Incendie d'un bar en Suisse: l'identification des victimes progresse, des bougies incandescentes en cause information fournie par AFP 02/01/2026 à 21:49
L'enquête et l'identification des victimes de l'incendie d'un bar de la station de ski suisse de Crans-Montana, dans la nuit du Nouvel An, commençaient à porter leurs fruits vendredi, les autorités pointant notamment l'utilisation de bougies incandescentes au sous-sol de l'établissement.
Les autorités du canton de Valais, dans le sud-ouest de la Suisse, ont indiqué que le bilan du drame était désormais de 40 morts.
L'incendie s'est déclaré vers 01H30 (00H30 GMT) jeudi dans le bar Le Constellation, fréquenté par de nombreux touristes, parmi lesquels des jeunes venus célébrer la nouvelle année.
Le chef de la police cantonale, Frédéric Gisler, a indiqué devant la presse à Sion, la capitale régionale, que 113 des 119 blessés avaient pu être "formellement" identifiés.
Selon lui, parmi les personnes identifiées figurent 71 Suisses, 14 Français, 11 Italiens, quatre Serbes, mais aussi un Bosniaque, un Belge, un Luxembourgeois, un Polonais et un Portugais. Pour 14 autres blessés, la nationalité n'a pas encore été établie.
Quant aux 40 personnes décédées, les autorités n'ont encore donné aucune information.
Toutefois, selon la police cantonale, des dossiers ante mortem pour les disparus ont été ouverts en lien avec plusieurs pays, dont la Belgique, la France, l'Italie, le Portugal, les Philippines, la Roumanie, la Serbie ou la Turquie.
- "Chaque lueur d'espoir" -
La mère d'un adolescent suisse toujours porté disparu depuis le drame confiait vendredi s'accrocher à "chaque lueur d'espoir" pour être fixée sur le sort de son fils Arthur.
"Ca fait 40 heures. 40 heures que nos enfants sont disparus. Donc maintenant, nous devons savoir", a martelé Laetitia Brodard, une Suissesse vivant près de Lausanne (ouest), face à des journalistes devant le mémorial improvisé à quelques mètres du bar Le Constellation.
Un Israélien, possédant une double nationalité, serait porté disparu, selon un responsable du ministère des Affaires étrangères israélien.
Au vu des premiers éléments de l'enquête, "tout laisse à penser que le feu est parti des bougies incandescentes ou des feux de Bengale qui ont été mises sur les bouteilles de champagne", a annoncé la procureure générale du canton du Valais, Béatrice Pilloud. "Et tout a été approché trop près du plafond."
Le visionnage de nombreuses vidéos par les enquêteurs tend à accréditer les affirmations de nombreux témoins sur ces dispositifs crachant des étincelles - aussi appelés bougies fontaines. Ces témoins ont également mentionné la présence de mousse sur le plafond du sous-sol - un isolant phonique -, qui pourrait expliquer l'"embrasement généralisé" mentionné par les autorités.
- Le gérant français "très mal" -
La procureure a aussi précisé que des auditions, dont celle des "deux gérants français et des personnes rescapées", avaient notamment permis "d'expliquer la configuration intérieure des lieux, les travaux réalisés et la capacité d'accueil".
La suite de l'enquête "portera notamment sur les travaux effectués au sein du bar, les matériaux qui sont utilisés, les autorisations d'exploiter, les mesures de sécurité", a détaillé la procureure.
Les deux propriétaires du bar, un couple de Français, ont été entendus "à titre de personnes appelées à donner des renseignements", selon la procureure, qui a précisé qu'aucune responsabilité n'avait été établie à ce stade. Brièvement interrogé vendredi par les médias suisses 20Minutes.ch et La Tribune de Genève, le propriétaire Jacques Moretti a dit que le couple ferait "tout (son) possible pour aider à clarifier les causes" du drame.
"Nous ne pouvons ni dormir ni manger, nous allons tous très mal", a confié l'entrepreneur.
Vendredi dans les rues du centre et dans quelques cafés ouverts à Crans-Montana, le drame était au coeur des conversations. Sur les réseaux sociaux, les appels se multiplient pour retrouver des proches disparus.
Plusieurs véhicules transportant les dépouilles de victimes ont commencé à arriver vendredi à la mi-journée au centre funéraire de Sion. Les cloches de la plupart des Eglises du pays ont sonné en fin d'après-midi.
"L'atmosphère est lourde", a dit à l'AFP Dejan Bajic, un touriste genevois de 56 ans qui fréquente la station depuis 1974. "C'est comme un petit village, on connaît tous quelqu'un qui connaît quelqu'un touché."
- Enseigne intacte -
Dans la rue, en face du bar, des personnes continuaient de venir déposer fleurs et bougies.
Vendredi, les murs des bâtiments adjacents ne portaient pas les traces noires qu'auraient pu laisser les flammes. Même l'enseigne du bar ne semble pas avoir été touchée, pas plus que la structure en bois de la terrasse, signe que c'est surtout le sous-sol qui a été ravagé.
Des témoins ont décrit des scènes d'horreur. Des gens ont tenté de briser les vitres du bar pour s'échapper, tandis que d'autres, couverts de brûlures, se précipitaient dans la rue.
Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre le début de l'embrasement du plafond. À côté, certains filment la scène ou continuent de danser. Sur d'autres vidéos, on voit des jeunes qui tentent désespérément de sortir du bar, d'une capacité maximale de 300 personnes.
- Appel aux dons de sang -
Dans le cadre du mécanisme de protection civile de l'Union européenne, la Suisse a demandé à plusieurs pays d'accueillir des blessés.
"Une cinquantaine de blessés ont été transférés ou vont l'être tout prochainement dans des pays européens, dans des centres spécialisés pour les grands brûlés", a indiqué le président du gouvernement valaisan, Mathias Reynard.
La plupart des personnes prises en charge "étaient des blessés graves", a déclaré le directeur de l'Organisation cantonale valaisanne des secours, Fredy-Michel Roten. La Transfusion interrégionale suisse (CRS) a appelé la population a donner son sang suite à l'incendie dévastateur.
Le chef de la diplomatie italienne Antonio Tajani, en déplacement vendredi à Crans-Montana, a indiqué à des journalistes que "la priorité absolue est de sauver des vies", ajoutant que l'objectif est aussi "de déterminer les responsables". Car "l'utilisation de feux d'artifice, même de petite taille, dans un lieu comme celui-ci (lui) semble irresponsable".
Les autorités cantonales ont annoncé qu'une cérémonie sera organisée à Crans-Montana vendredi 9 janvier, sans fournir plus de détails à ce stade.