François Ruffin, une campagne en auto-stop: "si j'ai pas ça, je meurs"
information fournie par AFP 20/08/2026 à 14:27

Le député François Ruffin, candidat à l'élection présidentielle, lors d'un meeting à Lyon, le 25 avril 2026 ( AFP / OLIVIER CHASSIGNOLE )

"Si j'ai pas ça, je meurs", clame François Ruffin, lorsqu'il raconte sa campagne présidentielle en auto-stop. "Ca c'est l'aventure", répète-t-il comme un mantra, quand il se retrouve bloqué en rase campagne girondine et qu'aucune voiture ne daigne le prendre.

En juillet, le député de la Somme, est parti sur les routes de France avec "un dispositif léger", soit un collaborateur qui le filme au téléphone et deux micros discrets pour "ne pas briser l'intimité que l'"on crée dans une voiture". "J'ai repris ce qui a fonctionné pour mes films", souligne-t-il auprès de l'AFP.

Cette idée originale de l'auto-stop doit redonner du souffle à une campagne qui passe pour le moment sous les radars et qui n'imprime pas. L'ex-Insoumis parait isolé après avoir misé sur une primaire de la gauche qui ne verra jamais le jour, loin derrière le mastodonte Mélenchon.

"Dans une campagne, vous êtes entourés de gens qui sont d'accord avec vous, il y a une nécessité pour moi de retrouver le réel. J'avais le sentiment d'un risque de décrochage vis-à-vis des gens, vis-à-vis de ce qu'ils pouvaient penser en vrai", explique François Ruffin, au sortir de ces deux premiers trajets, entre Gironde et Périgueux pour le premier, et l'autre entre un camping près de Perpignan et l'Ardèche.

L'idée a germé car "je suis un fan de +Nus et culottés=", un programme télévisé dans lequel deux amis font du stop en partant nus avec un rêve à réaliser à la clef. "Bon, moi, je ne pars pas nu", sourit M. Ruffin.

L'Amiénois a posté six vlogs, c'est-à-dire des vidéos sous forme de journal de bord, sur sa chaîne Youtube aux 250.000 abonnés. L'audience y est d'environ 10.000 vues par épisode. Son équipe poste aussi des formats courts disponibles sur les autres réseaux sociaux (Instagram, X) sur lesquels il compte 445.000 personnes qui le suivent.

A la sortie de son camping perpignanais, le député est pris en stop par Mickaël, la trentaine, mécanicien motoculteur dans les vignes. Originaire de Dunkerque, l'ouvrier est venu dans la région pour échapper à des soucis de chômage, délinquance et addiction.

"Mickaël je ne peux pas le croiser si je ne fais pas ça," s’enthousiasme le candidat. "Il n'apparait pas dans les sujets télé, ou il ne viendrait pas dans mes meetings", fait-il valoir.

Ecouter et tester

Outre la lutte des classes, marqueur du député picard, François Ruffin retient aussi le fait que Mickaël soit séparé de la mère de son enfant.

"La séparation ça revient dans pas mal d'histoires que j'ai eues", raconte-t-il. C'est une question qui le taraude: "quand on a mis en place la Sécurité sociale (...), le risque de la séparation n'existait pas ou peu à cette époque-là et donc on n'en a pas tenu compte", appuie-t-il, pointant la menace de "chute dans la pauvreté" et les problèmes de logement que cela implique par exemple.

Le fondateur du mouvement Debout! sortira un livre programmatique en octobre pour y exposer ses mesures pour le pays: travail, réchauffement climatique et le handicap qui "revient de manière régulière" .

Cette campagne en auto-stop sert aussi de "test" pour ses nouvelles idées, reconnait M. Ruffin, car "des gens de droite me prennent aussi". Une façon de voir comment "ça réagit".

Comme lors d'un long échange avec David, qui n'aime pas "les pleurnicheurs" et "les assistés" mais qui a de la sympathie pour "François" comme il l'appelle naturellement.

"Je ne suis pas d'accord avec toi. Mais je t'ai pris en stop pour discuter car je t'aime bien et le fait que tu sois là, en train de faire ça le prouve, tu n'es pas comme les autres", argue ce patron d'un garage en périphérie de Narbonne.

"Je pense qu'il faut du lien et que ce qui manque aux gens c'est de l'amour", observe François Ruffin. Et d'ajouter: "le pays a des soucis de porte-monnaie, des soucis matériels, mais il a aussi un souci spirituel".

Emballé par l’expérience, le candidat souhaite reprendre le stop en septembre. Cette fois, il s'agira de rejoindre ses prochains lieux de meetings.