GB-Londres touché à son tour par les attaques ourdies par Moscou
information fournie par Reuters 16/06/2026 à 13:12

par Michael Holden et Sam Tobin

Minuit était passé de quelques minutes le 13 mai 2025, lorsque Roman Lavrynovych a envoyé un message à une personne qu'il connaissait sous le nom de 'EL Money', figure mystérieuse qui lui avait ordonné de commettre trois incendies criminels visant des biens liés au Premier ministre britannique Keir Starmer.

"J'espère qu'on pourra rapidement se serrer la main. Restons en contact", a-t-il écrit dans un message texte.

Une heure plus tard, des agents antiterroristes ont perquisitionné son domicile londonien et il a été inculpé d'incendie volontaire avec intention de mettre des vies en danger.

Depuis sa condamnation lundi, Roman Lavrynovych, 22 ans, rejoint une liste de plus en plus longue, composée en grande partie de jeunes gens, recrutés sur les réseaux sociaux et avec un sérieux casier judiciaire, contre rémunération qui, le plus souvent, n'a même jamais été versée.

"Le but, très clairement, était de faire peur," a déclaré Helen Flanagan, responsable de la police antiterroriste à Londres, dans un entretien accordé à des médias britanniques.

"Rien ne permet de dire qu'ils savaient qui ils visaient ni pourquoi. C'était un boulot rapide pour gagner du fric rapidement",

Le recours par des États étrangers à des individus douteux sans qualification — dont beaucoup sont mineurs — pour mener de telles opérations était quasiment inexistant jusqu'à ces dernières années, mais une série d'incidents au Royaume-Uni et à travers l'Europe a attiré l'attention sur ce phénomène.

Selon les autorités, l'objectif consiste à semer le chaos et la division tout en permettant aux États hostiles de nier toute implication

La Russie a largement utilisé ces intermédiaires en Ukraine: depuis son invasion à grande échelle en 2022, environ un accusé sur cinq parmi plus de 1.100 Ukrainiens poursuivis pour incendie criminel, terrorisme ou sabotage est mineur, selon les services de sécurité ukrainiens.

Les autorités britanniques rappellent que cette méthode a pris de l'ampleur au Royaume-Uni après l'expulsion de plus de 600 agents russes, dont plus de 400 espions, à la suite de l'empoisonnement de Sergueï Skripal et de sa fille Youlia à Salisbury, dans le sud de l'Angleterre, en 2018.

Une enquête britannique a conclu l'an dernier que le président russe Vladimir Poutine avait probablement ordonné cette attaque, menée par des agents du renseignement militaire GRU. Une enquête sur la mort d'Alexander Litvinenko, empoisonné au polonium radioactif à Londres en 2006, a abouti à des conclusions similaires.

L'Iran est désormais accusé d'avoir recours à une stratégie semblable. Moscou et Téhéran rejettent ces accusations, les qualifiant de propagande occidentale.

Selon des responsables de la sécurité britannique, ceux qui orchestrent ces activités pourraient agir sans instructions directes du Kremlin ou d'ailleurs, et être des agents indépendants, voire des groupes criminels motivés par l'argent ou à la recherche de faveurs auprès du pouvoir.

Roman Lavrinovitch, par exemple, a expliqué à la police qu'il ignorait même qui était Keir Starmer, même si 'EL Money' lui avait précisé qu'il avait "attaqué le domicile d'une personne très haut placée".

De tels "intermédiaires" ont été condamnés pour des incendies visant des sites londoniens liés au soutien britannique à l'Ukraine, ainsi que pour des opérations de repérage visant la chaîne Iran International, critique de Téhéran. Ce mois-ci, deux Roumains ont été reconnus coupables d'avoir poignardé un journaliste de cette chaîne.

SÉRIE D'INCIDENTS DEPUIS LA GUERRE EN IRAN

Depuis les frappes menées fin février par les États-Unis et Israël contre l'Iran, de nombreux incidents ont également eu lieu à Londres visant des sites liés à la communauté juive ou à des dissidents iraniens.

Si les autorités britanniques n'ont pas directement mis en cause le gouvernement iranien, elles laissent entendre qu'elles considèrent Téhéran comme une source probable de la plupart des attaques.

Plus tôt ce mois-ci, la justice américaine a inculpé l'Irakien Mohammad Baqer Saad Dawood al-Saadi pour son implication présumée dans plusieurs attaques visant des intérêts américains et israéliens en Europe, notamment contre la communauté juive à Londres.

Selon les procureurs américains, Mohammad Baqer Saad Dawood al-Saadi était un proche du commandant iranien Qassem Soleimani, tué par une frappe de drone américaine en 2020. À l'inverse, les personnes inculpées ou condamnées au Royaume-Uni semblent n'avoir que peu ou pas de liens avec l'Iran.

Roman Lavrinovitch a raconté avoir travaillé sur un chantier et avoir été contacté la première fois par 'EL Money' sur une messagerie Telegram utilisée par des Ukrainiens pour trouver du travail.

Il a confié à la police s'être senti contraint d'obéir, craignant pour sa grand-mère avec qui il vivait.

"J'avais besoin d'argent," a-t-il déclaré lors de son procès à l'Old Bailey. "Je ne sais pas pourquoi ils m'ont contacté."

(Michael Holden, version française Nicolas Delame, edité par Benoit Van Overstraeten)