GESTION-La BCE devrait relever davantage ses taux malgré l'accalmie en Iran - Nomura information fournie par Reuters 23/06/2026 à 17:44
par Claude Chendjou
La Banque centrale européenne (BCE) devrait relever ses taux directeurs à au moins trois reprises dans les mois à venir malgré le reflux des cours pétroliers et le protocole d'accord de paix entre l'Iran et les Etats-Unis, estiment les économistes de Nomura.
"Tous les chemins mènent vers une hausse des taux d'intérêt", a déclaré mardi Andrzej Szczepaniak, vice-président de l'European Economics chez Nomura, à l'occasion de la présentation à Paris des perspectives économiques du courtier japonais.
Selon lui, le taux de dépôt de la BCE, qui a été porté en juin à 2,25%, devrait prendre encore au moins 75 points de base d'ici mars 2027, pour atteindre 3,0%, avec des hausses prévues en septembre, décembre et mars.
Cette prévision est plus "hawkish" (restrictive) que le consensus du marché qui table sur un taux terminal à 2,50% avant une baisse au second semestre 2027.
"La BCE ne va pas baisser ses taux", a insisté Andrzej Szczepaniak.
Pour lui, si les prix du pétrole ont bien reflué depuis le protocole d'accord signé la semaine dernière entre les Etats-Unis et l'Iran visant à la fin des hostilités au Moyen-Orient et à une réouverture du détroit d'Ormuz, le niveau des cours des matières premières reste élevé, toujours au-dessus du seuil d'avant-guerre.
L'économiste note par ailleurs que le potentiel de croissance économique en zone euro, portée par l'Allemagne et l'Espagne, devrait alimenter l'inflation dans le bloc monétaire en 2027, bien au-dessus de la cible à 2% de la BCE.
Il met en avant la politique budgétaire expansionniste et l'augmentation des dépenses consacrées aux infrastructures, aux politiques climatiques et à la défense en Allemagne, tandis qu'en Espagne, il relève des perspectives de forte croissance soutenues notamment par le tourisme.
Alors que le potentiel de croissance économique en zone est estimé autour de 1,2% du produit intérieur brut (PIB), Nomura prédit que le taux croissance du PIB dans le bloc va grimper au-dessus de cette cible pour atteindre 1,6% au quatrième trimestre 2027, bien au-dessus du consensus du marché et des prévisions de la BCE.
"Plus que la flambée des prix de l'énergie, la croissance économique attendue en 2027 va elle-même créer davantage d'inflation, surtout si la guerre au Moyen-Orient prend effectivement fin", estime Andrzej Szczepaniak, écartant le scénario d'une stagflation un temps redouté par les marchés.
"La BCE est inquiète des effets indirects de l'inflation", explique-t-il, notant que les pressions inflationnistes dans les services demeurent un risque. Le pouvoir de fixation des prix des entreprises de ce secteur continue d'afficher une certaine résilience et les négociations salariales à venir pourraient également nourrir l'inflation, a-t-il également dit.
Les entreprises signalent par ailleurs des pénuries de main d'oeuvre en zone euro, ce qui fait dire à Andrzej Szczepaniak que "le marché du travail est aussi tendu qu'en 2022", période marqué par une forte reprise économique mondiale après la récession liée à la pandémie de Covid-19.
L'HÉRITAGE DE CHRISTINE LAGARDE
Pour Marine Mazet, stratégiste taux chez Nomura, un biais restrictif domine actuellement au sein de la BCE, certains membres étant soucieux de leur héritage alors que leur mandat s'achève l'année prochaine.
"Christine Lagarde ne veut pas être celle qui aura laissé l'inflation s'enraciner en zone euro", a-t-elle déclaré, faisant référence à la présidente de l'institution, dont la mission prend fin en octobre 2027.
Marine Mazet note cependant que les élections à venir en France, en Italie et en Espagne pourraient influer sur les taux d'intérêt en 2027.
Selon elle, une victoire en France de l'extrême gauche à la présidentielle et aux législatives de 2027 - synonyme à leurs yeux de paralysie politique - serait de nature à inquiéter davantage les marchés qu'une victoire de l'extrême droite.
"Il y a ce narratif sur les marchés que si l'extrême droite arrive au pouvoir en France, elle va faire comme Giorgia Meloni en Italie", explique Marine Mazet, évoquant une possible coalition des droites.
S'agissant de la situation en Italie, Marine Mazet relève le risque d'élections anticipées si le général Roberto Vannacci, nouvelle figure de l'extrême droite, continue de grimper dans les sondages et de cibler la présidente du Conseil italien.
En Espagne, une alternance vers la droite ne devrait pas remettre en cause l'orthodoxie budgétaire, a-t-elle dit, voyant dans ce pays le moins risqué des trois.
(Claude Chendjou, édité par Sophie Louet)