Groenland/USA-L'Europe n'est pas désarmée face à la coercition-Rufo information fournie par Reuters 18/01/2026 à 13:02
(Actualisé avec demande française d'activation de l'instrument anti-coercition, réaction allemande)
L'Europe n'est pas désarmée face à la menace de nouveaux droits de douane agitée par Donald Trump pour imposer ses vues sur le Groenland qui s'apparente à de la coercition, a dit dimanche Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre française des Armées.
Le président américain a menacé samedi d'une nouvelle vague de taxes douanières plusieurs de ses alliés européens jusqu'à ce que les Etats-Unis soient autorisés à racheter le Groenland, marquant une escalade dans le conflit portant sur l'avenir du vaste territoire autonome danois. nL8N3YI08C
"C'est un nouveau front, cette fois commercial, et clairement on voit bien (...) qu'on entre dans un domaine qui relève de la coercition de la part des Etats-Unis, c'est-à-dire au fond la volonté d'imposer une politique par de la rétorsion économique très violente", a dit Alice Rufo sur France 3.
Elle estime que "l'Europe n'est pas désarmée face à une telle situation, ni diplomatiquement, ni économiquement, ni commercialement", faisant référence notamment à l'instrument anti-coercition de l'Union européenne.
Emmanuel Macron demandera l'activation de cet instrument, a-t-on appris dimanche dans l'entourage du chef de l'Etat. "Le Président de la République est mobilisé pour coordonner la réponse européenne suite aux menaces tarifaires inacceptables formulées par le Président Trump (et) sera toute la journée en contact avec ses homologues européens", dit-on de même source.
La question d'une riposte à la menace de Donald Trump sera au menu d'une réunion d'urgence des ambassadeurs des 27 pays de l'UE, dimanche. Alice Rufo a ajouté qu'elle sera aussi à l'agenda d'une réunion des représentants permanents de l'Union européenne, lundi.
"C'est un peu absurde, c'est une manière de punir des alliés qui veulent au fond faire ce que les Etats-Unis veulent, c'est-à-dire plus s'engager dans l'Arctique (...) cette opposition entre les intérêts stratégiques et les intérêts économiques ne convient pas, il faut revenir à quelque chose de plus rationnel et de plus coopératif", a-t-elle poursuivi.
NON AU CHANTAGE
L'association allemande des fournisseurs de machines-outil et d'équipements industriels a appelé elle aussi la Commission européenne à envisager d'utiliser cet instrument qui permet à l'UE de conduire des représailles contre des pays tiers qui utilisent la pression économique sur des membres de l'UE pour influer sur leurs politiques.
Outil de dissuasion, il peut être utilisé en dernier recours pour lancer des contre-mesures, notamment un large éventail de restrictions liées au commerce, aux investissements et au financement.
"Si l'UE cède ici, cela ne fera qu'encourager le président américain à faire la prochaine demande absurde et menacer de nouveaux droits de douane", a écrit Bertram Kawlath, président de la VDMA, dans un communiqué publié dimanche.
"Ce qu'il fait, c'est du chantage (...) et ce n'est pas nécessaire", a réagi de son côté le ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas David van Weel dans une interview à la télévision néerlandaise. "Cela n'aide pas l'alliance (de l'Otan) et cela n'aide pas non plus le Groenland."
Le ministre allemand des Finances et vice-chancelier Lars Klingbeil a déclaré pour sa part qu'il tendrait toujours la main aux Etats-Unis pour trouver une solution en commun, mais que Berlin ne pouvait pas suivre Washington sur ce point. "Le signal très clair est que nous ne céderons pas au chantage, et il y aura une réponse européenne", a-t-il dit dans un communiqué.
"Donald Trump a d'abord utilisé les droits de douane comme un outil économique au profit des Américains. Aujourd'hui, il les utilise au profit d'une coercition", a déclaré la ministre française de l'Agriculture Annie Genevard à la radio. "C'est clairement une démarche coercitive."
(Rene Wagner et Markus Wacket à Berlin, avec Toby Sterling à Amsterdam, Gilles Guillaume pour la version française)