Groenland : rencontre à haut risque mercredi à la Maison Blanche pour les représentants danois et groenlandais
information fournie par AFP 13/01/2026 à 16:46

Le vice-président américain JD Vance à la base aérienne américaine de Pituffik, le 28 mars 2025 au Groenland ( POOL / Jim WATSON )

Des dirigeants du Danemark et du Groenland rencontreront mercredi à la Maison Blanche le vice-président américain JD Vance, qui avait tenu des propos très durs envers Copenhague l'an dernier, pour une réunion sous haute tension concernant l'avenir de ce territoire autonome.

En amont, le Premier ministre groenlandais a prévenu mardi, au cours d'une conférence de presse avec son homologue danoise Mette Frederiksen, qu'il choisirait de rester au sein du royaume du Danemark plutôt que de rejoindre les Etats-Unis qui convoitent le Groenland.

Le président américain Donald Trump a encore accru les inquiétudes danoises et groenlandaises ces derniers jours, déclarant dimanche qu'il s'emparerait "d'une manière ou d'une autre" de cette immense île arctique, qui lui répète ne pas être à vendre.

"Nous sommes confrontés à une crise géopolitique et si nous devons choisir entre les États-Unis et le Danemark là, maintenant, nous choisissons le Danemark", a dit le chef du gouvernement groenlandais Jens-Frederik Nielsen à l'occasion d'un déplacement à Copenhague.

"Le Groenland n'appartiendra pas aux États-Unis. Le Groenland ne sera pas dirigé par les États-Unis. Le Groenland ne fera pas partie des États-Unis", a-t-il martelé.

A ses côtés, Mette Frederiksen a estimé qu'il n'avait pas été facile de résister à ce qu'elle a qualifié de "pression totalement inacceptable de la part de notre plus proche allié".

"Beaucoup de choses indiquent que le plus dur est désormais devant nous", a-t-elle ajouté.

Demandée par la cheffe de la diplomatie groenlandaise Vivian Motzfeldt, la réunion aura finalement lieu mercredi à la Maison Blanche en présence du vice-président américain, du secrétaire d'Etat Marco Rubio et du ministre danois des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen.

Le drapeau groenlandais flotte sur le toit du château de Tivoli à Copenhague, le 8 janvier 2026 ( Ritzau Scanpix / Ida Marie Odgaard )

Au printemps, après que le Donald Trump avait déjà émis le souhait de prendre le contrôle du Groenland, JD Vance avait annoncé une visite, non sollicitée, dans ce territoire.

Face à la levée de boucliers que cela avait entraîné, il l'avait circonscrite à la base aérienne américaine de Pituffik, dans le nord-ouest.

Il avait alors fustigé la faiblesse de l'engagement danois au Groenland et sur la sécurité arctique, qualifiant le Danemark de "mauvais allié", suscitant l'ire de Copenhague.

Fervent héraut du trans-atlantisme, ce royaume scandinave a notamment envoyé des troupes auprès des Américains en Irak et en Afghanistan.

- Dissiper les "malentendus" -

Pour Nuuk et Copenhague, cette rencontre doit permettre de dissiper des "malentendus", que ce soit sur la défense, la présence chinoise ou leurs relations bilatérales.

Un garçon marche sur une route résidentielle dans la ville de Nuuk, au Groenland, le 10 mars 2025 ( AFP / Odd ANDERSEN )

"Pour un auditeur américain non informé, les pourparlers en cours entre le Danemark et le Groenland ont pu donner l'impression qu'une sécession du Groenland vis-à-vis du Danemark était imminente et je peux comprendre que, dans une telle situation, il aurait semblé préférable aux Américains de s'emparer de ce lieu stratégique", a expliqué à l'AFP Mikaela Engell, une spécialiste de ce territoire arctique et ancienne représentante du Danemark sur place.

"Ces discussions durent depuis des années et des années et cela n'a jamais signifié que le Groenland était sur le point de claquer la porte", a-t-elle dit.

Pour Jens-Frederik Nielsen, "il est temps de faire front commun".

Le navire patrouilleur danois Lauge Koch navigue près de Nuuk, la capitale du Groenland, le 8 mars 2025 ( AFP / Odd ANDERSEN )

Face aux critiques américaines sur son engagement militaire, très insuffisant face à la Russie et à la Chine, selon Washington, le gouvernement danois a récemment rappelé avoir investi près de 90 milliards de couronnes (12 milliards d'euros) pour renforcer sa présence militaire dans l'Arctique.

Mme Frederiksen a à nouveau souligné la "volonté absolument inébranlable du Royaume du Danemark de faire tout ce que nous pouvons pour garantir la dimension de sécurité politique" dans cette partie du globe.

Pour elle, la présence de l'Otan au Groenland est la meilleure défense contre la Chine et la Russie dans cette région.

- Réunion avec l'Otan -

Lundi, la cheffe de la diplomatie groenlandaise participera à une réunion avec le secrétaire général de l'Alliance atlantique Mark Rutte, annoncée par le ministre danois de la Défense Troels Lund Poulsen, pour discuter de la sécurité dans l'Arctique.

Vue aérienne de la ville de Nuuk au Groenland, le 7 mars 2025 ( AFP / Odd ANDERSEN )

Danemark et Groenland misent sur l'Otan pour assurer la défense de cette île.

France et Allemagne ont, avec l'Italie, le Royaume-Uni, la Pologne et l'Espagne, exprimé leur soutien à Nuuk et Copenhague.

Après une rencontre avec le secrétaire d'Etat Marco Rubio lundi, le chef de la diplomatie allemande Johann Wadephul a affirmé qu'une annexion par la force du Groenland par les Etats-Unis ne lui semblait pas "sérieusement envisagée".