"Il faut rendre le climat compatible avec la compétitivité", selon Emmanuel Macron, qui met en garde contre "une erreur stratégique"
information fournie par Boursorama avec Media Services 13/02/2026 à 11:55

Emmanuel Macron à Rijkhoven, en Belgique, le 12 février 2026. ( AFP / LUDOVIC MARIN )

"Il ne faut absolument pas enlever les incitations, les signaux de marché qu'on a mis avec l'ETS" (Emissions Trading System), a martelé le président français Emmanuel Macron jeudi 12 février à la presse en Belgique.

"Une erreur stratégique". Le président français Emmanuel Macron a mis en garde contre l'idée d'abandonner les objectifs climatiques européens au nom du soutien à la compétitivité des entreprises, jeudi 12 février. "Je défends notre 'Green Deal' (le Pacte vert européen, ndlr) et notre agenda climatique. Il faut le rendre compatible avec la compétitivité, mais ce serait une erreur stratégique de dire que la compétitivité suppose d'abandonner le climat", a déclaré le chef de l'Etat à la presse, à l'issue d'un sommet en Belgique.

Plusieurs pays, dont l'Italie, ont réclamé jeudi une refonte du marché du carbone européen, accusé de pénaliser les industriels, et contestent la suppression progressive des quotas gratuits d'émissions de CO2. "Nous avons besoin de garder un marché du carbone" européen, a répliqué Emmanuel Macron. "Il ne faut absolument pas enlever les incitations, les signaux de marché qu'on a mis avec l'ETS" (Emissions Trading System), ce mécanisme qui fait payer aux industriels leurs émissions de CO2 à partir d'un certain seuil. "Mais il est clair qu'aujourd'hui, ça ne fonctionne pas bien pour certains pays", a-t-il nuancé, avec un coût élevé pour les plus dépendants aux énergies fossiles.

Le président français a mentionné la "spéculation" sur les quotas carbone, avec un prix de la tonne de CO2 "à plus de 80 euros", alors qu'il devrait être "autour de 30 ou 40 euros", a-t-il estimé. "Et ça pèse beaucoup sur certaines économies. Et donc là aussi, la Commission (européenne) reviendra en mars avec des solutions concrètes pour baisser cette charge", a-t-il dit.

Le marché des quotas d'émissions carbone (ETS), le plus ambitieux au monde

Dans la même veine, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a écarté une remise en cause globale du marché du carbone européen. Elle a de nouveau insisté sur les "clairs avantages" de ce système pour décarboner l'industrie. Tout en rappelant que l'exécutif européen travaille sur une révision de ce mécanisme, afin d'apporter des réponses aux critiques des industriels et de certains pays, notamment d'Europe centrale et orientale. "Certains dirigeants n'apprécient pas" ce mécanisme, mais "plusieurs" le soutiennent, "nous devons poursuivre notre discussion", a également temporisé le président du Conseil européen, Antonio Costa.

L'Union européenne a créé en 2005 ce marché des quotas d'émissions carbone (ETS), le plus ambitieux au monde. Pour couvrir leurs émissions de CO2, les producteurs d'électricité et les industries énergivores (sidérurgie, ciment, chimie...) doivent acheter des "permis de polluer". Afin d'encourager la décarbonation, l'Europe fixe chaque année un plafond d'émissions au-dessous duquel chaque secteur a le droit d'émettre "gratuitement" du CO2, puis doit payer une fois ce seuil dépassé. Chaque année, le plafond est baissé pour pousser les industriels à la décarbonation.