(Actualisé avec conférence de presse de Grossi)
VIENNE/KYIV, 2 septembre (Reuters) - Le chef de l'Agence
internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a
annoncé vendredi que six membres de l'agence onusienne étaient
restés à la centrale nucléaire de Zaporijjia et qu'il rendrait
compte de sa mission d'inspection en début de semaine, alors que
Kyiv a dénoncé des "interférences" russes.
S'exprimant pendant une conférence de presse à son retour à
Vienne, en Autriche, Rafael Grossi a dit que la délégation de
l'AIEA avait eu accès à tout ce qu'elle avait demandé pendant
son inspection de 24 heures dans la centrale du sud-est de
l'Ukraine occupée par l'armée russe.
Il a précisé qu'il n'avait pas eu de contact avec les
militaires russes et qu'il n'avait pas pu leur poser de
questions, alors que Moscou et Kyiv s'accusent mutuellement
depuis des semaines de bombarder la centrale située près de la
ligne de front.
Rafael Grossi a indiqué que six des quatorze membres de la
délégation étaient restés sur place et que deux d'entre eux y
demeureraient sur la durée, après le départ des quatre autres
prévu la semaine prochaine. Moscou avait donné son accord sur ce
point plus tôt dans la journée.
Le directeur général de l'AIEA a dit prévoir de rendre son
rapport sur la sûreté de la plus grande centrale nucléaire
d'Europe en début de semaine prochaine.
L'Onu, l'Ukraine et ses alliés occidentaux ont appelé à de
multiples reprises à une démilitarisation de la centrale de
Zaporijjia pour éviter tout risque de catastrophe nucléaire, une
mesure rejetée par la Russie qui refuse d'en abandonner le
contrôle alors qu'elle ambitionnerait au contraire d'en
rediriger l'électricité vers les régions qu'elle contrôle, à
commencer par la Crimée annexée en 2014.
ENERGOATOM DÉNONCE DES OBSTRUCTIONS RUSSES
Alors que Kyiv a dénoncé ces dernières semaines la présence
d'armes russes dans le périmètre de la centrale, l'énergéticien
public ukrainien Energoatom a affirmé que la Russie n'avait pas
autorisé la délégation onusienne à "pénétrer dans le centre de
crise où sont actuellement stationnés les soldats russes que les
inspecteurs de l'AIEA ne sont pas supposés voir".
"Les occupants (russes) mentent et déforment les faits,
qu'il s'agisse des preuves qui attestent de leurs bombardements
de la centrale ou de leurs conséquences sur les infrastructures"
de la centrale, peut-on lire dans un communiqué d'Energoatom mis
en ligne sur la messagerie Telegram.
"Il est évident que dans de telles conditions, cela sera
difficile pour l'AIEA d'effectuer une évaluation objective de la
situation."
Sur ce point, Rafael Grossi a déclaré à son retour à Vienne,
où se trouve le siège de l'AIEA, que le centre de crise avait
été déplacé dans une autre pièce sans que cela ait de
conséquences sur le bon fonctionnement de la centrale.
Le directeur général de l'AIEA avait déclaré jeudi à son
arrivée à Zaporijjia que les inspecteurs de l'agence onusienne
se devaient de fournir une évaluation impartiale, neutre et
techniquement solide de la situation sur le terrain.
nL8N30853U
Située dans la ville d'Enerhodar, à environ 120 kilomètres
de la ville de Zaporijjia dont elle tire son nom, la centrale
nucléaire est tombée sous le contrôle de la Russie début mars,
peu après le lancement de l'offensive en Ukraine, mais son
fonctionnement reste assuré par des techniciens ukrainiens
d'Energoatom, sous la supervision des forces russes.
ZELENSKY PROMET DE L'ÉLECTRICITÉ À L'EUROPE
Les abords de la centrale, à une dizaine de kilomètres de
territoires encore sous contrôle ukrainiens, sur l'autre rive du
fleuve Dniepr, font l'objet depuis plusieurs semaines de
bombardements récurrents dont Russes et Ukrainiens se rejettent
la responsabilité, alimentant les craintes d'une catastrophe
nucléaire et incitant plusieurs pays et organisations
internationales à réclamer l'instauration d'une zone
démilitarisée.
En dépit des difficultés liées à la présence de troupes
russes sur le site, la mission de l'AIEA reste importante et
aura un rôle à jouer, a estimé le président ukrainien Volodimir
Zelensky vendredi dans un message vidéo diffusé lors du forum
Ambrosetti, qui réunit chaque année des responsables politiques,
des économistes et des entrepreneurs à Cernobbio, dans le nord
de l'Italie.
"Nous avons tout fait pour garantir que l'AIEA puisse
accéder à la centrale de Zaporijjia et je pense que cette
mission pourrait encore jouer un rôle", a déclaré Volodimir
Zelensky.
"Malheureusement nous n'avons pas encore entendu l'essentiel
de l'AIEA, c'est-à-dire un appel à la Russie à démilitariser la
centrale", a-t-il ajouté.
Alors que l'Union européenne et la Russie sont engagées dans
un bras de fer économique autour du gaz, attisant les craintes
de rationnement énergétique et de récession dans plusieurs pays,
le président ukrainien a souligné que la sécurisation de la
centrale et son retour à un fonctionnement normal permettrait
d'aider l'Europe dans un contexte de crise énergétique.
"L'Ukraine est prête à augmenter ses exportations
d'électricité vers les pays de l'Union européenne", a-t-il
précisé.
(Reportage de François Murphy à Vienne et Pavel Polityuk à
Kyiv, avec Valentina Za et Elvira Pollina à Cernobbio, Italie ;
version française Myriam Rivet et Tangi Salaün)
((Rédaction de Paris ; + 33 1 49 49 50 00 ;))