Immigration: plus de titres de séjour, moins de régularisations en France en 2025
information fournie par AFP 27/01/2026 à 19:08

Plus de titres de séjour, moins de régularisations et une petite diminution des demandes d'asile: le ministère de l'Intérieur a publié le tableau 2025 de l'immigration ( AFP / KENZO TRIBOUILLARD )

Plus de titres de séjour, moins de régularisations et une petite baisse des demandes d'asile: Beauvau a dévoilé mardi les chiffres 2025 de l'immigration, appelés à alimenter un débat toujours plus polarisé sur ce thème en vue de la présidentielle.

La passe d'armes n'a d'ailleurs pas tardé entre le RN et Bruno Retailleau: le parti de Jordan Bardella a tenu l'ancien ministre de l'Intérieur pour responsable de la hausse de 11% des titres de séjour, le patron de LR chargeant pour sa part le Quai d'Orsay et le gouvernement actuel qu'il a accusé de ne pas vouloir "reprendre le contrôle de l’immigration".

La France a délivré 384.230 premiers titres de séjour l'an dernier (+11%), avec comme l'année précédente une prédominance des motifs étudiants (118.000), suivis des titres humanitaires qui ont bondi de 65%, selon les chiffres de la Direction générale des étrangers en France (DGEF).

Mais les titres délivrés pour motifs économiques ont reculé de 13% à 51.190. "On a un marché de l'emploi qui peut-être attire un peu moins la population étrangère" en termes d'embauches, mais aussi de salaires, a expliqué Guillaume Mordant, responsable du département statistique de la DGEF.

Pour ces premiers titres de séjour, les premières nationalités des demandeurs sont le Maroc (36.100) et l'Algérie (28.000). Et il y avait au total 4,47 millions de titres de séjour valides au 31 décembre 2025, soit une hausse de 3,2% sur un an.

Sur X, le RN a dénoncé le "record absolu atteint sous Bruno Retailleau et la Macronie..." en termes de titres de séjours accordés.

- "Impact" de la circulaire Retailleau -

Sur le même réseau, Bruno Retailleau a défendu son bilan à Beauvau en évoquant la baisse des "admissions exceptionnelles au séjour" et une hausse des "éloignements des étrangers en situation irrégulière". Mais a estimé que ses "efforts ont été contournés par la politique menée par le ministère des Affaires étrangères, combinée à des règles d’accueil automatique qui ont conduit à une augmentation sans précédent du nombre de titres de séjour".

Le sujet "sera au cœur de la prochaine" présidentielle, estime le patron des LR.

Selon le bilan annuel communiqué mardi, le nombre de régularisations a baissé de 10%, avec 28.610 étrangers régularisés l'an dernier; la baisse est due aux motifs économiques (-11,5%) et familiaux (-6,4%). "Il y a l'impact de la circulaire Retailleau qui visait à rappeler le caractère exceptionnel" de ces régularisations et à en "durcir les conditions", a expliqué M. Mordant.

La durée recommandée pour délivrer une carte de séjour à un travailleur sans-papiers avait été allongée à sept ans de présence en France contre cinq auparavant, voire parfois trois.

Ces chiffres sont publiés alors que le gouvernement espagnol de gauche entend adopter un plan de régularisation de sans-papiers qui pourrait bénéficier à 500.000 personnes, pour soutenir la croissance économique.

Après la publication de la circulaire Retailleau en janvier 2025, le monde économique français avait appelé à ne pas durcir outre mesure les conditions de régularisation, sous peine de voir certains secteurs péricliter.

- Asile en baisse -

Evolution du nombre de titres de séjour délivrés pour la première fois en France, par an et par motif d'admission depuis 2011, d'après les chiffres du ministère de l'Intérieur ( AFP / Jean-Michel CORNU )

Le nombre d'interpellations d'étrangers en situation irrégulière a par ailleurs augmenté de 30% l'an dernier, concernant notamment des Algériens (+52%), Tunisiens (+33%) et Marocains (+19%). Les éloignements ont eux augmenté de 15,7% avec 24.985 étrangers renvoyés. Les seuls éloignements forcés ont progressé de 21%.

Du côté de l'asile, la baisse est de 3,7% en 2025 avec 151.665 demandes, ainsi "orientées à la baisse pour la deuxième année consécutive", selon M. Mordant.

Les premiers pays d'origine des demandeurs ont été l'Ukraine, la RDC et l'Afghanistan (tous trois autour de 11.500 demandes).

Le taux d'accord a atteint 52% l'an dernier. "Plus d'une demande sur deux s'est vu attribuer l'asile", ce qui marque une forte hausse : "on était plutôt autour de 40% il y a cinq ou six ans", a rappelé M. Mordant.

Enfin 62.235 personnes ont acquis la nationalité française (-6,8% après une année "assez élevée"): cela s'explique par une baisse de 13,5% des acquisitions par décret, dans le sillage d'une circulaire de mai durcissant les conditions d'octroi.

Six sur dix de ces nouveaux Français étaient originaires d'Afrique, notamment des trois pays du Maghreb, a expliqué le responsable des statistiques.