Guerre en Ukraine : la Russie utilise des Kényans comme "chair à canon", Nairobi dénonce une situation "inacceptable"
information fournie par Boursorama avec Media Services 10/02/2026 à 17:27

Kiev a dit en novembre avoir identifié au moins 1.436 citoyens de 36 pays africains dans les rangs russes.

Des proches de Kenyans enrôlés de force par la Russie, à Nairobi, au Kenya, le 27 janvier 2026. ( AFP / TONY KARUMBA )

Après les révélations de plusieurs médias, le Kenya a jugé mardi 10 février "inacceptable" que ses ressortissants soient utilisés comme "chair à canon" par la Russie en Ukraine, après avoit été trompés par des promesses d'emplois civils bien rémunérés

Le chef de la diplomatie kényane, Musalia Mudavadi, a annoncé mardi une visite à Moscou en mars après la mort de Kényans recrutés de force par l'armée russe, victimes de réseaux de recrutement.

Plusieurs médias, dont l' AFP , ont montré récemment combien des centaines d'hommes kényans, souvent sans aucun passé militaire , se sont retrouvés, une fois arrivés en Russie, forcés de signer un contrat avec l'armée russe pour très vite être envoyés sur le front en Ukraine, où nombre d'entre eux ont péri.

"Il semble qu'il y ait un schéma consistant à attirer des gens et à les faire mourir" , a déploré Abraham Korir Sing'Oei. Le numéro deux du ministère kényan des Affaires étrangères a également évoqué un "programme intentionnel visant à recruter de manière illégale des personnes d'ascendance africaine, dont les Kényans font partie, et à en faire en quelque sorte des combattants dans un monde dont ils ne font pas partie".

L' AFP a pu, au cours d'une enquête publiée lundi, parler à quatre Kényans revenus de Russie, dont trois ont été blessés dans les combats. L'un est parti là-bas en croyant devenir vendeur, deux autres espérant être agents de sécurité, le quatrième sportif de haut niveau. Tous s'étaient vu promettre des salaires compris entre 920 et 2.400 euros mensuels en Russie par une agence de recrutement à Nairobi. Une fortune au Kenya, où de nombreux travailleurs gagnent à peine 100 euros par mois. Le jour de leur arrivée ou le lendemain, les quatre hommes se sont toutefois retrouvés contraints de signer un contrat les liant à l'armée russe écrit en cyrillique, qu'ils ne comprenaient pas. Puis ils ont été envoyés au front, après très peu ou aucune formation militaire, en territoire ukrainien.

"Chair à canon sur le front"

Trois d'entre eux se sont retrouvés au même endroit à plusieurs semaines de différence, près de Vovtchansk, dans la région de Kharkiv, où un grand champ, qu'ils devaient traverser, était recouvert de cadavres. Deux d'entre eux ont vu la quasi totalité de leur unité, dont des Kényans et d'autres ressortissant africains, périr en quelques minutes, sous le feu de drones ukrainiens.

L'ambassade de Russie au Kenya, contactée dans le cadre de cette enquête, n'a pas répondu à l' AFP .

"Ce qui ressort, c'est que ces individus sont utilisés comme chair à canon sur le front" , a déploré auprès de l'AFP Abraham Korir Sing'Oei, le numéro 2 de la diplomatie kényane, qualifiant la situation de "douloureuse, perturbante, choquante". "À une époque moderne, c'est totalement inacceptable", a-t-il encore jugé, ajoutant que la question avait été soulevée par le Kenya à la Russie à Nairobi et à Moscou. "Nous avons déploré des pertes en vies humaines, et je prévois de me rendre à Moscou afin de souligner qu'il est impératif d'enrayer ce phénomène", a de son côté annoncé Musalia Mudavadi dans un communiqué.

Les autorités kényanes estimaient en décembre le nombre de Kényans enrôlés de force dans l'armée russe à environ 200. Un nombre très vraisemblablement sous-évalué , selon les quatre "revenants" interrogés par l' AFP .

Musalia Mudavadi a également annoncé que le Kenya avait aidé 27 Kényans à rentrer chez eux, et évoqué des "témoignages alarmants de ressortissants secourus" qui auraient été "contraints d'assembler des drones et de manipuler des produits chimiques dangereux sans formation adéquate ni équipement de protection."

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a annoncé dans un communiqué avoir évoqué mardi avec son homologue russe Vladimir Poutine, lors d'un appel téléphonique, le "rapatriement des Sud-Africains combattant aux côtés des forces russes en Ukraine". Pretoria a annoncé en novembre avoir reçu des appels à l'aide de 17 Sud-Africains qui disent avoir été dupés et envoyés sur le front ukrainien.

Accusé d'avoir participé à leur recrutement par des familles d'enrôlés, la fille de l'ex-président sud-africain Jacob Zuma, Duduzile Zuma-Sambudla, a démissionné du parlement sud-africain.

Kiev disait en novembre avoir identifié au moins 1.436 citoyens de 36 pays africains dans les rangs russes.