Incendie de Hong Kong: les défaillances des mesures anti-incendie exposées à la commission d'enquête
information fournie par AFP 19/03/2026 à 15:10

Le complexe résidentiel Wang Fuk Court ravagé par un incendie, le 26 novembre 2025 à Hong Kong ( AFP / Yan ZHAO )

Presque toutes les mesures anti-incendie ont fait défaut, en raison de "facteurs humains", dans l'immense complexe résidentiel à Hong Kong, ravagé par un incendie monstre fin 2025, selon les éléments présentés au premier jour de l'audience publique de la commission d'enquête.

Plus de 4.600 résidents vivaient dans les tours de Wang Fuk Court, au nord de Hong Kong, quand le feu s'est déclaré le 26 novembre. Avec 168 morts, c'est l'incendie d'un immeuble résidentiel le plus meurtrier au monde depuis 1980.

Plus de 1.700 habitants avaient 60 ans ou plus, a rappelé Victor Dawes, l'avocat principal de la commission d'enquête indépendante à l'ouverture de l'audience publique, évoquant "une cicatrice difficile à oublier" dans la mémoire collective de la ville.

"D'après les éléments de preuves recueillis, le jour de l'incendie, presque toutes les mesures de sécurité destinées à sauver des vies ont échoué en raison de facteurs humains", a-t-il déclaré.

Décrivant le sinistre comme un "incendie de façade", il a souligné qu'il avait été le "résultat combiné de multiples facteurs".

Des journalistes attendent, le 19 mars 2026 à Hong Kong, l'arrivée des participants aux audiences publiques du comité d'enquête sur l'incendie qui a ravagé fin 2025 un complexe résidentiel ( AFP / Peter PARKS )

Des travaux de rénovation étaient menés dans le complexe et les sept des huit tours étaient couvertes d'échafaudages en bambou, de filets de protection et de panneaux en mousse qui ont peut-être contribué à la propagation rapide du feu.

La commission a recueilli plus d'un million de documents, dont des témoignages écrits et visuels de résidents, d'ouvriers du bâtiment et de pompiers.

On ne retrouvera peut-être jamais de preuves directes de la cause du sinistre mais il est "très probable que ce soient des mégots de cigarette (…) Les résidents s'en étaient plaints à de nombreuses reprises", a avancé M. Dawes.

"Les règles interdisant de fumer sur les chantiers n'étaient souvent pas respectées", a-t-il ajouté en montrant des photos et des vidéos de travailleurs fumant sur les échafaudages. Ces images avaient été partagées dans les groupes de résidents sur les réseaux sociaux.

- "Pas d'alarme incendie" -

Des exclamations de surprise ont retenti dans le public notamment de la part d'anciens habitants lorsque Victor Dawes a présenté des éléments qui, selon lui, montraient que les entrepreneurs auraient utilisé un filet de qualité inférieure aux standards qui s'enflamme rapidement. "Les résidents ont manifestement été induits en erreur", a-t-il dit.

Dans des extraits de vidéos diffusés au cours de l'audience jeudi, l'assistance a pu voir les flammes s'échapper d'un bâtiment et des échafaudages en bambou dégringolant le long de la façade lorsque l'incendie s'est déclaré en début d’après-midi.

"Il n'y a pas d'alarme incendie", peut-on entendre dire sur l'une des vidéos.

Des policiers de l'unité d'identification, équipés de combinaisons blanches, sur les lieux de l'incendie le 29 novembre 2025 at Wang Fuk Court, Hong Kong ( AFP / Philip FONG )

Dans une autre vidéo mise en avant par Me Dawes, les images montrent des habitants d'un immeuble essayant en vain d'utiliser la lance à incendie et de déclencher l'alarme incendie pendant que le feu se propageait. Ces équipements ne fonctionnaient pas.

M. Dawes a également fait remarquer que les échafaudages en bambou qui se sont effondrés ont "créé d'énormes difficultés pour les pompiers".

La principale voie d'évacuation des habitants de l'une des tours s'est retrouvée très rapidement bloquée après que l'alarme a été donnée.

Un homme de 69 ans, qui n'a donné que son nom de famille, Law, a déclaré qu'il vivait à Wang Fuk Court depuis plus de trente ans et qu'il ne comprenait pas pourquoi les alarmes incendie n'avaient pas fonctionné.

"Il y avait une multitude de problèmes qui s'ajoutaient à d'autres problèmes qui avaient été dissimulés (…) Je suis tout simplement en colère", a-t-il lâché après l'audience.

Yip Ka-kui, 68 ans, qui a perdu sa femme et son logement dans l'incendie, a déclaré aux journalistes qu'une grande partie des informations présentées lors de l'audience étaient "assez explosives". "Nous prions pour que la vérité nous soit révélée", a-t-il ajouté.

Parmi les témoins qui doivent comparaître devant la commission figurent des représentants du gouvernement, d'anciens résidents, les dirigeants d'entreprises de construction et des membres du comité de gestion du complexe.

La police, qui mène parallèlement une enquête pénale, a arrêté 38 personnes soupçonnées d'homicide involontaire et de fraude.

L'organisme de lutte contre la corruption de Hong Kong a également arrêté 23 personnes, parmi lesquelles des consultants, des entrepreneurs et des membres de la copropriété du complexe, a-t-il indiqué mercredi dans un communiqué.