France/Législatives-La gauche au défi de la gouvernance et de l'union information fournie par Reuters 07/07/2024 à 23:41
L'alliance de gauche du Nouveau Front populaire (NFP), scellée contre toute attente sur les braises encore fumantes de la dissolution, a revendiqué dimanche la prérogative de former un gouvernement de cohabitation face à Emmanuel Macron après sa victoire inattendue au second tour des élections législatives.
Déjouant les pronostics, l'héritière de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) de 2022 s'impose comme la première force de la future Assemblée nationale, avec 177 à 200 sièges selon les instituts de sondage, loin toutefois de la majorité absolue (289 sièges) nécessaire pour gouverner.
Dès les estimations connues, c'est le chef de file de LFI Jean-Luc Mélenchon, dont les coups d'éclat et les vues sur Matignon ont irrité à gauche, qui s'est exprimé le premier pour presser Emmanuel Macron de "s'incliner" et de nommer un Premier ministre issu des rangs du NFP.
"Le Nouveau Front populaire est prêt à gouverner. Il est la seule alternative construite, cohérente, solidaire, munie d'un programme organisé et chiffré", a-t-il souligné lors d'une déclaration place de la Rotonde, à Paris.
L'eurodéputé Raphaël Glucksmann, dont la liste Parti socialiste-Place Publique et son bon score aux élections européennes du 9 juin avaient ravivé l'espoir d'une gauche divisée, s'est employé à tempérer le discours de Jean-Luc Mélenchon.
Un signe que le risque de dissensions affleure de nouveau au vu du rapport de forces au sein du NPF, LFI se plaçant pour l'instant légèrement en tête, selon les estimations, devant le Parti socialiste (PS) dans le groupe parlementaire à venir.
"Le NFP est la première force à l'Assemblée nationale mais disons la vérité, nous n'avons pas de majorité absolue", a souligné Raphaël Glucksmann. "Il va falloir parler, il va falloir discuter, il va falloir dialoguer", a-t-il dit, appelant à "se comporter en adulte".
"Il n’y a plus de jupitérianisme mais pas non plus de Robespierre. Il va falloir se montrer responsable", a martelé Raphaël Glucksmann, qui exclut d'être Premier ministre et avait avancé, sans succès, le nom de Laurent Berger pour Matignon.
"Le coeur du pouvoir a été transféré à l'Assemblée et (...) c'est un changement de culture politique qui est nécessaire et qui va être fondamental", a-t-il considéré.
DISCUSSIONS EN COURS
Le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a salué "la victoire du Nouveau Front populaire qui a su unir la gauche, incarner une espérance".
Il a appelé de ses voeux une "véritable refondation" et l'avènement d'"un projet collectif pour notre pays", lors d'une déclaration au QG du parti.
"Ce vote confère au nouveau Front populaire une responsabilité immense, celle de trouver un chemin pour faire avancer la France et répondre aux besoins des Françaises et des Français", a-t-il dit, rappelant que le PS était au "coeur" du NFP et qu'il s'opposait à "une coalition des contraires".
L'ancien président socialiste François Hollande, élu député en Corrèze, a estimé que le NFP devrait "essayer de chercher des appoints".
"Il n'en trouvera à mon avis guère, même si rien n'est impossible. Ce qu'il a à faire, c'est de remplir son rôle. C'est-à-dire de peser sur les décisions qui devront être prises", a-t-il estimé, précisant sur BFMTV qu'il n'était "pas candidat à diriger un gouvernement".
Des discussions devaient débuter dimanche soir entre les différents responsables des partis du NFP.
La secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Marine Tondelier, ou encore Clémentine Autain et Sandrine Rousseau (LFI), ont proposé que les députés de l'alliance de gauche se réunissent lundi en "assemblée plénière" en vue de désigner, par un vote, un "Premier ministrable" dans leurs rangs.
"Nous allons gouverner", a assuré Marine Tondelier.
"Ce soir, la justice sociale a gagné. Ce soir, la justice environnementale a gagné, le peuple a gagné", s'est-elle réjouie.
Le NFP, "dans sa diversité" doit être capable de dire "quel est le point d'équilibre qui permet de gouverner", a développé Clémentine Autain, un point d'équilibre qui selon elle ne peut être "ni Hollande, ni Mélenchon".
"Je suis socialiste, ça n'aura échappé à personne, mais la gauche s'est rééquilibrée et tant mieux. Trois mots doivent compter : le travail pour aider les Français, l’apaisement (...) que la gauche doit porter et enfin nous devons êtes les ardents défenseurs de la justice sociale", a dit François Hollande.
(Rédigé par Sophie Louet avec la rédaction de Reuters, édité par Blandine Hénault)