Hongrie-Les jeunes électeurs tournent le dos à Viktor Orban
information fournie par Reuters 09/04/2026 à 10:00

par Krisztina Fenyo, Marton Monus et Gergely Szakacs

Les électeurs qui ont atteint la majorité sous le mandat du Premier ministre sortant Viktor Orban espèrent tourner la page de 16 années de pouvoir sans partage, séduits par le discours du centriste Peter Magyar, favori des sondages pour les élections législatives du 12 avril.

La jeunesse est lasse du nationaliste Viktor Orban, 62 ans, et de son parti le Fidesz, archétype à leurs yeux d'une vision passéiste. Peter Magyar, 45 ans, transfuge du Fidesz, apparaît comme l'alternative pour de nombreux jeunes électeurs.

"Le Fidesz ne comprend plus les jeunes", souligne le sociologue Daniel Oross.

Les étudiants constituent un groupe démographique notable au sein de l'électorat national, précise-t-il, soulignant que s’ils votaient en bloc, ils pourraient permettre à un parti de franchir le seuil des 5% de voix nécessaires à l'entrée au Parlement.

Le nombre de jeunes Hongrois à avoir quitté leur pays a fortement augmenté depuis l’invasion de l’Ukraine voisine par la Russie en 2022, qui a eu un impact négatif sur l’économie hongroise et entraîné la plus forte poussée inflationniste au sein de l’Union européenne.

Des enquêtes de l’UE montrent que la plupart des personnes en âge de travailler qui quittent le pays ont entre 20 et 34 ans. Même si beaucoup reviennent en Hongrie, le solde migratoire reste négatif en raison du manque de perspectives dans le pays, l’un des plus pauvres de l’UE.

Bien que des problèmes tels que le manque de logements abordables touchent les jeunes dans toute l'Europe, de nombreux autres sont propres à la Hongrie, comme la corruption ou la qualité de l'enseignement, qui a déclenché plusieurs manifestations depuis la réélection de Viktor Orban en 2022.

"FAUSSE REBELLION"

Pour certains, comme Tamara Pohly, 18 ans, l'élection de dimanche marquera un tournant décisif.

"Je ne voudrais pas vivre dans un pays où les personnes qui votent pour le Fidesz ou défendent les valeurs du Fidesz sont majoritaires", déclare-t-elle à la terrasse d'un café de Budapest.

Tamara Pohly, qui a participé à plusieurs rassemblements étudiants contre Viktor Orban, souhaite devenir designer industrielle et affirme qu'elle partira à l'étranger après avoir obtenu son diplôme si le dirigeant eurosceptique reste au pouvoir.

Viktor Orban multiplie pourtant les mesures pour s'attirer les bonnes grâces de la jeunesse.

Son gouvernement a supprimé l'impôt sur le revenu pour les moins de 25 ans et lancé un programme de prêts hypothécaires subventionnés à 3% pour aider les primo-accédants à la propriété, alors que son mandat a vu la plus forte hausse des prix de l'immobilier au sein de l'UE.

"Même dans l’ombre de la guerre, la Hongrie a tout fait pour que les jeunes Hongrois puissent… mener une vie réussie et indépendante", a assuré Viktor Orban lors d’un meeting électoral dans la ville de Szentes, dans le sud de la Hongrie.

Frustré de ce qu'il considère comme un manque de reconnaissance, il qualifie les jeunes qui le renient de "fausse rébellion".

Le Fidesz, initialement fondé comme un mouvement de jeunesse anti-communiste pendant la Guerre froide, n'est actuellement soutenu que par 8% des électeurs âgés de 18 à 29 ans, selon un sondage Median, ou 22% dans la tranche d'âge plus large des 18-39 ans, selon Zavecz Research.

"DE VIEUX GRINCHEUX"

Le chef de l'opposition, Peter Magyar, s'est engagé à débloquer les milliards d'euros gelés par l'UE en raison de ce qu'elle qualifie d'érosion des libertés démocratiques sous la férule de Viktor Orban. Le candidat de centre-droit affirme vouloir utiliser ces fonds en partie pour renforcer l'éducation et garantir des logements abordables - préoccupations majeures des jeunes électeurs.

Zsolt Istvan Zoldi, 21 ans, partisan du parti d'extrême droite Notre Patrie, qui pourrait jouer un rôle décisif d'arbitre s'il entre au Parlement, n'a pas l'intention de quitter la Hongrie mais souhaite également un changement.

"Chez les jeunes, le Fidesz est perçu comme un groupe de vieux grincheux, corrompus et bornés", témoigne-t-il après une séance d'entraînement de kickboxing.

Le jeune homme se dit particulièrement préoccupé par l’état "catastrophique" des services publics, la corruption et la domination d’Orban sur les médias traditionnels.

Notre Patrie s'engage à agrandir les résidences universitaires, à mener un programme de construction de logements locatifs et à limiter les formalités administratives pour aider les start-up et dissuader les jeunes d’émigrer.

Le Premier ministre sortant conserve toutefois un soutien parmi les jeunes.

Gergo Farkas, 18 ans, loue ainsi l’expérience du leader chevronné, forgée par de multiples crises, ses liens étroits avec les dirigeants mondiaux et son soutien aux valeurs chrétiennes traditionnelles.

"C'est un véritable leader hongrois", dit-il lors d'un rassemblement dans la ville occidentale de Szombathely (ouest), ajoutant que quiconque envisage de quitter la Hongrie pour des raisons politiques se rend coupable de "trahison".

"Un vrai Hongrois ne devrait pas partir à cause d’un gouvernement."

(Rédigé par Gergely Szakacs, Mara Vilcu pour la version francaise, édité par Sophie Louet)