France-Deux nouvelles arrestations après la mort d'un militant identitaire, le siège de LFI évacué information fournie par Reuters 18/02/2026 à 20:38
(Actualisé avec avocat, Braun-Pivet)
Le siège national de La France insoumise (LFI), parti mis en cause dans la mort du militant identitaire Quentin Deranque à Lyon, a été brièvement évacué mercredi à Paris en raison d'une alerte à la bombe, une "menace" exacerbant le climat de tension politique à l'approche des élections municipales de mars.
Le parti de Jean-Luc Mélenchon est de fait sous pression et isolé après l'interpellation de l'assistant d'un de ses députés, Raphaël Arnault, dans l'enquête pour "homicide volontaire" ouverte après l'agression mortelle d'un militant du collectif d'extrême droite Némésis en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences-Po Lyon, jeudi dernier.
Après avoir annoncé peu après 11h00 que le siège de LFI, situé dans le 10e arrondissement à Paris, venait d'être évacué à la suite d'une "menace à la bombe", le coordinateur du parti, Manuel Bompard, a déclaré à la presse environ une heure plus tard qu'une inspection des locaux avait permis d'écarter la présence d'explosifs et que les salariés pouvaient reprendre leurs activités.
Une source policière a par la suite confirmé qu'aucun élément suspect n'avait été découvert.
Un courriel de menaces transmis à plusieurs destinataires non précisés, que l'entourage de Jean-Luc Mélenchon a rendu public, affirmait notamment que des "explosifs" avaient été placés dans les locaux dans la nuit de mardi à mercredi avec ces deux phrases de conclusion : "Vous allez le payer au centuple pour avoir assassiné Quentin. En 2027 on va faire du sale."
Au total, 11 personnes âgées "d'une vingtaine d'années" ont été interpellées puis placées en garde à vue dans le cadre de l'enquête sur la mort du militant : neuf mardi soir (deux femmes et sept hommes) puis deux autres mercredi matin (une femme et un homme), a fait savoir le parquet de Lyon.
Les interpellations sont intervenues dans le Rhône, la Drôme, l'Aisne, l'Isère, et la Haute-Loire.
GARDES À VUE PROLONGÉES
Les gardes à vue des neuf personnes interpellées mardi soir ont été prolongées mercredi de 24 heures, a déclaré le parquet de Lyon.
"Sur les onze personnes interpellées, sept d’entre elles sont actuellement placées en garde à vue pour les chefs d’homicide volontaire, violences aggravées de trois circonstances avec ITT inférieure à 8 jours et association de malfaiteurs en vue de commettre un délit puni d’au moins cinq ans d’emprisonnement", a-t-il précisé. "Les quatre autres personnes gardées à vue, le sont du chef de mise à disposition de moyens en vue de se soustraire aux recherches."
Une source policière a dit mardi soir à Reuters que Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire de Raphaël Arnault, député LFI du Vaucluse depuis 2024, figurait parmi les premiers interpellés.
Son avocat Me Bertrand Sayn, interrogé par le correspondant de Radio France à Lyon, a déclaré que Jacques-Elie Favrot avait reconnu "la commission de violences et sa présence sur les lieux" mais réfuté être l'auteur des coups mortels.
"Il a exposé également qu'en aucun cas il ne s'agissait d'un guet-apens, mais en vérité d'un affrontement", a ajouté l'avocat, dont le client s'est dit "dévasté par l'ampleur de cette tragédie".
La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a interdit à Jacques-Elie Favrot ainsi qu'à un autre collaborateur de Raphaël Arnault également placé en garde à vue d'accéder au Palais Bourbon.
Elle a également estimé que LFI devait s'interroger sur l'opportunité de maintenir Raphaël Arnault dans ses rangs.
BREGEON APPELLE À "FAIRE LE MÉNAGE"
Raphaël Arnault, qui a fondé le groupuscule antifasciste la Jeune Garde en 2018, a été condamné en février 2022 à quatre mois de prison avec sursis pour "violences volontaires en réunion" en marge d'un rassemblement d'extrême droite à Lyon.
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a confirmé mercredi au Sénat que l'élu faisait l'objet d'une fiche "S" du renseignement intérieur.
Le groupe de la Jeune Garde a été dissous en juin 2025. Selon la même source policière, les personnes en garde à vue sont issues de "la mouvance d'ultra-gauche".
S'exprimant mercredi matin sur franceinfo, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a pressé LFI de "faire le ménage" dans ses rangs, reprenant une expression employée la veille par le Premier ministre Sébastien Lecornu.
Reprochant au parti de Jean-Luc Mélenchon d'avoir cultivé une proximité avec la Jeune Garde, "qui fait du combat physique son but et sa méthode", l'ancien président socialiste François Hollande a estimé pour sa part que ce lien devait être "rompu entièrement" par LFI, formation avec laquelle, a-t-il dit, "la relation (...) est terminée".
La présidente du groupe LFI à l'Assemblée, Mathilde Panot, a accusé les détracteurs de LFI de porter une responsabilité "immense" dans les menaces visant le parti d'extrême gauche.
"Après les dégradations de nos permanences, les menaces de mort et de viol contre nous, je veux dire solennellement à ceux qui ne cessent de nous cibler : votre responsabilité est immense", a-t-elle écrit sur le réseau social X. "À ceux qui pensent nous intimider : nous ne céderons pas et jamais vous n'arriverez à bout de nous !"
(Rédigé par Benjamin Mallet, avec Elizabeth Pineau, Bertrand Boucey, et Nicolas Delame; édité par Blandine Hénault, Sophie Louet, Jean-Stéphane Brosse et Jean Terzian)