"Guerre de l'IA", "souveraineté" : la suspension d'Anthropic s'invite dans la présidentielle française
information fournie par AFP 13/06/2026 à 15:38

La start-up américaine d'IA Anthropic a suspendu l'accès à ses deux modèles les plus puissants pour se conformer à une directive du gouvernement américain invoquant la "sécurité nationale" ( AFP / Nicolas TUCAT )

L'injonction par Washington de suspendre l'accès de "tout ressortissant étranger" à des modèles d'intelligence artificielle a fait réagir samedi des poids lourds de la présidentielle française, alertant contre une "guerre de l'IA", et le besoin d'indépendance face aux États-Unis.

Le fleuron américain de l'intelligence artificielle Anthropic a été contraint vendredi par son gouvernement de couper l'accès à ses modèles les plus puissants. Une décision sans précédent connu.

Washington, invoquant un risque pour la sécurité nationale, a ordonné, au titre du contrôle des exportations, de couper l'accès à ces modèles pour "tout ressortissant étranger, à l'intérieur ou à l'extérieur des États-Unis", y compris "les employés étrangers" d'Anthropic, selon le communiqué de l'entreprise.

"Cette décision soudaine vient nous rappeler que l'intelligence artificielle est déjà un sujet de souveraineté nationale majeur", a estimé sur X Jordan Bardella (Rassemblement national), exhortant Paris, comme d'autres responsables, à "accélérer dans le soutien" à l'entreprise française Mistral AI et "tout l'éco-système IA".

Dans un communiqué, LFI a appelé entre autres à "la mobilisation de l'épargne nationale" pour des "infrastructures numériques stratégiques", et à "l'ouverture de négociations à l'ONU" pour réguler l'IA.

Son chef de file Jean-Luc Mélenchon a estimé que la décision américaine "prouve l'urgence d'être indépendants et souverains", tout en étant un "règlement de comptes politique" du gouvernement américain avec Anthropic "partisan d'une IA éthique".

La sécurité, dont Anthropic a fait un argument commercial, l'oppose déjà à l'administration Trump.

Début mars, le Pentagone a rompu ses contrats avec l'entreprise, désignée comme un "risque pour la chaîne d'approvisionnement". Anthropic, dont les modèles étaient les seuls accrédités secret-défense, a saisi la justice, affirmant avoir été sanctionnée pour avoir refusé que son IA serve à la surveillance de masse ou des armes autonomes.

"Bienvenus à Paris"

"La guerre de l'IA a déjà commencé", a jugé Gabriel Attal (Renaissance).

"Nous ne pouvons pas compter sur d'autres car cela nous rend vulnérables, la décision des États-Unis le montre. Anthropic est leur détroit d'Ormuz", a-t-il ajouté.

"Nous ne maîtrisons ni les modèles, ni le calcul" de l'IA, "aussi essentielle que l'électricité ou Internet", a alerté de son côté Édouard Philippe (Horizons).

Exhortant l'Europe à "se réveiller", le maire du Havre a appelé à privilégier les "marchés technologiques européens", et à simplifier "des normes qui avantagent les big tech américaines".

Une dernière mesure également prônée par le candidat de LR Bruno Retailleau, qui veut aussi "réorienter la commande publique vers des solutions souveraines", et "faire avec l'IA ce que nous avons fait avec le nucléaire (...) la penser comme une part de notre souveraineté".

Et le sénateur d'inviter le patron d'Anthropic, Dario Amodei, à s'installer en France : "vous êtes les bienvenus à Paris".

"Nous sommes entrés dans un nouveau monde (...) où nous ne pouvons compter d'abord que sur nous mêmes", a commenté le patron du PS Olivier Faure, appelant à "construire une vraie puissance européenne".