GB-Le ministre de la Défense démissionne, Starmer à nouveau fragilisé
information fournie par Reuters 11/06/2026 à 16:26

(Actualisé avec réactions et contexte)

Le ministre britannique de la Défense John Healey a annoncé jeudi sa démission en reprochant au chef du gouvernement travailliste Keir Starmer, à nouveau fragilisé, le manque de ressources allouées au budget del'armée.

Les ministères de la Défense et des Finances bataillent depuis des mois au sujet du financement des besoins croissants du pays en matière de dépenses militaires, dans un contexte d'instabilité internationale accentuée en Europe par la menace d'un désengagement des Etats-Unis.

Cette lutte au sein du gouvernement retarde depuis l'an dernier l'adoption du Programme d'investissement dans la défense du Royaume-Uni, bien que l'armée souligne la nécessité de ce plan face aux menaces sur fond d'incursions russes fréquentes dans les eaux britanniques.

"Vous avez été incapable - et le Trésor a été réticent à le faire - d'engager les ressources dont la nation a besoin pour défendre le pays en cette époque de menaces croissantes", a écrit John Healey dans une lettre adressée au Premier ministre.

Cette démission très médiatisée intervient alors que Keir Starmer lutte pour se maintenir au pouvoir après le départ en mai du ministre de la Santé Wes Streeting et face à un autre rival, Andy Burnham, qui tente de revenir au premier plan pour se lancer dans la course à la direction du Parti travailliste.

Selon une source gouvernementale, Keir Starmer a réduit les dépenses d'autres ministères et présentera un plan budgétaire garantissant les moyens nécessaires aux forces armées.

La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran a mis en évidence le manque de préparation militaire du Royaume-Uni, dont la marine n'a pas été en mesure de déployer rapidement un navire de guerre à Chypre au mois de mars après une frappe de drone de fabrication iranienne contre l'une de ses bases aériennes.

"LARGEMENT INSUFFISANT"

Le Programme d'investissement dans la défense vise à définir le financement des équipements et des services militaires afin de permettre aux forces armées d'atteindre un niveau de "préparation au combat".

Keir Starmer a précédemment déclaré que ce plan serait publié avant le sommet de l'Otan qui débutera le 7 juillet.

Le Premier ministre a promis de procéder à la plus forte augmentation des dépenses de défense du pays depuis la Guerre froide en les portant à 3% du PIB lors de la prochaine législature. Mais John Healey affirme que le plan qu'il a vu ne permettrait d'atteindre que 2,68% en 2030, contre 2,6% prévus en 2027.

À titre de comparaison, l'Allemagne prévoit de consacrer 3,7% de son PIB à la défense d'ici 2030 et la France 2,5%.

Le gouvernement peine dans le même temps à réduire la dette, alors même que le pays n'a pas été soumis à une telle pression fiscale depuis des décennies.

"Le règlement financier de votre plan d'investissement de défense - dont j'ai reçu la version complète pour la première fois lundi après-midi - est largement insuffisant par rapport à ce qui est nécessaire pour la défense et pour le pays en cette période dangereuse", a déclaré le ministre démissionnaire.

"Je suis contraint de prendre des décisions qui réduiraient l'état de préparation de nos forces, augmenteraient les risques pour le personnel en opérations et pourraient rendre le pays moins sûr."

"COUP DE MASSUE"

John Healey, qui avait déjà servi dans les gouvernements des anciens Premiers ministres Tony Blair et Gordon Brown, était apprécié de ses collègues et du secteur de la défense.

Un député travailliste a qualifié sa démission de "coup de massue" pour Keir Starmer, un autre a jugé qu'il était désormais inévitable que le Premier ministre soit contraint de quitter ses fonctions dans les prochains mois et un troisième a indiqué que l'équipe spécialisée dans la défense au Parti travailliste avait été totalement prise par surprise.

Environ un quart des parlementaires travaillistes ont appelé à la démission de Keir Starmer après la défaite du parti dans les urnes début mai, l'une des plus lourdes qu'un Premier ministre britannique ait subies lors d'élections locales depuis plus de trente ans.

L'absence de visibilité sur le budget de la défense mécontente les industriels britanniques du secteur qui disent dans ce contexte ne pas pouvoir investir dans des programmes de long terme.

Kevin Craven, directeur du groupe de pression du secteur de la défense ADS, a estimé que la démission de John Healey constituait un "constat accablant".

"Les conséquences pour le Royaume-Uni - et d'ailleurs pour nos alliés également - d'un mauvais plan d'investissement dans la défense, comme cela semble désormais inévitable, dépassent largement nos pires craintes", a-t-il dit.

Selon Kevin Rowlands, du groupe de réflexion Royal United Services Institute, l'industrie de défense britannique se trouve à un moment décisif et, "si le retard du plan d'investissement (...) sapait déjà la crédibilité du gouvernement dans ce domaine, la démission de John Healey a ouvert une brèche majeure".

(Muvija M, Sarah Young, Andrew MacAskill et Alistair Smout, avec Sam Tabahriti, William James et Suban Abdulla, version française Bertrand Boucey et Benjamin Mallet, édité par Sophie Louet et Benoit Van Overstraeten)