Football: L'Argentine, ce méchant que la Coupe du monde aime détester information fournie par Reuters 18/07/2026 à 17:16
par Natalia Siniawski
Pour une partie des amateurs de football, la règle est simple depuis le début de la Coupe du monde: soutenir l'adversaire de l'Argentine, quel qu'il soit. Cela risque d'être une nouvelle fois le cas dimanche lors de la finale face à l'Espagne.
L'Argentine est l'une des équipes nationales les plus titrées de l'histoire du football mais aussi l'une des plus clivantes. De l'attitude rebelle de Diego Maradona à la célébrité mondiale de Lionel Messi, l'Albiceleste a toujours su séduire, en Argentine comme ailleurs, tout en générant son lot d'agacement, de jalousie et de rancune chez ses adversaires.
Cette ambivalence a atteint son paroxysme lors du titre mondial remporté en 1986, au cours d'un tournoi marqué en quarts de finale par les deux buts de Diego Maradona lors d'une victoire 2-1 contre l'Angleterre, d'abord sa fameuse "Main de Dieu" puis un slalom solitaire élu par la suite "but du siècle".
Avec Lionel Messi, l'Argentine a trouvé une autre forme d'icône: plus réservé publiquement qu'un Diego Maradona ouvertement en lutte contre les instances du football mais avec une aura mondiale et une longévité hors du commun.
Malgré ses nombreux succès en club avec le FC Barcelone et ses Ballons d'Or, Lionel Messi a été longtemps pointé du doigt pour n'avoir jamais offert la consécration suprême à l'Argentine. L'attaquant a fini par soulever la Coupe du monde en 2022, au Qatar. Sa seule présence suffit à transformer l'Argentine en objet de fascination, jusqu'en Inde et au Bangladesh, à l'autre bout du monde. Chez d'autres en revanche, l'adulation qu'il suscite a fini par lasser.
UNE IMAGE COMPLEXE
L’image de l’Argentine en Amérique latine est complexe. Le pays se considère depuis longtemps comme culturellement distinct, façonné par de fortes influences européennes et une culture du football qui considère souvent la victoire comme la preuve d’une exception nationale. Cette assurance est parfois admirée, mais dans certaines parties du continent, elle alimente également le cliché d'une arrogance argentine, voire, en football, de ferveur virant au fanatisme patriotique.
Lors de cette Coupe du monde, un commentateur de la télévision argentine a traité les Mexicains de "détestables", les accusant d'envier les Argentins "pas seulement au football, mais en tout", des propos qualifiés de "scandaleux" par la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum.
Dans les tribunes, certains supporters continuent d'entonner un chant raciste moquant les origines africaines de plusieurs joueurs de l'équipe de France, chant pour lequel les joueurs argentins avaient dû présenter des excuses en 2024.
Sa rivalité la plus intense, l'Argentine la vit avec le Brésil, fruit de décennies de duels entre les deux nations les plus titrées du continent sud-américain. En 2014, lors de la Coupe du monde organisée au Brésil, les supporters argentins avaient repris en choeur "Brasil, decime que se siente" ("Brésil, dis-moi ce que ça fait"), une provocation lancée aux hôtes humiliés par l'Allemagne en demi-finale alors que l'Argentine se qualifiait pour la finale.
Avec le Chili, la tension a grimpé d'un cran après les défaites de l'Argentine lors des finales de la Copa America 2015 et 2016, à chaque fois aux tirs au but. Quant au Mexique, la relation avec l'Argentine s'est elle aussi chargée d'électricité au fil des années, alimentée par des confrontations répétées en Coupe du monde et des joutes verbales incessantes sur les réseaux sociaux autour des performances de chacun.
Virtuosité et malice : voilà ce qui caractérise le jeu argentin, un football souvent excitant à regarder, mais que certains jugent aussi à la limite du fair-play.
(Rédigé par Natalia Siniawski; version française Clément Martinot)