Football: La Fifa persiste dans son projet pour la Coupe du monde malgré des critiques tous azimuts information fournie par Reuters 31/07/2026 à 14:26
La Fédération internationale de football a annoncé vendredi son intention de mener à bien ses consultations sur un projet d'ouverture de la Coupe du monde à des investisseurs privés malgré la menace de boycott brandie par les pays européens et les vives critiques émises par d'autres confédérations régionales.
Dans un communiqué, la Fifa dit regretter que des "informations erronées parues dans les médias" cette semaine aient perturbé le lancement de ces consultations et ajoute qu'elle entend malgré tout soumettre son projet aux 211 associations nationales qui la composent.
"Nous allons mettre en oeuvre cette consultation pour garantir que chaque MA (association membre) ait la capacité d'exprimer son vote en se fondant sur les faits", déclare la fédération internationale présidée par Gianni Infantino dans ce communiqué publié dans la nuit en Europe.
La Fifa propose de créer une filiale valorisée 20 milliards de dollars, FIFA Forward Enterprise (FFE), qui serait chargée d'organiser ses compétitions, dont la Coupe du monde, et dont le capital serait ouvert jusqu'à 20% à des investisseurs privés.
Thrive Eternal, fonds géré par Thrive Capital, société d'investissement elle-même créée par Joshua Kushner, serait à la tête de ce groupe d'investisseurs, selon la Fifa. Joshua Kushner est le frère de Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump, avec lequel Gianni Infantino a affiché sa proximité avant et pendant la dernière Coupe du monde aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique.
L'UEFA, association des fédérations européennes de football, a pris la tête de la fronde contre ce projet en accusant la Fifa de vendre l'"âme" du football.
Ses 55 pays membres ont voté jeudi à l'unanimité en faveur d'un boycott de la Coupe du monde et des autres compétitions de la Fifa si le projet porté par Gianni Infantino aboutissait.
LA FIFA DÉFEND SES "PRINCIPES DÉMOCRATIQUES"
"Personne ne vend le football. Jamais la Fifa n'envisagerait une telle chose", a répondu la fédération internationale vendredi.
"Chacun a le droit d'exprimer son opposition et de réclamer des explications supplémentaires mais aucune entité unique ne peut prétendre représenter l'ensemble des 211 (membres) à travers le monde.
"Chaque (membre) devrait pouvoir examiner la proposition et avoir son mot à dire pour définir son propre avenir. Tels sont les principes démocratiques de la Fifa."
La Concacaf, confédération de football d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes, a elle aussi rejeté le projet de la Fifa jeudi mais ses 41 membres ne sont pas allés jusqu'à menacer d'un boycott.
La Confédération asiatique de football (AFC), composée de 47 pays membres, a pour sa part exprimé vendredi dans un communiqué sa "solidarité" avec l'UEFA et la Concacaf, sans aller elle non plus jusqu'à une menace de boycott.
L'AFC, qui s'oppose traditionnellement moins à la Fifa que l'UEFA, remet en cause la viabilité du projet face aux nombreuses réactions négatives qu'il suscite.
Elle émet aussi des doutes sur le processus de décision au sein de la Fifa, dans une attaque à peine voilée contre Gianni Infantino.
UN CONSEILLER D'INFANTINO DÉMISSIONNE
Le projet suscite d'ailleurs des critiques internes au sein de la Fifa et l'Américain Carlos Cordeiro, conseiller du président de l'instance internationale, a annoncé vendredi sa démission avec effet immédiat en jugeant la proposition de filiale ouverte au privé "mauvaise pour le football".
"Permettez-moi de dire les choses clairement: je n'ai été aucunement impliqué dans ce projet et je m'y oppose sans équivoque", déclare Carlos Cordeiro, jusqu'alors chargé de "conseiller la Fifa sur de nouvelles initiatives stratégiques pour développer le sport à tous les niveaux", dans un communiqué. "C'est un mauvais accord pour les associations membres de la Fifa, un mauvais accord pour le football, et un mauvais accord pour l'avenir à long terme de ce sport."
Gianni Infantino a promis dans une lettre adressée cette semaine à toutes les associations membres de la Fifa qu'elles recevraient chacune 40 millions de dollars si elles validaient son projet d'ici le 19 septembre.
La Fifa a souligné vendredi qu'elle ne mettrait pas son projet en oeuvre en l'absence de majorité de ses 211 membres.
"Ces principes soutiennent le projet FFE: un financement sans précédent du développement, un contrôle vraiment mondial des opportunités commerciales de notre sport et une pleine autodétermination via un processus démocratique pour toutes les associations membres", dit-elle.
Malgré les critiques de confédérations régionales comme l'UEFA et la Concacaf, toutes les fédérations nationales prises individuellement ne sont pas forcément sur la ligne affichée au niveau collectif.
David Trunda, le président de la fédération tchèque, a ainsi déclaré à Sky Sports qu'il pouvait percevoir "l'impact positif des intentions de la Fifa" tandis que la fédération mexicaine a dit qu'elle examinerait le projet avant de se prononcer, malgré son rejet au niveau de la Concacaf.
(Ian Ransom à Melbourne et Aadi Nair à Bangalore, avec Nick Mulvenney à Sydney, version française Bertrand Boucey, édité par Sophie Louet)