Huit jours après le "tsunami himalayen", le défi de l'aide aux sinistrés information fournie par AFP 03/09/2026 à 17:08
Au défi des secours, des évacuations et de l'identification des victimes s'est ajouté celui de l'aide. Huit jours après la crue dévastatrice qui a frappé le Népal et la Chine, l'ONU a insisté jeudi sur les difficultés de ravitailler les dizaines de milliers de sinistrés.
Le bilan toujours provisoire de la catastrophe dans les deux pays a continué à s'aggraver avec 1.280 morts - 1.259 sur le sol népalais et 21 dans le territoire chinois du Tibet - pour un nombre de disparus en forte hausse à 5.624 - respectivement 5.083 et 541 - selon les autorités.
Parmi les personnes portées manquantes figurent environ 800 étrangers, touristes, pèlerins ou ouvriers.
Les autorités népalaises, citées par l'ONU, ont dénombré en outre près de 85.000 sinistrés, privés désormais de toit par le déferlement le 26 août d'une immense vague d'eau, de glace et de débris, conséquence de l'effondrement d'un glacier et d'une partie de la montagne.
Lors d'un point d'information jeudi devant les diplomates étrangers, le ministre népalais des Affaires étrangères, Shisir Khanal, a évoqué un "tsunami himalayen".
"La magnitude du désastre, la magnitude des destructions sont tout simplement inimaginables", a renchéri face à la presse Lila Pieters Yahia, coordinatrice des agences onusiennes à Katmandou.
La crue a emporté bâtiments, ponts, routes et infrastructures de la région, notamment les barrages hydroélectriques en service ou en chantier, désormais ensevelis sous une mer de boue.
"L'accès (aux sinistrés) reste très, très, très difficile", a relevé Mme Yahia, "nous faisons tous de notre mieux".
"Plus rien"
Dans les secteurs les plus isolés, le ravitaillement en nourriture, en eau et en équipement n'est possible que par hélicoptère, par drone et, si nécessaire, par porteur, dans la tradition des sherpas himalayens.
Malgré les camps de fortune dressés par les autorités, la situation des déplacés reste très précaire.
"Nous n'avons plus rien", a déploré auprès de l'AFP Pabitra Lamsal, 45 ans, dont la maison de Nuwakot a été détruite. "Nous avions loué deux chambres, mais nous n'avons pas de poële pour faire à manger", a-t-elle dit, en venant ravitailler sa famille de neuf personnes dans un centre d'urgence.
"Le Népal a mobilisé toutes les ressources possibles, mais nous reconnaissons que l'ampleur et la complexité de ce désastre requièrent le soutien et la solidarité internationaux", a déclaré le porte-parole de la diplomatie népalaise, Lok Bahadur Poudel Chhetri.
Huit jours après le désastre, les opérations de secours se poursuivent sans relâche, dans l'espoir de plus en plus infime de retrouver des survivants.
Côté népalais, des équipes de sauveteurs continuent la difficile exploration de plusieurs tunnels situés sur les sites de centrales hydroélectriques ou de barrages en construction qui ont été balayés par la crue, selon le dernier point de situation de l'armée.
Plus de 900 salariés ou ouvriers, employés sur ces sites ou chantiers, sont encore portés disparus, selon l'autorité népalaise chargée des situations d'urgence. Les secours n'ont jusqu'ici retrouvé dans ces tunnels qu'une poignée de corps.
Ces derniers jours, les familles, qui ont pu récupérer et identifier les dépouilles de leurs proches, ont commencé à les incinérer selon la tradition hindoue.
"Dépêche-toi de rentrer"
D'autres, toujours sans nouvelles d'êtres chers, continuent à faire la tournée des hôpitaux ou à se rendre au bureau de la police touristique dans la capitale Katmandou, espérant obtenir des informations sur leur sort.
Des centaines de personnes ont également confié un échantillon de leur ADN aux autorités, afin de permettre l'identification des cadavres exhumés par les secours.
"Je n'espère plus de survivants", a confié à l'AFP un ressortissant américain, Sanjeev Rai, dont l'épouse participait à un pèlerinage dans la région sinistrée. "J'espère que l'ADN permettra de l'identifier", a-t-il ajouté, "je veux pouvoir faire mon deuil".
Côté chinois, où la diffusion des informations sur le désastre est étroitement contrôlée par les autorités, les proches des disparus inondent les réseaux sociaux de messages d'inquiétude.
"Dépêche-toi de rentrer à la maison, tes parents s'ennuient beaucoup de toi, nous avons besoin de toi", a lancé une femme à un parent dont elle est sans nouvelle. "J'espère qu'un miracle se produira (...) tu ne dois pas nous laisser derrière toi", a écrit un père à sa fille, policière à la frontière.
Le Premier ministre népalais Balendra Shah a imputé le désastre au réchauffement de la planète, le qualifiant "d'avertissement sérieux" sur les risques qu'il fait peser dans l'Himalaya.
De nombreux travaux scientifiques ont révélé que la chaîne himalayenne se réchauffait plus vite que la moyenne, causant une fonte accélérée des glaciers qui augmentent les risques de catastrophe naturelle.