Huit morts dans un incendie pour une tentative de fraude à l'assurance, jugée à Perpignan
information fournie par AFP 01/10/2026 à 11:02

Le site de l'incendie à Saint-Laurent-de-la- Salanque, le 15 février 2022, dans les Pyrénées-Orientales ( AFP / RAYMOND ROIG )

Un épicier, son frère et un exécutant comparaissent jeudi devant la cour d'assises des Pyrénées-Orientales, pour leur implication dans un incendie qui a fait huit morts, dont cinq personnes d'une même famille, en février 2022, avec l'objectif présumé d'encaisser une prime d'assurance.

L'incendie s'est déclaré dans la nuit du 13 au 14 février 2022, dans une épicerie du centre de Saint-Laurent-de-la-Salanque, bourg de 10.000 habitants proche du littoral méditerranéen, avant de se propager rapidement aux habitations des numéros 9 et 11 de la rue Arago.

La famille résidant au-dessus du commerce a survécu, mais dans le bâtiment voisin, de jeunes parents de 20 ans ont péri avec leurs deux enfants de 4 et 18 mois, ainsi que le père de la jeune femme, tout comme trois personnes résidant dans d'autres appartements du petit immeuble.

Les enquêteurs de la section de recherche de Montpellier ont écarté l'hypothèse d'un incendie accidentel, des expertises ayant permis d'établir que de l'essence a été aspergée dans l'épicerie.

Un commanditaire

Le site de l'incendie à Saint-Laurent-de-la- Salanque, le 15 février 2022, dans les Pyrénées-Orientales ( AFP / RAYMOND ROIG )

Madjid Mekhelfi, un Algérien en situation irrégulière, retrouvé grièvement brûlé à proximité et sur les vêtements duquel des traces d'essence seront plus tard détectées, devient le principal suspect.

Placé en garde à vue deux mois après le drame, il reconnaît avoir déclenché l'incendie, mais assure que c'est le gérant, Khaled Ben Abdeljelil, qui le lui a demandé afin d'obtenir une indemnisation de son assurance, en échange d'un futur emploi et d'un coup de main pour obtenir ses papiers.

"Qui a eu cette idée? A qui profite le crime? Ce n'est pas à notre client", font valoir auprès de l'AFP les avocats de M. Mekhelfi, Gérald Brivet-Galaup et Héloïse Dulieu. "Il a bien conscience d'avoir été manipulé, utilisé, instrumentalisé, pour des faits d'une gravité sans nom."

Khaled Ben Abdeljelil, 46 ans, et son frère Raouf, 44 ans, ressortissants tunisiens arrivés en France dans les années 2010, contestent toute implication et minimisent leurs liens avec Madjid Mekhelfi, en dépit de témoignages attestant que ce dernier était hébergé chez le cadet et donnait parfois un coup de main à l'épicerie.

55 parties civiles

Une marche blanche en hommage aux victimes de l'incendie de Saint-Laurent-de-la-Salanque, dans les Pyrénées-Orientales, le 20 février 2022 ( AFP / RAYMOND ROIG )

Une hypothèse confortée par une récente remise à neuf du dispositif anti-incendie de l'épicerie, et surtout par une modification du contrat d'assurance, cinq jours avant le drame, qui avait fait grimper le montant des indemnités en cas de sinistre.

"Ça ne coule pas de source, cette théorie de l'escroquerie à l'assurance qui nous est servie", proteste l'avocate de Khaled Ben Abdeljelil, Elise Arfi, selon laquelle son client est resté "constant" alors que la version de Madjid Mekhelfi "a changé d'une audition sur l'autre".

M. Mekhelfi, 32 ans, "a toujours été dans une position de vérité, dès sa garde à vue. Il y a quelques contradictions qui ont été soulevées, mais qu'on réglera le jour du procès", soulignent au contraire ses avocats.

Pour ce procès, qui se tient jusqu'au 16 octobre à Perpignan, 55 personnes se sont portées parties civiles. "Nous, ce qu'on attend, c'est que les accusés prennent leur responsabilité. Maintenant, s'ils veulent faire le choix de minimiser (...), la justice passera et dira ce qu'elle pense de cette terrible affaire", anticipe Nicolas Nassier, avocat de la famille de la jeune mère décédée.