"Il y a le feu au lac" : le cri d'alerte de Louis Gallois sur l'industrie européenne face à la Chine
information fournie par Boursorama avec Media Services 23/09/2026 à 09:57

L'ancien dirigeant de la SNCF, EADS ou encore PSA Peugeot Citroën appelle notamment à l'élaboration d'une politique industrielle focalisée sur les nouvelles technologies, pointant notamment le revirement stratégique allemand.

Louis Gallois, à Bonneuil-sur-Marne, en 2019 (illustration) ( POOL / LUDOVIC MARIN )

"Il y a le feu au lac". Grande figure de l'industrie française, Louis Gallois a sonné l'alarme face au sort de l'Europe face à la concurrence étrangère, notamment chinoise, à l'occasion d'une conférence organisée par le gouvernement français sur la préférence européenne, mardi 22 septembre.

L'ancien haut-fonctionnaire et dirigeant d'entreprise a évoqué les atermoiements politiques sur la question des mesures de soutien à l'appareil industriel du Vieux continent. A l'époque où Louis Gallois était aux affaires, "on ne parlait pas" de préférence européenne et "on n'aurait pas eu le droit de le faire", la mesure étant considérée comme protectionniste, a t-il ainsi noté. Louis Gallois avait notamment piloté en 2012 un rapport proposant un "Pacte pour la compétitivité de l'industrie française", dans lequel il énumérait 22 propositions concernant notamment le coût du travail, l'éducation, l'énergie, le financement des entreprises, le dialogue social.

"Les Allemands ont changé d'avis"

Lors d'une conférence organisée par le ministère délégué à l'Industrie à Bercy, celui qui est aujourd'hui président de La Fabrique de l'industrie a expliqué l'évolution sur la question de la préférence enropéenne par le fait qu'il y a "le feu au lac" et que "les Allemands ont changé d'avis" sur le sujet. Si "la préférence c'est bien", elle ne suffit pas, "il faut derrière une politique industrielle, focalisée sur les nouvelles technologies", a-t-il toutefois estimé.

Devant la presse, le ministre français délégué à l'Industrie Sébastien Martin a pour sa part déclaré qu'il était "important de montrer que la France (était) très mobilisée sur ces questions", avant une réunion d'un conseil "compétitivité" européen prévu jeudi à Bruxelles.

La Commission européenne a dévoilé en mars des propositions en faveur du "made in Europe", visant à réindustrialiser le continent et à mieux résister à la concurrence chinoise. Susceptibles d'évoluer, ces propositions prévoient l'instauration d'une "préférence européenne", consistant à obliger les entreprises de secteurs jugés stratégiques (comme l'automobile et les énergies décarbonées), lorsqu'elles bénéficient de fonds publics, à se fournir en composants fabriqués en Europe, ou dans certains pays partenaires (sous réserve de réciprocité).

Définir le "Made in Europe"

La proposition initiale de Bruxelles conduirait à assimiler à la production européenne tout produit fabriqué dans les pays ayant avec l'UE un accord de libre-échange, une union douanière ou un accord sur les marchés publics, soit plusieurs dizaines de pays.

Sébastien Martin a pour sa part prôné mardi une définition restrictive du "made in Europe": "j'ai du mal à expliquer autre chose que de dire que le +made in Europe+, c'est l'Europe des 27". "On peut avoir des coopérations spécifiques avec certains autres pays", a-t-il nuancé. "Il ne s'agit pas de mettre l'Europe sous cloche mais la priorité des priorités, c'est que les financements européens puissent aller vers les productions européennes et ceux qui ont fait le choix du projet politique de l'Europe."