiance des investisseurs américains est à un niveau historiquement bas", constate Marc-André Kamel, qui est également vice-président de l'AmCham, interrogé par l'AFP.
Selon le baromètre, une écrasante majorité (94%) des 140 filiales de groupes américains interrogées estiment que "l'environnement politique et institutionnel français pourrait présenter des risques modérés ou significatifs" cette année. Ces entreprises, qui pèsent environ 100 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 150.000 emplois en France, sont 82% à s'inquiéter de la stratégie budgétaire du gouvernement, qui a prolongé en 2026 un impôt sur le bénéfice des grandes sociétés.
Tensions géopolitiques et commerciales entre les Etats-Unis et l'UE
77% n'ont pas "confiance dans la capacité du gouvernement à engager les réformes structurelles jugées nécessaires" avant l'élection présidentielle en 2027. En conséquence, seuls 30% des répondants jugent que leurs maisons mères ont une image bonne ou excellente du pays (-9 points en un an). C'est beaucoup moins qu'en 2022 (-34 points), et un niveau similaire à 2017. Et la propension à recommander la France s'effrite: le solde entre promoteurs et détracteurs du pays comme destination d'investissement s'est établi à -36%.
Cette érosion de la confiance, amorcée depuis la dissolution de l'Assemblée nationale en juin 2024, s'inscrit aussi dans un contexte de tensions géopolitiques et commerciales entre les Etats-Unis et l'Union européenne, autour notamment des droits de douane. Le cabinet du ministre délégué chargé du Commerce extérieur a souhaité "mettre en perspective" ces résultats, pointant la période particulièrement chahutée où le sondage a été exécuté.
"Si le sondage avait été fait post-49.3" - l'article de la Constitution engagé fin janvier par le gouvernement pour faire adopter le budget sans vote à l'Assemblée nationale -, "on aurait sans doute une image un peu plus nuancée", a-t-il souligné auprès de journalistes. En outre, "cette perception un peu dégradée ne s'est pas du tout traduite dans les décisions d'investissement" en 2025, a-t-il affirmé. D'après Business France, la France a bénéficié l'an dernier de 1.878 décisions d'investissements internationaux (+11% sur un an), permettant la création ou le maintien de 47.734 emplois. Le 8e sommet Choose France, évènement destiné à attirer les investissements étrangers, avait battu en mai 2025 un nouveau record avec 20 milliards d'euros de projets annoncés.
"L'instabilité nourrit le sentiment d'imprévisibilité"
La situation économique française en 2025 est jugée dégradée par 55% des répondants du sondage de l'AmCham. 41% s'attendent à une nouvelle dégradation d'ici deux ou trois ans, contre 17% tablant sur une amélioration, un plus bas en dix ans. L'impact du contexte macroéconomique sur leurs projets est jugé négatif par 35% des répondants. Dans ce contexte, 28% prévoient une baisse future des effectifs, contre 54% une stabilité et 18% une augmentation.
Plus que la crainte d'un "effondrement économique brutal", "c'est vraiment l'instabilité (...) qui nourrit le sentiment d'imprévisibilité" et "génère l'attentisme", explique Marc-André Kamel. Une situation qu'il juge d'autant plus fâcheuse que les atouts de la France continuent d'être plébiscités par les répondants (infrastructures, main-d'oeuvre qualifiée, capacité d'innovation, etc) et que la concurrence pour attirer les investissements s'intensifie avec l'Allemagne, mais aussi l'Italie ou l'Espagne - du jamais vu pour ces deux pays.
Pour restaurer la confiance, l'AmCham recommande de corriger les faiblesses françaises en engageant "un cap économique clair et transpartisan", "un véritable choc de simplification", "une fiscalité allégée, plus lisible et prévisible" et en retenant mieux les talents. S'il reconnaît qu'il y a des "axes d'amélioration", le ministère souligne que ceux-ci figurent dans la feuille de route gouvernementale, comme la volonté de simplification. Il estime aussi que "la préférence européenne" défendue par Paris au sein de l'UE peut encourager les investissements productifs dans le pays.