Impuissance, "ras-le-bol": sur le littoral nordiste, les municipales à l'ombre de la crise migratoire information fournie par AFP 12/03/2026 à 12:37
"Les autres candidats ne peuvent rien faire non plus": à Calais et Gravelines, villes au coeur de la problématique migratoire à la frontière franco-britannique, le sujet plane sur la campagne des municipales, entre impuissance des maires sortants et "ras-le-bol" des administrés.
Dans la dernière ligne droite avant le premier tour, la maire de Calais Natacha Bouchart (divers droite) enchaîne les porte-à-porte. Mardi, sous une grisaille toute calaisienne, c'est avec le sourire qu'elle ressort d'une rue dans un quartier résidentiel de la cité portuaire.
"Vous êtes satisfait de ce qui se fait dans la ville?", demande-t-elle à chaque habitant qui lui ouvre. Les réponses sont largement positives, beaucoup lui promettent de glisser dimanche dans l'urne un bulletin à son nom.
Rare exception: une sexagénaire à moitié cachée derrière sa porte en bois. "Moyennement" satisfaite, répond-elle à la maire après une courte hésitation. "Sur tout ce qui est migrants...", soupire-t-elle.
"Vous savez que les autres candidats ne peuvent rien faire non plus?", interroge Natacha Bouchart, qui rappelle que la prise en charge des migrants relève de l'Etat.
"Je sais bien, mais ça commence à faire beaucoup", répond cette habitante, qui assure que sa fille s'est "fait agresser plusieurs fois".
- "Traumatisme" -
Fruit du hasard, alors que Natacha Bouchart tape à la porte suivante, son opposant Marc de Fleurian, député RN, apparaît également dans la rue pour un tractage.
Auprès de l'AFP, il s'en prend aux associations d'aide aux migrants, "qui utilisent cette crise migratoire comme un levier politique puisque ce sont des militants d'extrême gauche".
Il entend mettre fin à ce qu'il qualifie de "complaisance" avec ces associations, accusant la municipalité sortante de "bienveillante complicité" avec elles parfois.
Mais il reconnaît que "le sujet de la crise migratoire, il sera réglé au niveau national". Avant d'assurer: "C'est l'alternance de 2027, que nous appelons de nos voeux, qui permettra d'y mettre un terme définitif".
Son programme comporte d'ailleurs peu de mesures sur ce thème, alors que Calais, à 30 kilomètres des côtes anglaises, demeure l'une des principales zones par lesquelles transitent les exilés en quête du Royaume-Uni.
Un récent sondage Ifop pour Nord Littoral, La Voix du Nord, Ici et France 3 n'augure pas d'un vote-sanction contre Natacha Bouchart: la maire sortante récolterait 56% des voix dès le premier tour, contre 22% au député RN.
Pour Mme Bouchart, la ville "s'est relevée" du "traumatisme" de la "jungle" de Calais, immense bidonville démantelé en 2016.
"On est plutôt libérés de cette période, on a envie d'avancer", assure-t-elle.
Elle estime aussi avoir fait ce qui était en son pouvoir, notamment en installant des rochers sur plusieurs espaces du centre-ville pour empêcher l'installation de campements.
- Armement de la police municipale -
A une vingtaine de kilomètres, Gravelines (Nord) est dans une toute autre situation. Depuis quelques années, la longue plage de cette ville proche de Dunkerque voit passer un nombre grandissant de traversées clandestines vers l'Angleterre.
"Une situation humanitaire dramatique", concède le candidat UDR-RN Jean-Baptiste Gardes, seul adversaire du maire sortant Bertrand Ringot (PS), qui dirige ce bastion socialiste depuis 2001.
Mais M. Gardes, passé à 189 voix de devenir député de la circonscription en 2024, assure ressentir "un véritable ras-le-bol de la population" face à "de nombreux incidents": "des intrusions dans des propriétés privées, des véhicules caillassés, des affrontements avec la police".
Il souhaite armer la police municipale et en tripler les effectifs afin d'avoir un effet "dissuasif" sur les traversées.
"Je ne vois pas l'utilité", sourit au pied de la mairie Sébastien, policier d'une cinquantaine d'années qui "connaît le sujet depuis 25 ans" pour avoir travaillé au sein de la police aux frontières à Calais.
"Le maire qui est là me va très bien", tandis que son adversaire "n'engendre que la haine", estime pour sa part Christine, 57 ans, qui promène son chien un peu plus loin.
Elle rappelle que depuis 2024 Bertrand Ringot a monté, avec d'autres maires du littoral dont Natacha Bouchart, un collectif pour interpeller le gouvernement et lui demander plus d'actions concrètes face à la crise migratoire.
Le maire "peut pas remplacer l'Etat non plus", ajoute Christine. Et "c'est à l'Angleterre de se bouger un peu aussi".