France-A gauche et à droite, des appels à la "clarté" idéologique après les municipales
information fournie par Reuters 23/03/2026 à 10:04

"Clarté" face aux extrêmes : une gauche fracturée et une droite toujours en mal de cohésion ont tiré lundi les enseignements des élections municipales pour la présidentielle de 2027, l'une pour appeler à rejeter les accords de circonstance avec La France insoumise, l'autre pour prôner de nouveau une candidature unique au sein de "l'arc républicain".

Les divisions sont à vif à gauche au lendemain d'un second tour qui aura notamment mis en lumière l'échec des alliances d'entre-deux-tours entre socialistes et/ou écologistes d'une part et LFI d'autre part, comme à Brest, Clermont-Ferrand, Toulouse, ou encore Tulle, la ville de l'ancien président François Hollande. Nantes, où Johanna Rolland, qui "assume", a noué une alliance victorieuse, échappe à la règle.

"La tambouille, ça ne fonctionne pas", a lâché sur France Inter le député européen Raphaël Glucksmann, coprésident de Place publique. "La gauche républicaine qui refuse l'alliance avec LFI, elle gagne, (...) et c'est une leçon immense pour l'avenir."

La gauche a conservé Paris, Marseille, Nancy sans l'appui de LFI, et conquis Saint-Etienne dans la même configuration.

Fort de ces résultats, Raphaël Glucksmann, à l'unisson de plusieurs caciques du PS (François Hollande, Jean-Christophe Cambadélis, Boris Vallaud...), a dénoncé les équivoques du premier secrétaire du PS, Olivier Faure, qui avait exclu tout accord national avec le parti de Jean-Luc Mélenchon et ses "propos antisémites intolérables" avant d'avaliser des alliances locales dans l'entre-deux-tours.

"Vous ne pouvez pas dire Jean-Luc Mélenchon bafoue les principes républicains et tient des propos antisémites et 15 jours plus tard vous allier avec lui", a dit Raphaël Glucksmann.

"LFI NOUS A FAIT PERDRE"

"Oui, LFI nous a fait perdre", a martelé sur RTL Boris Vallaud, chef de file des députés socialistes. "Nous devons sortir de l’ambiguïté et être parfaitement clairs sur le fait qu’il n’est pas possible de s’allier avec LFI", a-t-il ajouté, précisant que le sujet serait évoqué "sans tabou" au sein de la direction du parti, qui se réunit mardi.

Réponse d'Olivier Faure : "J'avais posé une stratégie qui a permis la victoire, c'était d'abord de faire le rassemblement de la gauche démocratique et écologiste au premier tour. C'est ce qui a permis la dynamique et de gagner dans des grandes villes."

Pour le patron du PS, il y a aujourd'hui "un plafond de verre qui plane au-dessus de la gauche et que fait descendre LFI." "Jean-Luc Mélenchon est devenu aujourd'hui le boulet de la gauche", a-t-il lancé sur BFMTV et RMC. "Il n'y aura aucune association avec Jean-Luc Mélenchon" pour la présidentielle.

Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, a fustigé sur franceinfo la "déloyauté", et l'"ingratitude absolue" des socialistes, imputant la défaite des listes d'union aux "résultats calamiteux au premier tour" des maires sortants, que "les Insoumis au second tour, malgré leur mobilisation, n'ont pas réussi à compenser".

"Le 'boulet' dans ces villes, (...) c'est les maires sortants du Parti socialiste qui ont pris une raclée historique au premier tour", a-t-il répliqué à Olivier Faure, saluant une "percée" de LFI.

Face au désaveu des écologistes à Bordeaux, Strasbourg, Poitiers ou Besançon, la secrétaire nationale Marine Tondelier a imputé en partie cette série de défaites à la "guerre des gauches". Les polémiques "calculées" de Jean-Luc Mélenchon visent à "faire perdre tout le monde", a-t-elle affirmé sur France 2, appelant à dépasser les divisions en vue de 2027.

RETAILLEAU DOIT CLARIFIER

A droite, où, malgré la déconvenue de Rachida Dati à Paris, on se prévaut de "nombreuses conquêtes" à Brest, Limoges, Cherbourg, Besançon ou Clermont-Ferrand, le temps des explications a aussi sonné face à l'"ambiguïté" de Bruno Retailleau, président des Républicains, pour reprendre le terme de Valérie Pécresse, présidente LR d'Ile-de-France, sur RTL.

"Il n'y a pas aujourd'hui d'alliance possible entre la droite républicaine et le RN et ses alliés, il n'y a pas non plus, me semble-t-il, de possibilité pour la gauche républicaine de s'allier avec la LFI. Ce sont les deux visages d'un même chaos, les deux visages d'une même faillite républicaine", a-t-elle déclaré.

Des clarifications sont attendues de Bruno Retailleau, qui a refusé d'apporter son soutien au maire sortant de Nice Christian Estrosi (Horizons) sèchement battu par le président de l'UDR Eric Ciotti, allié du Rassemblement national. Dénonçant un climat "délétère" lors de la campagne à Nice, le président de LR avait laissé les électeurs choisir "en leur âme et conscience".

"Nous n'avons aucune raison ni aucun intérêt, mais aussi des raisons morales ou politiques de servir de béquille à l'extrême droite quitte à perdre", a souligné l'ancien Premier ministre LR Michel Barnier sur TF1.

Un bureau politique aura lieu mardi pour définir le mode de désignation du candidat de la droite et du centre à l'élection présidentielle. "Nous ne pouvons pas continuer dans cette ambiguïté", a estimé Valérie Pécresse.

François-Xavier Bellamy, chef de file des élus Républicains au Parlement européen, a invité sur France Inter à "tirer tous les enseignements" de l'échec de la droite à Paris, qui était partie divisée au combat. "Il faut réunir tous les électeurs de droite et ça ne se fera que dans la clarté".

Epinglant le désistement de Sarah Knafo (Reconquête) à Paris, le député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy a dénoncé "la lâcheté de LR" qui, selon lui, a oeuvré à la défaite du parti d'extrême droite à Marseille et Toulon. "Travailler avec la droite sincère, comme celle d’Eric Ciotti, permet de belles victoires", a-t-il jugé sur Europe 1/CNews.

(Rédigé par Sophie Louet avec Bertrand Boucey et Claude Chendjou)