G7, Groenland, Russie: Macron face au défi de ne pas rompre le fil avec Trump
information fournie par AFP 20/01/2026 à 18:04

Cette combinaison de photos réalisée le 18 janvier 2026 montre le président français Emmanuel Macron le 27 janvier 2025 à Paris et son homologue américain Donal Trump, le 10 décembre 2055 à Washington ( POOL / Thibault Camus )

Emmanuel Macron a tenté un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements.

"Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain.

"Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il.

Il propose "une réunion du G7 à Paris jeudi après-midi", et se dit prêt, "en marge" de ce sommet, à "inviter les Ukrainiens, les Danois, les Syriens et les Russes".

Une présence officielle de dirigeants russes à Paris serait inédite depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine il y a bientôt quatre ans. La Russie a été expulsée du G8, redevenu G7, à la suite de l'annexion de la Crimée par Moscou en 2014, même si Donald Trump a plusieurs fois dit vouloir la réintégrer.

La réponse du président américain n'a pas été rendue publique, et le Kremlin a assuré n'avoir reçu aucune invitation.

Ce G7 n'est pas "prévu", a d'ailleurs dit Emmanuel Macron à l'AFP Davos, tout en confirmant sa "disponibilité" à l'organiser, alors même qu'il doit participer à un sommet européen à Bruxelles jeudi soir consacré justement à la riposte aux Etats-Unis.

Devant le Forum économique mondial dans les Alpes suisses, il a dit préférer "le respect plutôt que les brutes" ou "la loi du plus fort", dans un discours qui sonnait comme une réponse à la diplomatie trumpiste.

Emmanuel Macron estime avoir appris à gérer sa relation avec Donald Trump lors du premier mandat à la Maison Blanche et depuis son retour il y a un an.

Face à des tensions à nouveau au plus haut en raison de la volonté américaine de s'emparer du Groenland et des menaces de taxes douanières accrues contre les Etats européens qui s'y opposent, le président français tente de jouer sur les codes disruptifs de son homologue.

"Le président Trump aime faire des opérations. J'ai un peu le même tempérament, donc je comprends très bien", avait reconnu Emmanuel Macron en octobre au sujet de ses "coups" qui sèment souvent la sidération.

Accusé d'être trop accommodant il y a deux semaines sur le Venezuela, le chef de l'Etat français est monté en première ligne pour défendre la souveraineté du Danemark et du Groenland, en dépêchant des militaires sur l'île arctique.

Le président américain Donald Trump (D) et son homologue français Emmanuel Macron, le 24 février 2025 à Washington ( AFP / Jim WATSON )

Puis il a été le plus ferme des dirigeants de l'UE à s'élever contre les menaces douanières, en demandant encore mardi d'activer son "instrument anti-coercition", considéré comme le "bazooka" en cas de guerre commerciale.

Parallèlement, Paris a été le premier grand pays à dire clairement "non" à l'invitation américaine à un "Conseil de la paix" qui ressemble à un substitut de l'ONU, mais totalement à la main de Donald Trump.

- Fin de mandat -

Ce dernier a réagi à ce refus en moquant son homologue français, dont "personne ne veut car il va bientôt terminer son mandat", et en agitant le spectre de droits de douane de 200% sur les vins et champagnes.

Donald Trump reste-t-il un allié? "C'est à lui d'apporter la réponse", a estimé Emmanuel Macron à Davos, avant d'ajouter: "c'est pas tout à fait les comportements qui vont avec" un tel statut.

Les deux hommes, qui avaient cassé les codes, chacun à sa manière, pour arriver aux affaires en 2017, avaient d'abord noué une relation particulière, entre séduction et rapport de forces. Mais la vraie-fausse idylle a depuis connu des hauts mais aussi beaucoup de bas.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky (G) et ses homologues français Emmanuel Macron (C) et américain Donald Trump le 18 août 2025 à Washington ( AFP / ANDREW CABALLERO-REYNOLDS )

A tel point qu'Emmanuel Macron est régulièrement accusé, en France et parfois en Europe, d'en faire trop pour plaire à Donald Trump.

L'ex-président François Hollande a estimé que son successeur à l'Elysée avait tort de vouloir ménager l'Américain "pour essayer de l'influencer" et de "tout faire pour garder Donald Trump sur le terrain européen".

C'est bien la stratégie d'Emmanuel Macron: "garder Trump au plus près de nous" lorsque les intérêts européens sont en cause, sur l'Ukraine, le Groenland ou le commerce. "Gérer ses à-coups" et les poussées de tensions, quitte à avaler des couleuvres, quand monter au créneau serait peine perdue.

"Il pense qu'il faut choisir ses batailles", analyse Célia Belin, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales. "C'est un principe de réalité: quand la gesticulation ne sert à rien, ça nous rend à la limite plus faibles", dit-elle à l'AFP.

Selon elle, "l'Europe a besoin que la France", pays doté de l'arme nucléaire et porteuse par tradition gaulliste d'une voix à part, "se mette plus en avant dans la confrontation avec Trump".