Hegseth se rend à Guantanamo dans un contexte de pressions croissantes sur La Havane information fournie par Reuters 10/06/2026 à 17:17
Le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth s'est rendu mercredi à la base navale américaine de Guantanamo Bay, à Cuba, dans le cadre d'une visite très médiatisée sur fond de pressions croissantes de Donald Trump à l'encontre de La Havane.
Cette visite intervient moins de deux semaines après que le commandant en chef américain pour l'Amérique latine, le général Francis Donovan, s'est rendu à Guantanamo et s'y est entretenu avec un général cubain de haut rang. Elle fait également suite à une rare visite à La Havane du directeur de la CIA, John Ratcliffe, début mai.
Pete Hegseth n'a fait aucune déclaration à son arrivée à Guantanamo Bay, où il devait rencontrer les troupes américaines.
Donald Trump a maintes fois déclaré qu'un changement de régime de l'île communiste faisait partie des objectifs de politique étrangère de son second mandat.
Selon Michael Bustamante, directeur du programme d'études cubaines à l'université de Miami, la visite de Pete Hegseth a potentiellement pour but de démontrer la détermination des États-Unis alors que les inquiétudes grandissent à Cuba quant à une éventuelle attaque militaire américaine.
"La visite de M. Hegseth vise peut-être à réaffirmer une fois de plus que le refus de s'asseoir à la table des négociations pourrait entraîner le recours à une option militaire, même si les observateurs mettent de plus en plus en garde contre les complications potentielles d'une telle opération", a-t-il déclaré.
Donald Trump bénéficie d'un soutien massif de la part des Cubano-Américains partisans de la ligne dure en Floride, qui militent en faveur d'un changement de régime orchestré par les États-Unis depuis la révolution de 1959, et son administration n'a eu de cesse d'intensifier la pression sur l'île.
Le 20 mai, les États-Unis ont officiellement inculpé l'ancien président cubain Raul Castro pour son implication présumée dans la destruction de deux avions civils au large de Cuba qui avait fait quatre morts en 1996.
RUBIO INQUIÈTE LA HAVANE
Signe de la volonté de Donald Trump d'affirmer plus globalement le rôle de Washington en Amérique latine, les Etats-Unis avaient auparavant capturé le 3 janvier le président vénézuélien Nicolas Maduro, lors d'une opération à Caracas, avant de l'emmener à New York en vue d'un procès pour des accusations de trafic de drogue que l'intéressé nie.
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio, fils d'immigrants cubains et candidat potentiel à l'investiture républicaine pour la présidentielle de 2028, a suscité l'inquiétude à La Havane en évoquant le risque pour la sécurité nationale que représente ce qu'il a qualifié d'État défaillant situé à seulement 145 km de la Floride.
Le 5 mai, Marco Rubio et Francis Donovan ont en outre posé devant une carte de Cuba dans un message publié sur X par le Commandement Sud dirigé par le général. La publication faisait état de discussions relatives aux "efforts des Etats-Unis pour contrer les menaces qui sapent la sécurité, la stabilité et la démocratie dans (leur) hémisphère".
Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a averti que toute action militaire entraînerait un "bain de sang" dans lequel des milliers de Cubains et d'Américains trouveraient la mort.
Donald Trump a de fait imposé un blocus pétrolier à Cuba en menaçant d'imposer des droits de douane aux pays fournissant du brut et d'autres sources d'énergie à l'île, ce qui a provoqué d'innombrables coupures d'électricité et perturbé un peu plus encore une économie déjà chancelante.
Selon des experts, l'instabilité à Cuba pourrait par ailleurs déclencher une crise migratoire.
(Reportage Phil Stewart, version française Benjamin Mallet)