Football/Coupe du monde-"Main de Dieu" et cartons rouges: quatre décennies de rivalité Angleterre-Argentine information fournie par Reuters 14/07/2026 à 20:53
par Trevor Stynes
Antonio Rattin refusant de quitter le terrain en 1966, la "main de Dieu" de Diego Maradona en 1986, le carton rouge de David Beckham en 1998 : peu de rivalités de Coupe du monde ont produit autant d'épisodes marquants que celle entre l'Angleterre et l'Argentine.
Avant leur demi-finale de mercredi, Reuters a retrouvé des témoins présents sur place lors de ces moments devenus emblématiques.
1966 - vu par le journaliste argentin Rex Gowar
Né et élevé en Argentine avant de terminer ses études en Angleterre, Rex Gowar a assisté au quart de finale entre les deux pays en 1966 à Wembley.
Le tournant du match survient lorsque le milieu argentin Antonio Rattin est exclu en première période mais refuse, pendant plusieurs minutes, de quitter la pelouse.
"Nous avons tous été très surpris par ce qui s'est passé", se souvient Rex Gowar.
Selon lui, Antonio Rattin contestait sans cesse les décisions arbitrales. "Il harcelait constamment l'arbitre, lui demandant pourquoi il sifflait sans cesse des fautes contre l'Argentine", raconte-t-il.
Rex Gowar garde surtout en mémoire la réaction du sélectionneur anglais Alf Ramsey, qui avait traité les Argentins d'"animaux", ainsi qu'une photo où on le voit empêcher l'un de ses joueurs d'échanger son maillot avec un adversaire argentin.
Geoff Hurst a inscrit le but de la victoire anglaise (1-0). L'Angleterre a ensuite remporté la Coupe du monde.
1986 - vu par le photographe Gary Hershorn et le journaliste Rex Gowar
Vingt ans plus tard, Angleterre et Argentine se retrouvent en quarts de finale au stade Aztèque de Mexico, un match qui intervient quatre ans après la guerre des Malouines.
Diego Maradona inscrit deux buts coup sur coup en seconde période. Le premier, resté dans l'histoire comme la "main de Dieu", n'a pourtant pas été vu immédiatement par nombre de témoins présents au stade.
Le photographe Gary Hershorn se trouvait à l'autre bout du terrain et n'a pas capté l'action. Rex Gowar, alors journaliste pour Reuters, était en tribune de presse et regardait dans la bonne direction, mais dit avoir été pris de vitesse.
"Tout est allé si vite", raconte-t-il. "Un collègue à côté de moi m'a dit : "C'était de la main.""
Gary Hershorn garde un souvenir amer de cette action manquée. "J'ai pris beaucoup de très bonnes photos de (Maradona) pendant la Coupe du monde, mais cette action-là restera toujours un regret", dit-il.
Rex Gowar a relayé au monde la déclaration post-match de Diego Maradona, selon lequel le but a été marqué "un peu avec la tête de Maradona et un peu avec la main de Dieu".
L'Argentine s'est imposée et a ensuite remporté la Coupe du monde (2-1).
1998 - vu par Nigel Martyn, gardien remplaçant de l'Angleterre
Nigel Martyn est sur le banc anglais lorsque les deux équipes s'affrontent en huitième de finale à Saint-Étienne. David Beckham est expulsé peu après la pause pour un geste d'humeur sur Diego Simeone. L'Angleterre s'incline finalement aux tirs au but.
Les médias et les supporters ont largement fait porter la responsabilité de l'élimination à David Beckham. Pour Nigel Martyn, le carton rouge était sévère et les critiques qui ont suivi injustes.
"Il n'y avait vraiment pas grand-chose, certainement pas assez pour un carton rouge", estime-t-il.
Il juge aussi que les attaques contre David Beckham ont été excessives. "Certaines choses dites et écrites à son sujet ont été très dures".
L'Angleterre a pris sa revanche quatre ans plus tard, en battant l'Argentine sur un penalty de Beckham lors de la Coupe du monde 2002 (1-0).
(Trevor Stynes; version française Olivier Cherfan)