Indonésie: La sécheresse provoquée par El Niño pèse sur les producteurs d’huile de palme information fournie par Reuters 19/10/2026 à 12:59
Après quatre jours d'attente devant une huilerie du Kalimantan occidental, dans la partie indonésienne de Bornéo, Supendi a dû repartir avec sa récolte de fruits de palmier sur les bras, l'usine n'étant plus en mesure d'accepter de nouveaux chargements.
"Les fruits n'ont pas été acceptés. Nous ne savons plus comment les vendre", a déclaré Supendi à Reuters par téléphone. Début octobre, il avait acheminé sept tonnes de régimes de fruits frais, issus de sa petite exploitation et de celles de voisins, jusqu'à l'huilerie Multi Prima Entakai, à Sanggau.
Depuis plusieurs semaines, les huileries locales réduisent leurs achats, leurs cuves étant pleines d'huile qu'elles ne peuvent expédier.
À l'origine de cette paralysie: une sécheresse prolongée liée à un épisode de "super El Niño", qui a asséché le fleuve Kapuas, artère vitale du transport dans la région.
El Niño est un phénomène naturel caractérisé par un réchauffement périodique des températures de surface de la mer dans l'est du Pacifique, lié à l'affaiblissement des alizés.
Ce phénomène - fortement amplifié par le réchauffement climatique - se produit généralement tous les deux à sept ans et peut durer jusqu'à environ douze mois, provoquant d'importantes précipitations dans certaines régions et des épisodes de sécheresse dans d'autres.
Selon l'agence météorologique des Nations unies, l'édition 2026-2027 d'El Niño pourrait être le plus puissant jamais observé
Ce phénomène climatique, qui frappe l'Indonésie et l'Asie du Sud-Est, a également asséché les cours d’eau et les puits et attisé les incendies de forêt à Bornéo et à Sumatra. Les fumées suffocantes ont recouvert la province et atteint la Malaisie et Singapour.
Le Kalimantan occidental représente environ 11% de la production d'huile de palme de l'Indonésie, premier producteur mondial. Selon les analystes, la production dans la partie indonésienne de Bornéo pourrait reculer de 12% à 15% au quatrième trimestre en raison des perturbations liées à El Niño.
BANQUES DE SABLE ET BARGES ÉCHOUÉES
Long de 1.143 km, le Kapuas, le plus long fleuve d’Indonésie, assure le transport de 40% de la production d'huile de palme du Kalimantan occidental, selon l’Association professionnelle (GAPKI). La baisse du niveau du fleuve a fait émerger des bancs de sable, immobilisant plusieurs barges et remorqueurs, selon des témoins de Reuters.
Le transport routier reste limité, les camions étant moins nombreux et offrant moins de capacités que les barges.
Contrairement aux épisodes El Niño de 2015 et 2018, dont les sécheresses avaient duré environ un mois, celle de cette année affecte la région depuis deux mois.
L'agence météorologique indonésienne prévoit un début de saison des pluies en novembre, contre octobre habituellement. retardant ainsi la remontée du niveau du fleuve et prolongeant les incendies de forêt, parmi les plus graves que le pays ait connus depuis 11 ans.
IMPACT SUR LA PRODUCTION
Treize des 50 huileries du Kalimantan occidental ont été touchées par les perturbations du transport, affectant près de la moitié de la capacité de transformation de la province, a déclaré Aris Supratman, qui dirige le bureau de la GAPKI. Les approvisionnements en huile de palme de la province ont reculé de 11% en septembre par rapport à août, tandis que l’association a abaissé de 2,9% ses prévisions de production nationale pour 2026, en raison de la sécheresse.
Dian Kurniawan, responsable de l’usine Multi Prima Entakai qui a refusé la récolte de Supendi, a indiqué que les achats de régimes de fruits frais étaient tombés à 10.000 tonnes en septembre, contre 30.000 tonnes en juillet. Au 1er octobre, l’usine détenait 8.200 tonnes d’huile de palme brute, soit un niveau proche de sa capacité de stockage de 8.500 tonnes.
"Nous pouvons généralement livrer 2.000 tonnes en quatre jours, mais avec les camions, nous ne pouvons parfois livrer que 100 tonnes par jour", a déclaré Dian Kurniawan. Le transport routier coûte également trois fois plus cher que le transport fluvial.
Les agriculteurs qui ne parviennent pas à vendre leurs récoltes peinent à entretenir leurs palmiers, a déclaré Indra Rustandi, responsable de la branche du Kalimantan occidental de l’association APKASINDO. Certains ont ainsi réduit leurs apports d’engrais jusqu’à 70% pour limiter leurs dépenses.
Rahmat Wiyono, un producteur de 63 ans à Sanggau, parcourt parfois six heures de route pour vendre ses fruits à 2.650 roupies le kilo (0,13 euros), contre 3.400 roupies auprès de son acheteur habituel, situé à trois heures.
"Certains de nos amis n'ont rien récolté depuis deux mois et ont dû trouver d'autres sources de revenus", notamment en vendant des gâteaux et des beignets faits maison, a-t-il ajouté.
(Reportage Bernadette Christina et Soepriyadi Gunawan, version française Elena Smirnova, édité par Benoit Van Overstraeten)