Hommage national à Lionel Jospin, Premier ministre d'une modernisation "inédite" de la France
information fournie par AFP 26/03/2026 à 17:12

Le président Emmanuel Macron prononce un discours lors d'un hommage national à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin à l'Hôtel des Invalides à Paris, le 26 mars 2026 ( AFP / Bertrand GUAY )

"Un repère dans notre histoire et notre esprit": Emmanuel Macron a rendu jeudi aux Invalides un hommage national à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin qui avait, à la tête de la "gauche plurielle", modernisé la France "de manière inédite".

Chef du gouvernement de 1997 à 2002, ex ministre de l'Education nationale de 1988 à 1992, l'homme d'Etat décédé dimanche à l'âge de 88 ans a "modernisé la vie économique, sociale et démocratique de la Nation de manière inédite", faisant "entrer la France dans ce siècle qui s'ouvrait", a déclaré le président dans son discours.

En présence de sa veuve, la philosophe Sylviane Agacinski, il a insisté sur le sens de la "rigueur" de cet "héritier" de Jean Jaurès, Léon Blum et François Mitterrand. Pour lui, "seul l'esprit de rigueur rend possible l'idéal", a souligné le chef de l'Etat, rappelant ses réformes, des 35 heures à la couverture maladie universelle et au Pacs, précurseur du mariage pour tous.

La cérémonie, dans la cour Sud du Dôme - la cour d'honneur pavée est en travaux - a été l'occasion d'une réunion de la "gauche plurielle" que Lionel Jospin avait réussi à rassembler, des socialistes aux Verts en passant par les communistes, les radicaux et les chevènementistes. Un contraste avec les divisions minant aujourd'hui les gauches radicale et sociale-démocrate devenues, pour certains, "irréconciliables".

- "mentor" -

Martine Aubry, sa ministre des "35 heures", était là. Non loin d'elle, l'ex-patron du PCF Robert Hue.

Les ex-ministres de la "gauche plurielle" étaient presque tous présents, de Pierre Moscovici, qui pleure un "mentor", à Hubert Védrine, Bernard Kouchner, Catherine Trautmann ou encore le communiste Jean-Claude Gayssot.

Ceux qui ont été mis au ban pour cause de scandale sont venus aussi, comme Jack Lang ou Dominique Strauss-Kahn. Ce dernier, son ministre des Finances, a évoqué devant les journalistes "le souvenir d'un homme droit, construit, au service des autres (...) un homme comme il y en a peu aujourd'hui".

Tous présents, donc, ou presque, pour honorer la mémoire de celui qui se présenta deux fois sans succès à l'élection présidentielle, étant notamment éliminé par le Front national le 21 avril 2002.

Jean-Luc Mélenchon s'est d'abord plaint jeudi de ne pas avoir été invité, ce qu'ont démenti l'Élysée et les proches de l'ancien Premier ministre, puisque tous les membres du gouvernement Jospin l'ont été. L'ancien ministre de l'Enseignement professionnel (2000-2002) a ensuite assuré avoir été convié par sms jeudi "matin", un délai trop court pour "être présent à Paris".

Des figures de la gauche étaient aussi présentes, à commencer par l'ancien président François Hollande, très proche de Lionel Jospin, gardant "la vieille maison", le PS, pendant qu'il était à Matignon.

Mais aussi la relève d'un parti qu'il a longtemps dirigé, de 1981 à 1988 puis de 1995 à 1997, comme l'actuel patron Olivier Faure.

Le cercueil, entré dans la cour au pas du tambour, est ressorti sur une interprétation, par l'orchestre de la Garde républicaine, de la chanson de Jacques Prévert et Vladimir Kosma "Les Feuilles mortes", que Lionel Jospin avait interprétée dans une émission télévisée en 1984.

- "Pas d'archarnement" -

Des membres de la Garde républicaine portent le cercueil de l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin lors d'un hommage national à l'Hôtel des Invalides à Paris, le 26 mars 2026 ( AFP / Bertrand GUAY )

Les obsèques se sont déroulées l'après-midi dans le cimetière parisien du Montparnasse, en présence de sa famille, ses compagnons de route du PS, les personnalités socialistes d'aujourd'hui comme le nouveau maire de Paris Emmanuel Grégoire ou celui de Marseille Benoît Payan, et une foule d'anonymes, souvent une rose à la main.

Daniel Vaillant, militant comme lui du 18e arrondissement de Paris devenu son ministre de l'Intérieur de 2000 à 2002, l'a remercié pour son "courage, son "intégrité, sa "capacité à faire changer les choses" et son "indéfectible amitié".

"Il faisait de la politique comme on n'en fait plus", avec "une parole où les mots étaient pesés (..) loin de la communication à outrance ou bien sûr de la violence", a salué Martine Aubry, sa ministre du Travail, très émue.

Le Premier ministre Lionel Jospin, candidat à la présidentielle, quitte son QG de campagne, après les résultats du 1er tour, le 21 avril 2002 à Paris ( AFP / Philippe DESMAZES )

Pierre Moscovici a mis l'accent sur sa capacité à "réaliser des conquêtes sociales, des progrès pour la société, conforter les finances publiques, de renforcer l'économie". "Cette leçon-là n'est pas datée", a-t-il insisté en écho aux enjeux actuels de la France.

François Hollande a rendu hommage à celui qui "n'était pas austère mais juste", qui n’était "pas pour les bons mots" mais pour le "mot juste". "Il incarnait la famille de la gauche (..)Promettons-nous d’être dignes de lui !", a-t-il conclu.

Sylviane Agacinski a raconté comment, dévastée à l'idée de savoir qu'elle allait le perdre, il l'avait apaisée en lui rappelant la "chance inouïe d’avoir vécu ensemble" 35 ans.

Et son frère Olivier est revenu sur la "grave maladie" qui s'était déclenchée l'été dernier, comment il s'était "préparé courageusement à la fin" pour qu'il "n'y ait pas d'acharnement" dans la "structure qui l'a accueilli pour les deux derniers jours".