Guerre en Ukraine : la France et ses entreprises à la manœuvre pour occuper le vide laissé par le retrait des Américains
information fournie par Boursorama avec Media Services 05/02/2026 à 09:37

La France a déjà 180 entreprises présentes en Ukraine, qui emploient quelque 30.000 personnes.

Nicolas Forissier à Paris, le 19 janvier 2026. ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

"C'est maintenant qu'il faut investir, au moment où personne ne veut le faire." Alors que les États-Unis se désengagent de l'Ukraine, aux prises avec son voisin russe, la France et ses entreprises avancent leurs pions, comme l'illustre le déplacement à Kiev du ministre français délégué au Commerce extérieur Nicolas Forissier, accompagné d'entrepreneurs.

Nicolas Forissier a choisi de se rendre à Kiev en plein hiver à un moment où les températures très basses perturbaient encore plus la vie de la capitale ukrainienne attaquée par l'armée russe. Et près d'une vingtaine d'entreprises françaises étaient à ses côtés pour ce voyage. Toutes ont senti un accueil très favorable, à l'heure où les revirements continuels de la diplomatie américaine inspirent beaucoup de défiance.

"Les Ukrainiens, dans cette situation, sont très affectifs. Ils font des choix de raison, mais aussi des choix de cœur ", explique à l' AFP le président de Teleos, groupe de service aux opérateurs télécom, Philippe Le Grand.

"Le poids et la parole de la France, parce que les mots sont suivis d'actes, font que nous sommes bien perçus. Et c'est maintenant qu'il faut investir, au moment où personne ne veut le faire. Parce que le jour où les Américains et les Chinois se jetteront sur l'Ukraine avec des moyens massifs dont nous ne disposons pas, on ne pourra plus jouer", ajoute-t-il.

"le grand sujet, c'est le financement"

L'Ukraine dispose aujourd'hui de moyens très limités pour moderniser ou réparer ses infrastructures. L'aide internationale qu'elle reçoit alimente une priorité absolue : la défense, urgence vitale pour un pays qui combat depuis bientôt quatre ans une invasion de la Russie.

Pour les entreprises qui veulent travailler dans ce pays, "le grand sujet, c'est le financement" , indique à l' AFP le directeur du développement international du groupe d'ingénierie Egis, Xavier Lazennec. "Les Américains ont supprimé des aides, des fonds de l'USAID, sur un projet où on est présent, pour la résilience énergétique de l'Ukraine. Tout s'est arrêté (...) Il faut y aller groupés, que la France continue à pousser, et surtout pour que les Ukrainiens aient des moyens", ajoutait-il.

L'une des illustrations lors de ce voyage à Kiev a été la fierté pour une jeune pousse, Elicit Plant, de voir son produit loué par le ministre ukrainien de l'Agriculture. C'était mardi lors d'une réunion de la commission mixte franco-ukrainienne pour la coopération économique. Cette entreprise a développé des molécules qui réduisent de 20% l'eau nécessaire aux récoltes. Et l'Ukraine, grand pays agricole, en a particulièrement besoin, avec des problèmes d'approvisionnement en eau que la guerre et le changement climatique ont considérablement aggravés ces dernières années.

Terrain d'expérimentation

Elicit Plant a profité de financements rapides du gouvernement français , et de l'envie du gouvernement ukrainien de faire bénéficier du produit à ses petits exploitants. "L'Ukraine est le premier endroit où on a pu faire l'expérience de l'efficacité de notre produit sur 20.000 hectares, grâce au soutien public français", dit à l' AFP le fondateur et vice-président chargé du développement international, Olivier Goulay.

La France a déjà 180 entreprises présentes en Ukraine, qui emploient quelque 30.000 personnes. Certaines sont des enseignes bien connues des Ukrainiens, comme Crédit Agricole ou Auchan.

La coopération se voit aussi entre opérateurs publics. La présidente du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), Catherine Lagneau, a ainsi rencontré son homologue ukrainien, très intéressé par l'idée de bénéficier des compétences déployées dans le vaste inventaire des ressources minérales lancé en 2025 sur une partie du territoire français.

Le ministre français Nicolas Forissier a de son côté multiplié les rendez-vous pour dire son "admiration face à l'incroyable résistance et au moral du peuple ukrainien". Il a aussi dénoncé le "cynisme" des frappes russes qui visent les infrastructures de Kiev, dont des dizaines de milliers d'habitants sont sans électricité ni eau dans leur logement.

Il préparait enfin le terrain pour le jour incertain où, la guerre prenant fin, l'Ukraine devrait voir sa croissance économique repartir. "Il n'y a aucune raison que la France, qui a été en première ligne avec l'Ukraine, ne soit pas présente lors de sa reconstruction. Et elle n'attend pas que la situation soit stabilisée pour y participer", a-t-il lancé devant la Chambre de commerce et d'industrie France Ukraine.