GB-Un rival de Starmer à la direction des travaillistes ravive le débat sur le Brexit
information fournie par Reuters 18/05/2026 à 16:41

par Elizabeth Piper et William James

Wes Streeting, candidat à la direction du Parti travailliste, a remis le Brexit au premier plan du débat dans la course attendue à la succession du Premier ministre Keir Starmer, qualifiant la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne d'"erreur catastrophique" et prônant le retour, "un jour", du pays au sein du bloc.

Près de dix ans après que la Grande-Bretagne a voté à une faible majorité en faveur de la sortie de l'UE, le débat sur le Brexit constitue encore régulièrement la toile de fond discrète de la vie politique du pays, les dirigeants préférant éviter le sujet afin de ne pas raviver les virulentes querelles qui ont marqué le référendum.

Wes Streeting, partisan de l'UE et ancien ministre de la Santé qui a profité de sa démission, la semaine dernière, pour critiquer le mandat d'un Keir Starmer sur la sellette, a cependant recentré l'attention sur le Brexit, même si un retour de la Grande-Bretagne au sein de l'UE serait un processus long et laborieux.

Lors du lancement à peine voilé de sa campagne pour la direction du parti, samedi, il a déclaré : "L'avenir de la Grande-Bretagne réside en Europe et, un jour, un jour, dans le retour au sein de l'Union européenne."

Ce discours, bien qu'il n'expose qu'un objectif final mal défini, a éclipsé la tentative d'un autre rival de Keir Starmer de défier celui-ci en offrant un point de ralliement au parti populiste anti-UE Reform UK, dirigé par Nigel Farage.

Les propos de Wes Streeting ont suscité la surprise au sein du Parti travailliste au pouvoir, qui s'interroge sur l'opportunité - selon les termes d'un responsable - de "s'accrocher à une question marginale que le public a laissée de côté il y a des années".

UN CADEAU POUR FARAGE

Les alliés du favori à la direction du parti, le maire du Grand Manchester Andy Burnham, ont suggéré qu'il ne s'agissait guère plus que d'une manœuvre visant à compliquer la candidature de celui-ci à un siège au Parlement, étape nécessaire pour qu'il puisse ensuite défier Keir Starmer.

Le débat suscité par les déclarations de Wes Streeting constitue en tout cas un cadeau pour Nigel Farage, militant de longue date du Brexit, qui a promis de "tout mettre en œuvre" pour remporter l'élection partielle de Makerfield, une circonscription du Grand Manchester qui a voté en faveur de la sortie de l'UE lors du référendum de 2016.

"Depuis des mois, il est clair que Keir Starmer tente de nous ramener, comme des somnambules, vers les institutions européennes", a déclaré Nigel Farage au journal Express.

"La prochaine élection à Makerfield deviendra un point de friction dans cette bataille (...). Les électeurs ne sont pas idiots et ils méritent que Burnham, partisan des frontières ouvertes, fasse preuve d'honnêteté", a-t-il ajouté.

Andy Burnham a pour sa part déclaré lundi qu'il ne proposait pas que la Grande-Bretagne envisage de réintégrer l'UE et qu'il respectait la décision prise lors du référendum.

"À mon avis, le Brexit a été dommageable, mais je pense aussi que la dernière chose que nous devrions faire actuellement est de relancer ces débats ", a-t-il ajouté lors d'une conférence sur l'investissement organisée à Leeds.

"La Grande-Bretagne restera engluée dans une stagnation permanente si nous continuons à nous disputer et que les gens s'éloignent les uns des autres."

"SE CONCENTRER SUR LA SITUATION INTÉRIEURE"

"En fait, ce que je dis, c'est qu'il faut se concentrer sur la situation intérieure pour l'instant. La Grande-Bretagne doit se concentrer avant tout sur le présent et sur les problèmes qui touchent les gens", a par ailleurs déclaré Andy Burnham à ITV.

Le député travailliste Jonathan Hinder a quant à lui laissé entendre que les propos de Wes Streeting pourraient se retourner contre celui-ci et jouer contre sa candidature s'il décidait de se présenter officiellement pour la direction du parti.

"Il est absolument hors de question que je soutienne quelqu'un qui pense que la manière d'unir notre pays en ce moment est de miser gros sur le retour dans l'UE, en faisant de cela la pierre angulaire de sa campagne", a-t-il déclaré à la radio BBC.

Les sondages indiquent qu'un peu plus de la moitié des Britanniques sont favorables à un retour au sein de l'UE, mais ce soutien diminue lorsque les électeurs sont confrontés à certains des compromis potentiels que cela impliquerait, tels que la libre circulation au sein du bloc et la possible adoption de l'euro.

Alors que la course à la direction du parti s'intensifie, malgré les déclarations répétées de Keir Starmer assurant qu'il se concentre sur son travail, l'élection partielle de Makerfield - prévue en juin - constituera la prochaine étape d'une bataille politique sur laquelle le Premier ministre avait promis de tourner le page.

La semaine dernière, le Premier ministre a profité d'un discours pour tenter de relancer son mandat en s'engageant à placer la Grande-Bretagne "au cœur de l'Europe", tout en s'abstenant de promettre une future adhésion à l'Union.

(Reportage Elizabeth Piper, avec William James et Andrew MacAskill, version française Benjamin Mallet, édité par Blandine Hénault)