Hongrie-Orban, au pouvoir depuis 16 ans, battu par l'opposition de centre-droit information fournie par Reuters 13/04/2026 à 01:27
par Krisztina Than et Anita Komuves
Le dirigeant nationaliste Viktor Orban, au pouvoir en Hongrie depuis 16 ans, a été battu dimanche lors des élections législatives par l'opposition de centre-droit, créditée d'une majorité écrasante, ce qui constitue un revers également pour le président russe Vladimir Poutine et l'administration du président américain Donald Trump, alliés d'Orban.
Révéré par les conservateurs en Europe et aux Etats-Unis pour être la figure de proue de ce qu'il décrit lui-même comme un modèle de "démocratie anti-libérale", Viktor Orban, 62 ans, a perdu en popularité dans son pays sur fond de mécontentement à l'égard de la stagnation économique, de l'isolation mondiale de la Hongrie et de l'enrichissement des oligarques.
Le Premier ministre sortant subit une défaite sans précédent dans sa carrière politique, face à l'un de ses anciens alliés, Peter Magyar, 45 ans, chef de file du parti de centre-droit Tisza qui devrait selon les résultats partiels obtenir une majorité confortable à l'Assemblée nationale.
Cette victoire écrasante de Peter Magyar laisse entrevoir des réformes importantes alors que Budapest était sous Viktor Orban en désaccord profond avec l'Union européenne sur un éventail de sujets, les détracteurs à Bruxelles du dirigeant nationaliste dénonçant une subversion des normes démocratiques.
Nombre de dirigeants européens régulièrement en conflit avec Viktor Orban se sont rapidement réjouis de l'issue du scrutin, marqué par une participation record depuis la chute du régime communiste en 1989 (77,8% à une demi-heure de la fermeture des bureaux de vote contre 67,8% à la même heure en 2022, selon les autorités électorales).
"La France salue une victoire de la participation démocratique, de l'attachement du peuple hongrois aux valeurs de l'Union européenne et pour la Hongrie en Europe", a déclaré le président Emmanuel Macron via le réseau social X.
Pour sa part, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a jugé que "le coeur de l'Europe bat plus fort ce soir en Hongrie".
VICTOIRE INDIRECTE POUR KYIV, REVERS POUR MOSCOU
Après dépouillement de la quasi-totalité des bulletins, le parti Tisza est crédité de 138 sièges sur les 199 que compte l'Assemblée nationale, soit plus de la majorité des deux-tiers nécessaire pour toute révision de la Constitution. Cela devrait permettre à Peter Magyar de mener les réformes souhaitées et de combattre la corruption, comme il l'a promis durant la campagne.
"Nous l'avons fait", a-t-il dit dimanche soir devant des milliers de partisans, en liesse, réunis sur les rives du Danube, dans le centre de Budapest. "Tisza et la Hongrie ont remporté ces élections".
Peter Magyar avait présenté ce scrutin comme un choix entre l'"Est et l'Ouest", prévenant les électeurs que l'attitude de Viktor Orban à l'égard de l'UE éloignerait davantage la Hongrie du bloc. Orban avait prévenu pour sa part que Tisza entraînerait Budapest dans une guerre avec Moscou, ce que Magyar a rejeté.
Le Premier ministre sortant a admis la défaite de son parti Fidesz. "Les résultats électoraux sont douloureux pour nous, mais clairs", a-t-il dit depuis le siège de sa campagne.
Ces résultats devraient avoir des implications majeures non seulement en Hongrie mais aussi pour l'UE et pour l'Ukraine, alors que Viktor Orban avait récemment opposé son veto à un projet européen de prêt de 90 milliards d'euros à Kyiv.
Le président ukrainien Volodimir Zelensky a félicité Peter Magyar pour sa victoire et promis de travailler avec ce dernier pour renforcer l'Europe et protéger la paix et la sécurité. "C'est important, quand une approche constructive est victorieuse", a-t-il écrit sur la messagerie Telegram.
Indirectement, la défaite de Viktor Orban constitue un revers pour Vladimir Poutine, qui perd là son principal allié au sein de l'UE, et pour les cercles conservateurs à travers l'Occident - dont la Maison blanche, qui avait publiquement apporté son soutien à Orban, notamment avec une visite du vice-président américain J.D. Vance juste avant le scrutin.
Au-delà de l'usure probable du pouvoir et des critiques contre ses méthodes de gouvernement, Viktor Orban semble aussi avoir pâti de trois années de stagnation économique et d'augmentation du coût de la vie, ainsi que de soupçons d'enrichissement d'hommes d'affaires jugés proches du pouvoir.
Peter Magyar a promis de lutter contre la corruption ainsi que de restaurer l'indépendance de la justice et des diverses institutions érodée selon lui au cours des mandats de Viktor Orban.
(Krisztina Than et Anita Komuves, avec la contribution de Lili Bayer, Thomas Holdstock, Judith Langowski, Justyna Pawlak; version française Camille Raynaud, Zhifan Liu, Bertrand Boucey et Jean Terzian)