Guerre au Moyen-Orient: la BCE sonne l'alerte pour la santé de la zone euro
information fournie par AFP 19/03/2026 à 17:52

La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, le 9 févruer 2026 à Strasbourg ( AFP / FREDERICK FLORIN )

La Banque centrale européenne a sonné jeudi l'alerte sur le risque croissant d'inflation, relevant la "grande incertitude" pesant sur l'avenir économique de la zone euro et sa croissance en raison du choc énergétique causé par la guerre au Moyen-Orient.

Dans un environnement toujours plus chaotique qui pourrait conduire au dilemme de la stagflation, mélange de prix élevés et de croissance atone, la BCE s'estime néanmoins "bien positionnée" et "bien équipée" pour apporter en temps voulu la réponse monétaire nécessaire, a dit sa présidente Christine Lagarde lors de sa conférence de presse.

L'institution se retrouve confrontée à un risque d'emballement des prix, alors qu'elle craignait encore en début d'année une désinflation trop marquée.

Pas de quoi paniquer pour autant. L'ambiance était "calme" et "déterminée" autour de la table du conseil des gouverneurs décidant du cap monétaire pour les 21 pays de la zone euro, a affirmé Mme Lagarde.

Elle a aussi lancé un avertissement aux Etats de la zone euro à tenir leurs finances publiques en ordre, en veillant à ce que "toute réponse budgétaire au choc des prix de l'énergie (soit) temporaire, ciblée et adaptée".

Une mise garde contre une répétition de l'aide massive accordée au début de la guerre en Ukraine en 2022.

Mais des attaques ciblées sur des sites de production de gaz et de pétrole au Moyen-Orient, risquent de provoquer des perturbations bien plus durables que le simple blocage du détroit d'Ormuz.

Une guerre longue au Moyen-Orient "pourrait entraîner une hausse des prix de l'énergie plus forte et plus durable que prévu", pesant sur la confiance" des ménages et des entreprises, le tout freinant l'activité, a relevé la banquière centrale.

- Prudence -

Plusieurs indicateurs seront particulièrement surveillés avant le prochain rendez-vous étant le 30 avril: les marchés pétroliers, les goulots d'étranglement côté offre, la dynamique des salaires et les anticipations de prix des entreprises, a indiqué Mme Lagarde.

Dans l'immédiat, les gardiens de l'euro ont laissé le taux de dépôt, qui sert de référence, à 2%, comme depuis juillet, l'inflation évoluant ces derniers mois autour de l'objectif de 2%.

D'autres banques centrales ont également opté pour la prudence.

La Réserve fédérale américaine (Fed) a maintenu mercredi ses taux inchangés pour la deuxième réunion consécutive. La Banque d'Angleterre (BoE), la Banque du Japon (BoJ) et la Banque nationale suisse (BNS) ont également laissé leur taux directeur inchangé, et anticipent aussi une plus forte inflation à venir.

La BCE a publié jeudi de nouvelles projections économiques à l'horizon 2028, arrêtées au 11 mars pour tenir compte des hausses du prix du Brent et du gaz observées depuis fin février.

- L'inflation pourrait dépasser 4% -

Elle a taillé dans ses prévisions de croissance revue à 0,9% pour 2026, contre 1,2% en décembre. Côté inflation, l'institution attend un taux de 2,6% pour cette année, contre 1,9% auparavant, puis 2% en 2027 et 2,1% en 2028.

L'inflation sous-jacente, hors prix volatils de l'énergie, devrait également rester élevée à 2,3% cette année, traduisant les craintes d'effets des prix d'énergie sur les salaires et les prix finaux fixés par les entreprises.

La BCE a en outre étudié deux "scénarios alternatifs" en fonction de la durée et de l'intensité du conflit avec l'Iran.

Dans l'hypothèse la plus défavorable, la croissance retomberait à 0,4% en 2026 pendant que l'inflation grimperait à 4,4%, puis 4,8% en 2027, avec une pointe au-dessus de 6% en début d'année.

Mme Lagarde a souligné que la BCE est mieux préparée qu'en 2022, quand elle avait tardé à réagir face à une inflation galopante après le début de l'invasion russe de l'Ukraine.

L'inflation est mieux "ancrée", les taux sont plus élevés et la transmission des chocs énergétiques mieux comprise, même si la mémoire des récentes flambées pourrait influencer les comportements, selon la Française.

Pour les marchés, qui anticipaient avant jeudi deux hausses de taux cette année, "les prochaines décisions de la BCE dépendront largement de l'évolution du choc énergétique", commente Daniela Hathorn, chez Capital.Com.