Gaza-Israël veut modifier le projet de cessez-le-feu, compliquant les négociations-sources
information fournie par Reuters 26/07/2024 à 00:35

par Jonathan Landay, Nidal al-Mughrabi et Ahmed Mohamed Hassan

Israël veut de nouvelles modifications d'un plan prévoyant un cessez-le-feu dans la bande de Gaza et la libération des otages encore détenus par le Hamas, compliquant la conclusion d'un accord, après plus de neuf mois de combats ravageurs dans l'enclave palestinienne, a-t-on appris de quatre sources.

D'après les sources - un représentant occidental, une source palestinienne et deux sources égyptiennes -, Israël demande que les Gazaouis déplacés par les combats fassent l'objet de contrôles au moment de revenir dans le nord de l'enclave, une fois le cessez-le-feu en vigueur.

Cela contrevient au principe du libre retour chez eux des civils palestiniens ayant fui les combats dans le nord de la bande de Gaza pour se réfugier au sud, comme convenu au préalable, ont dit quatre les sources.

Les négociateurs israéliens veulent "un mécanisme de vérification des populations civiles retournant dans le nord de Gaza, où ils craignent que ces populations puissent soutenir" les combattants du Hamas ancrés dans la zone, a déclaré le représentant occidental, sous couvert d'anonymat.

La nouvelle demande israélienne a été rejetée par le Hamas, ont dit les sources palestinienne et égyptiennes.

Un autre point d'achoppement, selon les sources égyptiennes, réside dans la volonté de l'Etat hébreu de conserver le contrôle de la frontière avec l'Egypte, au sud de la bande de Gaza, ce que Le Caire - qui chapeaute avec le Qatar les négociations indirectes entre Israël et le Hamas - a jugé irrecevable au regard du cadre d'accord initialement accepté par les deux camps.

NETANYAHU ACCUSÉ PAR LE HAMAS DE "FAIRE TRAÎNER"

Aucun commentaire n'a été obtenu dans l'immédiat auprès des services du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Ni la Maison blanche, ni le ministère égyptien des Affaires étrangères n'ont répondu pour l'heure aux sollicitations de Reuters à propos des demandes israéliennes.

Benjamin Netanyahu "continue de faire traîner", a déclaré un haut représentant du Hamas, sans commenter directement les demandes formulées par Israël. "Il n'y a jusqu'à présent aucun changement dans sa position", a ajouté Sami Abou Zouhri.

Ces nouvelles complications dans les négociations ont été signalées alors même que le président américain Joe Biden a pressé Benjamin Netanyahu de sceller un accord de cessez-le-feu lorsqu'il a reçu jeudi le dirigeant israélien à la Maison blanche.

Pendant que se tenait dans le Bureau ovale la réunion entre les deux dirigeants, le porte-parole de la sécurité nationale américaine, John Kirby, a déclaré que des divergences demeuraient mais qu'un accord était "plus proche que jamais".

Benjamin Netanyahu a dit mercredi, lors d'un discours en session plénière du Congrès américain, qu'Israël menait des "efforts intensifs" pour garantir la libération des otages encore détenus à Gaza depuis l'attaque du Hamas en octobre dernier lors de laquelle 1.200 personnes ont été tuées, selon les autorités israéliennes.

D'après les autorités sanitaires palestiniennes, plus de 39.000 personnes ont été tuées depuis lors dans le cadre du siège total de la bande de Gaza mené en réponse par Israël, dévastant l'enclave et provoquant une crise humanitaire sans précédent.

Washington, Doha et Le Caire tentent de faire approuver par Israël et le Hamas un projet d'accord basé sur un cadre résultant d'un proposition israélienne et approuvé par Joe Biden, qui a exhorté les deux camps à surmonter leurs divergences.

"CELA N'ÉTAIT PAS ATTENDU"

Ce projet, dont les grandes lignes ont été rendues publiques fin mai, prévoit trois phases. Dans un premier temps, un cessez-le-feu de six semaines avec la libération d'une partie des otages détenus à Gaza - les femmes, personnes âgées et malades - en échange de la libération de centaines de Palestiniens détenus dans des prisons israéliennes.

Les discussions sur un cessez-le-feu permanent se poursuivraient lors de cette première phase, avec, le cas échéant lors d'une deuxième phase, l'arrêt définitif des combats, la libération de tous les otages israéliens et le retrait complet de l'armée israélienne de Gaza. L'ultime phase serait consacrée à la reconstruction de l'enclave.

Des représentants américains répètent publiquement depuis des semaines qu'un accord est proche, mais des obstacles demeurent.

Selon les sources occidentale et égyptiennes, les négociateurs israéliens ont exprimé lors du dernier cycle en date de négociations, plus tôt ce mois-ci au Caire, leur volonté de mettre sur pied un mécanisme de contrôle des civils revenant dans le nord de Gaza.

"Cela n'était pas attendu", a dit le représentant occidental.

Israël est préoccupé par la possibilité de voir des combattants du Hamas revenir dans le nord mais aussi par l'hypothèse que des "agents" parmi les civils apportent un soutien clandestin au groupe armé palestinien, a-t-il ajouté.

ZONE TAMPON

Les quatre sources ont déclaré que l'Etat hébreu rechignait également à retirer son armée de ce qu'il appelle le "corridor" de Philadelphie, une zone longue de 14 kilomètres située le long de la frontière entre Gaza et l'Egypte.

Les soldats de Tsahal ont pris le contrôle de cette zone en mai, disant vouloir couper l'accès à des tunnels permettant au Hamas de recevoir des armes et d'autres produits.

L'Egypte assure avoir détruit il y a des années les réseaux de tunnels souterrains menant à Gaza et avoir mis en place une zone tampon avec des fortifications frontalières pour empêcher toute contrebande.

"Il y a certaines choses dont nous avons besoin de la part du Hamas, et il y a certaines choses dont nous avons besoin de la part du camp israélien", a déclaré mercredi un haut représentant de l'administration Biden.

"Vous allez voir que cela va payer au cours des prochaines semaines", a-t-il ajouté lors d'un point de presse tenu à la veille de la réunion entre Joe Biden et Benjamin Netanyahu à la Maison blanche.

Washington "tente de cacher la remise en cause de l'accord par Netanyahu en disant qu'il y a des choses demandées aux deux camps", a déclaré Sami Abou Zouhri. "Ce n'est pas vrai".

(Jonathan Landay à Washington, Nidal al-Mughrabi et Ahmed Mohamed Hassan au Caire; rédigé par Jean Terzian)