Football: Infantino bien parti pour se maintenir, la Fifa face à une nouvelle guerre de pouvoir information fournie par Reuters 24/09/2026 à 16:34
par Julien Pretot
La bataille pour pousser le président de la Fifa Gianni Infantino vers la sortie est peut-être quasiment perdue, à peine quelques semaines après que ses opposants ont cru pouvoir le détrôner, mais la guerre sur l'étendue des pouvoirs dont il disposera s'il reste en place ne fait sans doute que commencer.
Les dirigeants du football mondial estiment de plus en plus que la crise - déclenchée par l'abandon de son projet de céder une partie des droits commerciaux de la Coupe du monde - ne porte plus seulement sur sa succession, mais sur les conditions de la poursuite de sa présidence.
Une issue possible serait un compromis aux termes duquel Gianni Infantino resterait en fonction tout en cédant une partie de ses prérogatives. Une autre serait une "guerre de tranchées" prolongée, où clubs, confédérations, représentants des joueurs et fédérations nationales contesteraient sans cesse la Fifa sur les compétitions, l'argent et le contrôle du calendrier international.
"Ce qui est clair désormais, c'est qu'il ne va nulle part", a déclaré à Reuters un haut dirigeant du football mondial.
Un vétéran de la gouvernance du sport international, qui travaille depuis des décennies avec des instances dirigeantes, porte un jugement similaire. S'il considère que Gianni Infantino "s'accroche", il s'interroge sur la capacité de la Fifa à fonctionner si une grande partie des pays et institutions les plus puissants lui demeurent opposés.
"On se retrouverait, de fait, avec une guerre civile au sein même de la gouvernance, ce dont je n'ai pas le souvenir dans une organisation sportive", dit‑il.
Ce scénario d'une guerre froide prolongée et potentiellement dommageable au football mondial a été confirmé séparément à Reuters par deux autres hauts responsables du football.
Cette perspective ouvre la voie à un dénouement d'une crise qui, à son paroxysme, a semblé menacer la position même de l'Italo-Suisse : il pourrait survivre politiquement tout en présidant une organisation où certains des principaux acteurs chercheraient à réduire son champ d'action.
"Va‑t‑il devenir un canard boiteux ?", s'interroge le dirigeant expérimenté.
CONFIANCE TOUJOURS BRISÉE
Rien n'indique que la tentative de Gianni Infantino, cette semaine, de clore la crise ait permis de réparer la fracture.
Dans une lettre adressée au conseil de la Fifa et aux présidents des 211 associations membres, le président propose que le conseil commande un audit externe indépendant du cadre de gouvernance de la Fifa et des grandes initiatives stratégiques.
Il avance également l'idée de consultations avec les confédérations, les fédérations et d'autres parties prenantes sur un renforcement des processus de décision, tout en réaffirmant son engagement à diriger pleinement la Fifa.
L'initiative a été rapidement balayée par plusieurs fédérations nationales européennes, et le président de l'UEFA Aleksander Ceferin a livré, mercredi, un constat sévère.
"Le projet qui a brisé l'unité du football mondial est peut‑être abandonné, mais la confiance qu'il a détruite n'est pas revenue", a‑t‑il déclaré dans un message vidéo au Portugal Football Summit. "La confiance dans notre sport repose sur trois piliers : l'unité, la transparence et une gouvernance au service du plus grand nombre, pas de quelques‑uns."
"Le football n'est pas à vendre", a‑t‑il ajouté.
USURE
Pour Gianni Infantino, une voie pourrait permettre un apaisement relatif : une réforme suffisamment importante pour convaincre ses adversaires que le pouvoir au sein de la Fifa a véritablement changé.
Le haut dirigeant du football mondial évoque la création possible d'un nouvel organe ou d'une nouvelle structure qui viendrait diluer l'autorité du président.
Les propositions de gouvernance avancées par Gianni Infantino constituent le "strict minimum" pour lui permettre de rester en poste, estime ce même responsable. L'ampleur de tout compromis dépendra de "ce qu'Infantino est prêt à céder", poursuit‑il.
Une telle issue ne serait pas dénuée d'ironie puisque les réformes introduites après la chute de l'ancien président de la Fifa Sepp Blatter visaient notamment à réduire la concentration des pouvoirs entre les mains du président.
Faute d'accord, l'affrontement pourrait se transformer en guerre d'usure.
Selon le dirigeant du football mondial, deux options sont sur la table.
“Soit un compromis dans lequel Gianni Infantino renonce à une partie de son pouvoir et où de nouvelles instances sont créées, soit une guerre de tranchées permanente où toutes les parties prenantes s'affrontent sur chaque dossier."
INFANTINO EN RECONSTRUCTION
Une autre raison explique ce glissement du débat vers la cohabitation avec le président de la Fifa plutôt que vers son remplacement : sa position s'est visiblement renforcée depuis le déclenchement de la crise.
Le président d'une fédération nationale, s'exprimant sous couvert d'anonymat auprès de Reuters, estime que ses adversaires ont raté leur chance lorsque la contestation était à son comble et qu'il s'efforce désormais de reconstruire son soutien en vue des élections de mars.
Il pense également que si Gianni Infantino est réélu, certaines fédérations qui se sont opposées à lui pourraient finir par lui devenir moins hostiles, estimant qu'il y a peu à gagner d'une confrontation permanente pendant quatre ans.
(Reportage de Julien Prétot, avec la contribution de Karolos Grohmann et Nick Said ; version française Vincent Daheron, édité par Sophie Louet)