France-Adoubé par le Parlement, Emmanuel Moulin s'engage à gouverner la BdF en toute indépendance
information fournie par Reuters 20/05/2026 à 14:05

(Actualisé avec vote, déclarations)

par Elizabeth Pineau et Etienne Breban

Emmanuel Moulin, dont la nomination à la tête de la Banque de France (BdF) a été approuvée mercredi par le Parlement, s'est engagé à une gouvernance en toute indépendance et impartialité face aux critiques sur sa proximité avec le président Emmanuel Macron, qui avait recommandé sa candidature.

La nomination de l'ancien secrétaire général de l'Élysée à la direction de la banque centrale, qui intervient à un an de l'élection présidentielle en France, a été approuvée par les parlementaires à 52 voix pour et 58 voix contre.

Sa candidature aurait été rejetée si trois cinquièmes des députés et sénateurs des commissions des Finances s'y étaient opposés.

Lors de ses auditions dans la matinée devant les commissions des Finances du Sénat puis de l'Assemblée nationale, Emmanuel Moulin, haut fonctionnaire estimé de 57 ans, a mis en avant sa "liberté".

"J'ai la conviction que je pourrai diriger avec indépendance une institution fière de son histoire et tournée vers l'avenir, au service d'une monnaie fiable et d'une économie forte, stable et durable", a ainsi souligné l'ancien directeur du Trésor (2020-2024) lors de son audition au Sénat.

Les oppositions accusent Emmanuel Macron, en "fin de règne", de placer ses proches à la tête des hautes institutions, après la nomination d'Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes et de Richard Ferrand à la présidence du Conseil constitutionnel.

Nanti d'un CV prestigieux, Emmanuel Moulin a été proche de l'ancien président Nicolas Sarkozy, de l'ex-ministre de l'Economie Bruno Le Maire, a été directeur de cabinet à Matignon en 2024 lorsque Gabriel Attal était Premier ministre, avant d'être nommé à l'Elysée en avril 2025 en tant que secrétaire général.

RÉUNION DE LA BCE EN JUIN

"Jamais je n'ai abdiqué ni mes convictions, ni ma liberté de pensée, ni mon indépendance. J'ai exercé mes fonctions sous différents gouvernements, de gauche comme de droite, avec pour constante boussole l'intérêt général", a-t-il déclaré devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale.

"Jamais je n'ai agi avec sectarisme ou esprit partisan et j'ai toujours répondu présent quand il me fallait renoncer à des fonctions dans le secteur privé pour rejoindre l'État, car le service public est ma passion autant que ma vocation."

Succédant à François Villeroy de Galhau, Emmanuel Moulin siégera au conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), chargé de fixer les taux d’intérêt, et sera responsable de la réglementation des banques françaises.

Il a déclaré ne pouvoir se prononcer pour l'instant sur la position qu'il adopterait lors de la prochaine réunion de la BCE sur les taux d'intérêt en juin, celle-ci dépendant des données économiques disponibles d'ici là, dans un contexte marqué par la volatilité des marchés de l'énergie.

Le nouveau gouverneur de la BdF a ajouté que tout signe indiquant un désancrage des anticipations d'inflation serait déterminant et que les décideurs politiques devraient se montrer particulièrement vigilants à l'égard de l'inflation sous-jacente, qui exclut les prix volatils tels que ceux de l'énergie et des denrées alimentaires.

L'évolution des salaires constituerait le troisième indicateur essentiel à surveiller avant la réunion de juin afin de déterminer si le choc actuel lié au conflit au Moyen-Orient a un effet durable sur l'inflation.

"Si le choc est persistant et de grande ampleur, il faudra clairement réagir", a déclaré Emmanuel Moulin aux sénateurs. "S'il est de grande ampleur mais non persistant, une action peut-être modérée sera nécessaire si le choc est uniquement transitoire."

(Rédigé par Leigh Thomas et Elizabeth Pineau; version française Etienne Breban, édité par Blandine Hénault et Sophie Louet)