Immigration au Japon : après le durcissement des conditions d'obtention d'un visa, une pétition appelle à rétropédaler
information fournie par Boursorama avec Media Services 15/05/2026 à 15:35

Tokyo, le 30 mars 2026. on March 30, 2026. ( AFP / ANDREW CABALLERO-REYNOLDS )

"C'est cruel de dire aux gens de retourner dans leur pays d'origine simplement parce que les règles ont soudainement changé", estime le restaurateur indien Manish Kumar, qui vit au Japon depuis 30 ans, dans une vidéo devenue virale.

La diffusion massive en ligne de la vidéo d'un restaurateur indien a ému le pays. Au Japon, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont signé une pétition appelant à revenir sur le récent durcissement des conditions d'obtention du visa de gestionnaire d'entreprise. Les conditions ont été révisées fin 2025, imposant aux demandeurs de disposer de 30 millions de yens (163.000 euros) de capital, contre 5 millions de yens auparavant, afin de prévenir des abus du système. Mais les opposants à ce durcissement estiment que la nouvelle règle pourrait contraindre au départ des résidents de longue date, et la pétition met notamment en lumière la situation des restaurateurs étrangers.

"Mes enfants ne parlent que japonais (...) et on nous dit de retourner en Inde", a ainsi déclaré le restaurateur Manish Kumar, qui vit au Japon depuis 30 ans, lors d'un rassemblement sur la question des visas mercredi. Son visa de gestionnaire d'entreprise n'a pas été renouvelé l'an dernier, selon le quotidien Asahi Shimbun. "J'ai travaillé dur pour arriver là où je suis grâce au soutien" d'autres chefs et de clients, a-t-il déclaré. "Je n'ai rien fait de mal. C'est cruel de dire aux gens de retourner dans leur pays d'origine simplement parce que les règles ont soudainement changé."

Le nombre de titulaires d'un visa de gestionnaire d'entreprise est passé à 45.000 l'an dernier

On ignorait dans l'immédiat si le restaurant de curry de Manish Kumar à Saitama, près de Tokyo, était toujours en activité. La vidéo montrant son discours, durant lequel il était en larmes, a été vue des millions de fois, et une pétition sur le site Change.org appelant le gouvernement à supprimer l'exigence des 30 millions de yens avait recueilli près de 60.000 signatures vendredi. Elle a été remise cette semaine à l'Agence des services de l'immigration du Japon.

Le nombre de demandes de visas de gestionnaire d'entreprise a chuté de 96% après le durcissement des conditions, selon le quotidien Yomiuri Shimbun. La ministre de la Sécurité économique, Kimi Onoda, a salué ce changement, déclarant mardi que la réforme a "apaisé les inquiétudes selon lesquelles le statut de résident de gestionnaire d'entreprise était détourné à des fins d'immigration". Ces préoccupations s'étaient accrues ces dernières années, des messages sur les réseaux sociaux chinois affirmant qu'il était facile d'obtenir un visa au Japon.

Le nombre de titulaires d'un visa de gestionnaire d'entreprise est passé à 45.000 en juin de l'an dernier, dont la moitié étaient chinois, soit 2,7 fois plus qu'il y a 10 ans, selon la chaîne de télévision publique NHK. Des enquêtes menées par des bureaux régionaux des services de l'immigration ont également révélé l'existence de nombreuses sociétés fictives. La Première ministre ultra-conservatrice Sanae Takaichi a promis de durcir les règles d'immigration, alors même que la deuxième économie d'Asie est confrontée à des pénuries de main-d'œuvre et à une population en déclin.