France: L'OCDE relève sa prévision de croissance, prône une règle pluriannuelle de dépenses information fournie par Reuters 18/11/2021 à 12:39
PARIS (Reuters) - La France doit adopter une règle de dépenses pluriannuelle pour maîtriser ses finances publiques, fortement dégradées avec la crise du COVID-19, a déclaré jeudi l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), tout en relevant ses prévisions de croissance économique pour le pays.
La reprise de l'économie française, la deuxième de la zone euro, a dépassé toutes les prévisions cette année après le choc sanitaire de 2020, les dépenses des ménages ayant notamment fortement rebondi avec une vaccination massive de la population.
Le produit intérieur brut (PIB) de la France devrait ainsi progresser de 6,8% cette année et de 4,2% en 2022, prédit l'OCDE dans une étude publiée jeudi. Elle prévoyait auparavant une croissance de 6,3% en 2021 et de 4,0% l'an prochain.
Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a rappelé mercredi devant des sénateurs que le gouvernement tablait sur une croissance d'"au moins 6,25%" cette année.
Les mesures de soutien massives aux entreprises et aux ménages durant la crise sanitaire ont toutefois fortement dégradé les finances publiques et porté la dette à un niveau record, à 115% du PIB, alors même que le gouvernement multiplie les projets d'investissements pour adapter l'économie au changement climatique et que le vieillissement de la population génère des coûts croissants.
Alors que le niveau des dépenses publiques en France est déjà l'un des plus élevés au monde, à près de 60% du PIB, l'OCDE juge que le pays a besoin d'une "règle de dépenses pluriannuelle s'appliquant à l'ensemble du secteur public", un dispositif qui, selon l'organisation, a déjà fait ses preuves pour contenir les déficits dans d'autres pays à fortes dépenses comme la Suède.
L'OCDE considère que cela contraindrait les pouvoirs publics à rationaliser les dépenses, avec une meilleure affectation et une évaluation complète de certaines politiques, deux éléments qui, aux yeux de l'organisation, font souvent défaut en raison d'une myriade de niveaux d'administration.
L'OCDE PRÔNE UN RELÈVEMENT DE L'ÂGE DE DÉPART À LA RETRAITE
Si Bruno Le Maire s'est déjà prononcé en faveur d'une telle règle pluriannuelle de dépenses publiques, en lui conférant même une valeur constitutionnelle, le président Emmanuel Macron n'a jusqu'à présent pas publiquement pris position.
L'OCDE considère aussi que le système de retraites français est trop fragmenté avec des dépenses trop élevées. Elle prône de relever l'âge minimum de départ à la retraite en fonction de l'espérance de vie.
Alors que la France doit continuer de lutter contre l'épidémie de COVID-19 et qu'elle entre en campagne pour l'élection présidentielle d'avril prochain, Emmanuel Macron a déclaré le 9 novembre que le moment n'était pas opportun pour lancer une réforme des retraites. Il a toutefois ajouté qu'il serait nécessaire, dès l'an prochain, de prendre des décisions "claires" sur le sujet.
La France, comme la plupart des pays européens, ne respecte pas sa trajectoire de réduction des émissions de CO2 et l'OCDE l'invite non seulement à augmenter ses investissements dits "verts" mais aussi à supprimer progressivement les exonérations et taux réduits d'imposition bénéficiant à certaines activités polluantes et à relever ensuite les taux des taxes favorables à l'environnement.
Un projet d'instauration d'une taxe carbone a été l'élément déclencheur du mouvement de contestation dit des "gilets jaunes" en 2018.
Pour améliorer l'acceptabilité sociale de telles mesures, l'OCDE prône la mise en place de dispositifs d'aide à l'achat généreux et ciblés pour l'acquisition d'équipements moins polluants.
(Reportage Leigh Thomas, version française Bertrand Boucey, édité par Jean Terzian et Blandine Hénault)