Hong Kong-Jimmy Lai condamné à 20 ans de prison en vertu de la loi de sécurité nationale information fournie par Reuters 09/02/2026 à 12:48
(Actualisé avec les réactions)
par James Pomfret et Jessie Pang
Le magnat de la presse et activiste pro-démocratie Jimmy Lai a été condamné lundi par un tribunal de Hong Kong à une peine de 20 ans de prison pour atteintes à la sécurité nationale, après avoir été reconnu coupable des chefs d'accusation de sédition et de collusion avec des puissances étrangères.
Cette condamnation marque l'épilogue d'un feuilleton judiciaire de premier plan qui s'est étiré sur près de cinq ans et a été suivi attentivement par la communauté internationale.
Jimmy Lai avait été arrêté en premier lieu en août 2020 en vertu de la loi de sécurité nationale imposée quelques semaines plus tôt par la Chine en réponse aux vastes manifestations antigouvernementales de 2019 à Hong Kong.
Il a été reconnu coupable en décembre dernier d'accusations de collusion avec des puissances étrangères et de sédition.
Figure éminente de la contestation et fondateur du journal pro-démocratie Apple Daily - contraint à la fermeture en 2021 -, Jimmy Lai encourait une peine pouvant aller jusqu'à la prison à perpétuité, comme prévu par la loi de sécurité nationale pour les atteintes dites de "nature sérieuse".
Il s'agit de la plus lourde condamnation prononcée jusqu'à présent à Hong Kong en vertu de cette loi, décrite par ses détracteurs comme destinée à réprimer toute opposition et contraire aux libertés garanties lors de la rétrocession de l'ancienne colonie britannique à la Chine.
PRÉSENTÉ COMME LE "CERVEAU" D'UN COMPLOT
Les trois juges ont déclaré lundi que l'ampleur de la condamnation de Jimmy Lai était justifiée par le fait que ce dernier était le "cerveau" et le moteur "persistant" de complots avec des puissances étrangères.
Ils ont cité des éléments à charge démontrant selon l'accusation que les complots en question étaient destinés à aboutir à des sanctions, embargos et autres mesures hostiles de la part des Etats-Unis et d'autres pays, tout en impliquant un réseau d'individus parmi lesquels des employés d'Apple Daily.
En plus de Jimmy Lai, six anciens employés d'Apple Daily ont été condamnés lundi à des peines allant de six ans à dix ans d'emprisonnement.
Jimmy Lai, 78 ans, a rejeté toutes les accusations le visant. Il a déclaré lors de son procès être un "prisonnier politique" victime d'une persécution de la Chine, tandis que les appels à sa libération se sont multipliés en marge de sa détention, notamment en raison de son état de santé fragile.
Pékin a répété que le procès de Jimmy Lai était équitable.
Des dirigeants mondiaux, dont le président américain Donald Trump et le Premier ministre britannique Keir Starmer, ont critiqué le sort de Jimmy Lai. Starmer a dit avoir évoqué le sujet lors de sa visite en Chine en janvier durant laquelle il a notamment rencontré le président chinois Xi Jinping. Trump avait dit également avoir discuté de Lai avec Xi lors d'un entretien en octobre dernier.
Ces préoccupations reflètent notamment la renommée de longue date de Jimmy Lai sur la scène internationale pour son engagement en faveur de la démocratie face au pouvoir à Pékin et pour son large réseau politique - des liens que les procureurs ont mis en avant durant son procès.
Au moment du pic du mouvement de contestation à Hong Kong en juillet 2019, Jimmy Lai avait été reçu à Washington par le vice-président américain et le secrétaire d'Etat américain de l'époque, Mike Pence et Mike Pompeo.
"COUP DE GRÂCE À LA LIBERTÉ DE LA PRESSE"
"La règle de droit a été complètement brisée à Hong Kong", a commenté Jodie Ginsberg, directrice générale du Comité de protection du journalisme (CPJ), ONG basée à New York. "La décision scandaleuse de ce jour est un coup de grâce porté à la liberté de la presse à Hong Kong".
Il faut que "la communauté internationale accentue ses pressions pour libérer Jimmy Lai si nous voulons que la liberté de la presse soit respectée où que ce soit dans le monde", a-t-elle ajouté.
Plusieurs diplomates occidentaux ont déclaré par le passé à Reuters que des négociations pour la libération de Jimmy Lai, qui possède également la nationalité britannique, pourraient véritablement démarrer uniquement après sa condamnation et dépendraient également d'un potentiel appel.
Interrogé lundi par les journalistes, l'avocat de Jimmy Lai a refusé de dire si son client entendait interjeter appel, déclarant qu'il disposait d'un délai de 28 jours pour le faire.
La famille et l'avocat de Jimmy Lai, de même que d'anciens collègues et des partisans, avaient prévenu avant le verdict que Lai serait en danger de mort en prison en raison de ses problèmes cardiaques.
Aux yeux d'Elaine Pearson, directrice de Human Rights Watch en Asie, la "sévère" condamnation prononcée lundi est "de facto une condamnation à mort". "Une condamnation de cette magnitude est à la fois cruelle et profondément injuste", a-t-elle dit.
Des dizaines de partisans de Jimmy Lai s'étaient rassemblés près du tribunal plusieurs jours avant l'audience dans le but de s'assurer une place dans la salle.
Un important dispositif de sécurité était en place, dont un camion blindé déployé dans la zone.
Quelques heures seulement après le verdict, l’Australie, la Grande-Bretagne, l’Union européenne, le Japon et Taïwan ont exprimé leurs inquiétudes quant aux conséquences de cette condamnation et à la situation de Jimmy Lai.
La cheffe de la diplomatie britannique, Yvette Cooper, a appelé à la libération de Jimmy Lai pour des raisons humanitaires, estimant que sa peine était "pratiquement équivalente à une condamnation à perpétuité". Yvette Cooper a ajouté que la Grande-Bretagne engagerait rapidement de nouvelles démarches sur le dossier de Jimmy Lai.
Le secrétaire général du gouvernement japonais, Minoru Kihara, a déclaré que son pays était "sérieusement préoccupé" par l’impact de cette affaire sur la liberté d’expression, d’association et de réunion à Hong Kong.
Le Bureau des affaires de Hong Kong et de Macao, relevant du Conseil des affaires d’État chinois, a indiqué dans un communiqué que la sentence "est une déclaration solennelle et puissante selon laquelle quiconque ose défier la loi sur la protection de la sécurité nationale sera sévèrement puni".
Le chef de l’exécutif hongkongais, John Lee, a déclaré: "(Jimmy Lai) a commis de nombreux crimes odieux, et ses actes malveillants étaient sans mesure". La peine "sévère" "apporte un grand soulagement à tous", a-t-il ajouté.
PRISON À VIE ?
Des amis et partisans de Jimmy Lai affirment qu’il est en mauvaise santé, souffrant de diabète et d’hypertension, et qu’il devrait être libéré.
Son fils, Sebastien Lai, a déclaré que la peine était "dévastatrice pour la famille", "potentiellement mortelle" pour son père et marquait la "destruction totale" du système judiciaire de Hong Kong.
"Après plus de cinq ans de persécution incessante contre mon père, il est temps pour la Chine de faire ce qu’il faut et de le libérer avant qu’il ne soit trop tard", a-t-il déclaré depuis l’étranger.
Jimmy Lai, l’un des catholiques les plus en vue de Hong Kong, est arrivé au tribunal vêtu d’une veste blanche, les mains jointes dans un geste de prière, souriant et saluant ses partisans.
La police hongkongaise a minimisé les inquiétudes concernant sa santé. Le chef du département de la sécurité nationale, Steve Li, a déclaré que ces préoccupations avaient été "exagérées" et ajouté que le magnat méritait sa peine.
Des responsables à Pékin et à Hong Kong ont affirmé que Jimmy Lai avait bénéficié d’un procès équitable et que tous étaient traités de manière égale en vertu de la loi sur la sécurité nationale, qu’ils jugent essentielle pour rétablir l’ordre dans la ville.
"Je pense que Jimmy Lai est la conscience de Hong Kong", a déclaré un homme nommé Sum, 64 ans, présent dans la file d’attente.
L’avocat de Jimmy Lai, Robert Pang, a déclaré ne pas pouvoir commenter lorsqu’on lui a demandé si son client ferait appel, précisant qu’il disposait de 28 jours pour le faire.
(James Pomfret, Jessie Pang et Greg Torode, avec la contribution d'Andrew MacAskill à Londres; version française Jean Terzian et Elena Smirnova, édité par Augustin Turpin)