France-Le parquet de Paris ouvre deux "enquêtes cadres" liées à l'affaire Epstein
information fournie par Reuters 18/02/2026 à 13:42

Le parquet de Paris a annoncé mercredi l'ouverture de deux "enquêtes cadres" afin d'exploiter les informations présentes dans les trois millions de documents publiés par les autorités américaines liés à l'homme d'affaires et délinquant sexuel Jeffrey Epstein.

"Parmi l'ensemble de ces masses de données qui viennent d'apparaître, on ne peut pas passer à côté de la révélation potentielle de faits qui seraient susceptibles d'avoir des qualifications pénales et donc il faut être prêt à exploiter l'ensemble de ces données", a expliqué mercredi sur franceinfo la procureure de Paris Laurence Beccuau, appelant les victimes françaises potentielles à se manifester.

"Nous recevrons l'ensemble des déclarations qu'elles souhaiteront faire", a-t-elle ajouté.

Ces "enquêtes cadres", qui permettront de centraliser les données, porteront sur deux volets: l'une sur l'infraction de traite des êtres humains et l'autre sur les infractions financières de blanchiment, et éventuellement d’atteintes à la probité ou de fraude fiscale, en lien avec le Parquet national financier (PNF).

La publication par le département de la Justice américain de millions de documents liés au dossier Epstein a mis au jour des liens - ténus ou étroits - entre l'homme d'affaires et de nombreuses personnalités dans le monde, notamment l'actuel président des Etats-Unis Donald Trump, l'ancien président Bill Clinton, le cofondateur de Microsoft Bill Gates, ou encore le prince Andrew et l'ex-ambassadeur Peter Mandelson au Royaume-Uni.

En France, le parquet de Paris a pour l'heure été saisi de deux plaintes et d'un signalement.

Le 10 février, le ministère des Affaires étrangères a adressé un signalement au parquet de Paris au sujet du diplomate français Fabrice Aidan, cité dans les documents relatifs à Jeffrey Epstein.

Le 11 février, une plainte a été déposée par une femme de nationalité suédoise à l'encontre de Daniel Siad, présenté par la justice américaine comme un recruteur présumé de jeunes femmes pour le compte de Jeffrey Epstein.

Enfin le 12 février, le parquet de Paris s'est saisi d'une plainte concernant le chef d'orchestre Frédéric Chaslin pour des faits de harcèlement sexuel qui auraient été commis en 2016. Le nom de Frédéric Chaslin est cité dans les documents de la justice américaine relatifs à Jeffrey Epstein.

Le PNF a par ailleurs ouvert le 6 février une enquête préliminaire visant l'ancien ministre de la Culture Jack Lang et sa fille Caroline Lang pour des soupçons de blanchiment de fraude fiscale aggravée portant notamment sur une société offshore basée aux îles Vierges américaines créée par Jeffrey Epstein au profit de Caroline Lang en 2016.

Jack Lang, qui a démissionné de la présidence de l'Institut du monde arabe après la révélation de ses liens avec Jeffrey Epstein, a dénoncé des accusations "infondées".

"FACE MONSTRUEUSE"

Le parquet de Paris procède également à une réanalyse intégrale du dossier d'instruction portant sur l'ex-agent de mannequins Jean-Luc Brunel, un proche de Jeffrey Epstein mort en détention en 2022 alors qu'il était mis en examen pour viols sur mineurs et harcèlement sexuel et placé sous le statut de témoin assisté pour des faits de traite des êtres humains.

La procédure avait été clôturée en 2023 par un non-lieu à la suite du décès de Jean-Luc Brunel.

Dans un communiqué en date du 11 février, l'avocate de Fabrice Aidan, Maître Jade Dousselin, a indiqué que son client contestait l'entièreté des accusations portées à son encontre.

De son côté, l'avocate de Daniel Siad, Maître Ménya Arab-Tigrine, a affirmé lundi sur BFMTV que son client contestait aussi les faits qui lui sont reprochés, affirmant que Daniel Siad était prêt à coopérer avec la justice.

Frédéric Chaslin a pour sa part publié il y a quelques jours sur Facebook une déclaration dans laquelle il indique avoir rencontré Jeffrey Epstein à quatre reprises et dénonce un "excès d'interprétation" concernant les courriels envoyés à l'homme d'affaires américain, qui était propriétaire d'un appartement à Paris.

"J'aurais pu - et dû - faire preuve de davantage de méfiance et ne jamais rencontrer ce personnage, dont le monde entier a découvert la face monstrueuse après 2019", écrit-il.

Jeffrey Epstein, mort en prison en 2019 avant son procès pour trafic sexuel de mineures à New York, avait été condamné en 2008 pour incitation à la prostitution de mineure.

(Rédigé par Blandine Hénault, avec la contribution de Gianluca Lo Nostro, édité par Kate Entringer)