Guillaume Cerutti, un fin connaisseur du marché de l'art à la tête du Château de Versailles information fournie par AFP 04/11/2026 à 16:52
Du Centre Pompidou à la direction de la maison d'enchères Christie's, Guillaume Cerutti a exercé de hautes fonctions dans le monde de l'art, dans le privé comme dans le public, avant de prendre à 60 ans la tête du Château de Versailles.
Nommé mercredi par Emmanuel Macron, cet énarque, ancien inspecteur des finances devra notamment garantir le rayonnement d'un des sites touristiques les plus visités au monde (8,4 millions d'entrées en 2024), dont la présidence était vacante depuis le départ de Christophe Leribault fin février vers le Louvre.
"Il a toutes les qualités requises pour réussir, une très bonne connaissance de l'administration publique et de la scène culturelle nationale et internationale", estime auprès de l'AFP Jean-Jacques Aillagon, qui en avait fait son directeur de cabinet lorsqu'il était ministre de la Culture au début des années 2000.
Pour diriger Versailles, un mastodonte à 176 millions d'euros de budget, Guillaume Cerutti pourra également puiser dans son expérience de directeur général du Centre Pompidou, poste qu'il occupa de 1996 à 2001.
"Il saura parfaitement diriger ce vaisseau amiral de notre patrimoine et lui apporter la vision, le souffle et les financements nécessaires à sa conservation et à l’enrichissement de ses collections", fait valoir l'entourage du chef de l'État.
Après cette expérience à Pompidou, le haut fonctionnaire avait bifurqué vers le privé, plus précisément dans le monde feutré des grandes maisons d'enchères internationales où il aura, au total, passé près de 18 années.
"Le défi à relever était intéressant. J'ai donc décidé à ce moment-là de faire le grand saut du public au privé, mais ce n'était pas un choix que j'avais planifié", confiait l'intéressé fin 2024 dans une interview vidéo au Who's Who France, au cours de laquelle il disait également avoir "toujours marqué un intérêt pour la chose culturelle".
Rayonnement
Guillaume Cerutti était d'abord entré en 2007 chez Sotheby's, devenant son patron en France avant d'accéder également au rang de vice-président en Europe de la maison, où il passa huit ans.
En 2016, il arrive chez le grand rival Christie's, dont il sera le PDG pendant huit ans également avant d'en présider le conseil d'administration pendant deux ans.
En marge de sa longue carrière dans l'art, Guillaume Cerutti a également fait une brève incursion dans le monde du foot en présidant, entre 2025 et 2026, le conseil d'administration du Stade Rennais, propriété du milliardaire et grand collectionneur d'art François Pinault.
"Son expérience dans le privé sera un atout à Versailles. Il faut décloisonner, il n'y a pas un secteur noble et un autre qui ne le serait pas", estime auprès de l'AFP Philippe Bélaval, ancien conseiller culture d'Emmanuel Macron, qui relève que M. Cerutti devra toutefois agir dans un "cadre contraint".
À la tête de Versailles et de ses quelque 1.000 agents, Guillaume Cerutti devra notamment composer avec les restrictions budgétaires. En 2024, environ un tiers des recettes (62 millions) du Château de Versailles provenaient de fonds publics, et l'établissement a déjà augmenté en 2026 son prix d'entrée pour les non-Européens afin de dégager de nouvelles ressources.
"Son riche parcours entre les secteurs public et privé lui permettra de développer davantage encore les partenariats et le mécénat", espère l'entourage d'Emmanuel Macron.
La représentante du syndicat Sud au Château de Versailles reste, elle, dans l'expectative.
"On attendait avec impatience qu'il y ait une nomination mais, au vu de son parcours, on peut se poser quelques questions", dit à l'AFP Laurence Picouleau, qui siège au conseil d'administration de l'établissement. "Est-ce qu'il aura, par exemple, la force de défendre le recrutement d'agents supplémentaires ?", s'interroge-t-elle à propos de sa relation avec son autorité de tutelle, le ministère de la Culture.
Maire de Versailles, François de Mazières veut, lui, croire que "la riche expérience internationale" de Guillaume Cerutti sera "un atout" pour nouer de nouveaux partenariats et faire briller le Château. "Le rayonnement du Château existe déjà et il faut le renforcer sereinement", a indiqué l'édile à l'AFP.